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MOEURS DES ABEILLES

Trois castes bien distinctes, ayant chacune leurs fonctions et leurs privilèges, constituent le peuple des abeilles. La plus nombreuse est formée des ouvrières et des nourrices ; les mâles composent la seconde ; la troisième ne compte qu'un seul individu, c'est la femelle chargée de renouveler à elle seule toute la population , dont elle sera à la fois la mère et la reine. Notez que celte population se compose quelquefois de près de trente mille membres.

Les ouvrières et la femelle sont seules armées d'aiguillons. Inhabiles au travail , les mâles deviennent des objets d'à nimad version pour les autres, dès que la progéniture de la femelle vient réclamer les soins des nourrices. Afin que les provisions destinées à l'éducation des jeunes ne soient pas consommées par ces mâles , les ouvrières se jettent avec fureur sur eux; aucun n'est épargné; le massacre, qui a lieu ordinairement vers le mois d'août , dure quelquefois jusqu'à trois jours ; les environs de la ruche sont alors jonchés de cadavres ; il n'y reste que la femelle et les neutres après cette cruelle exécution.

Il existe une grande différence entre l'organisation des ouvrières et des nourrices. Virgile l'avait indiquée , et les observateurs modernes l'ont reconnue à leur tour. La conformation des ouvrières semble leur commander le travail : les mandibules de leur bouche sont en forme de cuillère j

leurs jambes postérieures présentent un enfoncement qu'on a comparé à une corbeille , et que bordent des poils disposés en brosse. C'est laque l'abeille met son butin, qui consiste en de petites pelotes qu'elle a préparées avec le pollen des fleurs.

Les nourrices sont plus petites, plus timides, moins exercées au vol que les ouvrières, et vivent avec elles dans une parfaite intelligence ; elles quittent rarement la ruche pour aller au loin caresser les fleurs ; elles se bornent presque exclusivement, comme nous l'expliquerons plus bas, à l'éducation et au développement des larves qui sortent des œufs nombreux que l'abeille mère et reine dépose dans les alvéoles.

Les ouvrières recueillent sur les végétaux quatre substances fort différentes , la cire, le miel, le pollen, et ce que les anciens appelaient la propolis. La dernière , qui est résineuse , collante, tenace, provient des bourgeons, et est employée par les abeilles telle qu'elle est recueillie. Le peuplier est l'arbre qui en fournit davantage ; elle sert à boucher les fentes et les trous de la ruche, et souvent même cette habitation en est enduite sur toute sa surfaee. La propolis se durcit, et, n'étant point pénétrable à l'eau, met la république à l'abri de toute humidité.

Une fois ce premier travail achevé, les ouvrières vont à la récolte du pollen , afin de nourrir les larves produites, par la reine, et de leur construire des berceaux appelés cellules. Pendant le printems, les travaux durent toute la journée; dans les grandes chaleurs de l'été, ils commencent avec l'aurore, et sont interrompus au moment le plus chaud de la journée.

La poussière que l'abeille a enlevée aux fleurs , ne se transforme en cire qu'après avoir été élaborée dans son estomac et ses intestins. Cette cire se retrouve en plaques sous les anneaux de l'abdomen de cet insecte. Avec celle cire ainsi élaborée , l'ouvrière forme ces cellules si régulièrement, si arlistement arrangées, dont l'ensemble forme ce qu'on appelle des gâteaux, et dont la forme est trop connue de nos lecteurs, pour qu'il soit nécessaire de la décrire ici et de la représenter par un dessin. Ces cellules bâties avec une étonnante célérité , sont polies et enduites d'une couche mince de propolis qui ajoute à la solidité de l'édifice.

Ces cellules ne sont pas toutes pareilles ; les pins petites sont pour recevoir les larves qui donneront des abeilles

neutres; de plus grandes sont réservées aux mâles; une seule , beaucoup plus considérable sera le berceau de celle que les nourrices destinent à la royauté. Dans quelques ruches nombreuses d'où doivent partir plusieurs colonies ou essaims, les ouvrières construisent quelquefois plusieurs de ces alvéoles royales.

Toutes les cellules ne sont pas destinées à être le berceau des abeilles. Il en est qui doivent servir de magasins et contenir les provisions de miel pour la morte saison. A mesureiju' elles sont remplies , l'ouvrière les ferme avec un couvercle plat , qu'elle a l'adresse de construire et de souder hermétiquement.

Bientôt vient le moment où la reine doit pondre ses œufs. Alors on la voit examiner soigneusement les cellules destinées à les contenir, en y enfonçant la tête et les visitant en tous sens. Après cetle inspection , elle se retourne , y introduit l'abdomen, et y dépose, suivant leur fécondité, un ou plusieurs œufs qui adhèrent au fond de la cellule. Mais les nourrices ont bien soin de les séparer, et les détruiraient plutôt dans la crainte que les larves qui doivent en sortir ne se nuisissent réciproquement. Il faut voir avec quel soin les abeilles nettoient leur reine , la frottent de leur trompe pendant la ponte et lui présentent de tems en tems du miel qu'elles dégorgent. Cette ponte a lieu principalement au printems.

Les œufs d'où sortiront plus tard des ouvrières, sont pondus les premiers , parce que ces ouvrières auront à préparer plus tard , dans une autre ruche , la demeure et la nourriture des mâles et de la reine de la nouvelle généralion; puis vient quelque tems après la ponte des œufs des mâles; puis enfin celle des reines; mais, dit-on, ces derniers ne sont pondus, qu'à un jour d'intervalle les uns des autres, afin que ces reines ne naissent pas toutes en même tems, et ne déterminent que successivement des migrations partielles de la population. Ces œufs sont longs d'une ligne, oblongs, d'un blanc bleuâtre ; ils éclosent dans l'espace de 5 à 6 jours , et il en sort un ver, mou , ridé , sans pieds , qui demeure au fond du berceau dans une immobilité complète.

Aussitôt les nourrices accourent, vérifient la naissance, et donnent à la nouvelle larve la nourriture appropriée à son âge et à la caste dont elle doit faire partie.

(La suite à vn prochain numéro-)

(Ancien système île ruches.)

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