‹ Magasin universelChapitre 112 sur 320 · LES ILES CANARIES · texte numérisé non relu

LES ILES CANARIES

Les anciens avaient donné le nom de Fortunées à des Iles voisines de l'Afrique, dont leurs poètes avaient vanté la température et la fertilité, mais qu'ils ne connaissaient que fort imparfaitement. Au temps de l'empereur Auguste, un roi de Mauritanie, nommé Juba, en fit reconnaître les côtes, et s'il faut en croire certains auteurs, ce serait an TOME II. — Janvier i8-35,

grand nombre de chiens (en latin cclnis) qu'on y aperçut, que l'une de ces îles dut le nom qu'elle reçut de Canarie. Ni dans l'histoire des Romains ni dans celle des Carthaginois, on ne voit jouer un rôle aux habitans de ces îles, sur lesquelles un des hommes les plus instruits de notre époque, M. le colonel Bory de Saint-Vincent, membre de l'Institut].

a publié un ouvrage fort curieux sous ce titre : Essais sur les îles Fortunées. Ces îles sont celles que nous désignons habituellement par le nom d'îles Canaries.

Au xive siècle, un jeune prince espagnol, petit- fils de saint Louis et du roi Alphonse, se voyant privé de toute prétention à la couronne deCastille, à laquelle son père avait renoncé, forma le projet de s'emparer des îles Canaries, dont les Espagnols avaient plus d'une fois projeté la conquête, éveillés sans doute par les découvertes importantes que leurs voisins , les Portugais , avaient faites tout le long de la côte d'Afrique.

Louis de la Cerda, car tel est le nom du jeune prince espagnol , était élevé à la cour de France ; il alla demander au pape Clément VI, qui résidait à Avignon , l'investiture du nouveau royaume , et il l'obtint sous la condition de verser dans le trésor du saint Père une somme assez considérable. Le prince reçut des mains du pape un sceptre et une couronne d'or; il ne manqua rien à la magnificence de cette cérémonie; maisjà finit le règne du nouveau monarque , qui ne mit même pas le pied dans ses Etals , attendu le défaut d'hommes et d'argent.

Un gentilhomme français du pays de Caux, Jean de Bétencourt, s'imagina, soixante-douze ans plus tard, en 1417, d'accomplir le projet qu'avait manqué le petit-fils de saint Louis. Il fit une expédition sous la protection de Jean, roi de Castille , et s'empara de deux de ces îles (Lancerote et Fuerte Ventura). Plus tard, les Espagnols découvrirent et soumirent !e reste des Canaries. Vainement le Portugal essaya-t-il de leur enlever ces nouveaux domaines ; ils en furent définitivement déclarés possesseurs vers la fia du xv° siècle.

Les habitans que les Espagnols trouvèrent dans les îles Canaries formaient un peuple à part , connu sous le nom de Guanches (I), entièrement distinct des nations connues par son organisation politique , sa religion et ses mœurs , et auquel l'état assez avancé de son industrie et de son agriculture assignait une existence déjà fort ancienne. Comme chez les Incas du Mexique, toutes les terres étaient au souverain, et la portion que cultivait chaque famille ne lui était que prêtée. Le sol était, du reste, assez fertile dans ces îles Fortunées pour demander peu de soins aux cultivateurs. Les Guanches avaient le teint olivâtre ; ils étaient d'une haute stature et joignaient une physionomie gracieuse à un caractère courageux et à un esprit assez délié. Quelques auteurs espagnols ont fait l'éloge de leurs qualités morales; mais ceux-là sont en petit nombre, et les autres ont cru devoir justifier, par une peinture infidèle des mœurs des Guanches , les traitemens cruels que ce peuple paisible eut à subir de la part de ses nouveaux maîtres.

Ténériffe est la plus fertile , la plus peuplée et la plus «ommerçantedes îles Canaries. Sa circonférence est de soixantequatre lieues; elle fait le commerce presque exclusif de ce fameux vin de Malvoisie, dont elle exporte annuellement trente mille pipes environ. Elle est en grande partie couverte d'épaisses foiê;s de lauriers, d'arbousiers et de pins, au-dessus desquelles s'élèvent des montagnes toujours couvertesde neige. Le pic le plus hautde tous est celui de Teyde. Il s' élève à dix-neuf cents toises au-dessus de la mer. Sa forme est celle d'un cône terminé par lin plateau de six lieues de tour, toujours couvert de neige, et du haut d quel on aperçoit toutes les îles Canaries. Ses lianes présentent des ouvertures, desquelles s'échappent des vapeurs enflammées qui dénotent un volcan en activité. La dernière éruption eul lieu en 171)8. Celle de 1704 lit d'une grande étendue du pays un terrain entièrement stérile, et détruisit plusieurs villages.

La partie là plus délicieuse de Ténériffe, celle quevisiteul toujours les étrangers, est la vallée d'Orotava : plus qu'en aucune autre contrée de l'Ile, les eaux y sont abondantes, la température douce el la sol fertile.

(i) vow |i;i;;c 1 1 5 , la manière dont Iei Guanches conter

miic ni leon inurti. \

On trouve à Ténériffe du gibier en abondance et une grande variété d'oiseaux. Bien des géographes ont écrit que ces oiseaux au plumage jaune et au chant mélodieux , que nous nommons canaris , sont originaires de ces iles. Il paraîtrait au contraire, d'après d'autres voyageurs, que la ressemblance de nom de ces oiseaux et des îles a seul donné naissance à cette assertion erronée, et qu'on ne trouve dans la campagne de Ténériffe aucuns de ces oiseaux chanteurs. Il en est un autre que l'on y rencontre fréquemment: il ressemble, par la' couleur et le ramage, à notre rossignol.

Ténériffe compte dix ports et vingt forts ou châteaux. Santa-Crux en est aujourd'hui le chef-lieu. Cette place fortifiée a reçu de grands accroisseinens depuis la fin du siècle dernier, et a été témoin de la défaite des Anglais en 1799. Santa-Crux est l'entrepôt du marché général des iles Canaries. Son port est le plus sûr et le plus commode de tous ceux de ces îles ; c'est aussi celui que fréquente le plus les voyageurs. La population de Ténériffe ne s'élève pas à quatre-vingt mille âmes.

Page 1