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LES ASILES

Par une admirable prévoyance , les gouvernemens de l'antiquité, voulant placer ies citoyens à l'abri de la cruauté des lois tyranniques, avaient consacré au sein de l'Étal, et an miieu de leur propre domination, des lieux d'asile où le coupable ne pouvait être atteint par les magistrats, où le persécuté ne pouvait être saisi par ses oppresseurs. C'était un refuge sacré que la sagesse présente ou pouvoir , élevait contre ses iniquités futures.

Moïse établit des villes d'asile, et chargea les magistrats de réparer, chaque année, tous les chemins qui y conduisaient, afin que les Hébreux pussent se placer plus promplement hors îles atteintes des juges elihs persécuteurs. Les Héraclides, long-temps chassés du trône et éprouvés par le malheur, surent compatir à celui d'aulrui : en rentrant dans le Péloponè^e , ils élevèrent des lieux de refuge, dont ils se fermèrent les portes, qu'ils ouvrirent à leurs propres ennemis. Bientôt, les villes s'honorèrent des monumens consacrés à la pitié politique, et prirent le titre d'asile sur leurs médailles.

Les esclaves fuyant la cruauté de leurs maîtres , les débiteurs échappant à la rapacité usuraire de leurs créanciers, les partisans des minorités politiques s'ab. itant contre le triomphe oppresseur ou sanguinaire des majorités, et souvent de vrais coupables, affluèrent dans les asiles ; mais la générosité publique n'était pas toujours un obstacle à la prudence sociale, et le criminel qui trouvai! une noble protectiondans le refuge, y rencontrait souvent aussi une sage équité : les magistrats désintéressés y prononçaient son ar rôl ; mais à côté du crime, ils plaçaient aussi dans la ba hune la préméditation qui l'aggrave; la spontanéité, qu l'atténue; la provocation, qui l'excuse; la fatalité, qui le

rend involontaire , el le droit de si propre défense . qui le légitime; ainsi l'asile n'était pas un remp.nl élevé entre le coupable et la justice . mais une s;m e-garde contre les préventions ou l'iniquité des juges ordinaires.

I es temples servaient d'asiles : ceux qui fuyaient la main des hommes semblaient ainsi se placer sous la main de la divinité, et en appeler de l'oppression des tyrans a la j > lice céleste, ou de la justice de la terre a la miséricorde do ciel. Bien loi le sacerdoce usurpa , dans son iniérèl personnel, eeiie généreuse immunité; les asiles ne fuwâl plus

alors qtfun réceptacle de brigands protégés par le dieu dont

ils enrichissaient les prêlres; la justice n'eut plus de force, le crime n'eut plus de frein; le pouvoir fut forcé de placer des brasiers ardens auprès des réfugiés afin de les contraindre à déserter leur refuge , sur le seuil duquel les magistrats les attendaient.

Cet abus d'une institution sacrée en détruisit l'usage, et l'odieux Tibère, pour atteindre les dignes ci.oyens échappés à sa tyrannie politique , se "plaignit que les asiles enlevaient les criminels à la loi civile, et les abrogea. La mort devint alors l'unique refuge de la vertu contre i'opprtssion.

Théodose rétablit les asiles : le sacerdoce s'en empara de nouveau, et étendit leur franchise sur ton t es les terres de sa juridiction. Les serfs proprement dits s'y précipitèrent en foule, pareeque les liscalins des églises jouissaient, à cette horrible époque, de quelques légères immunités dont étaient privés les esclaves ordinaires. Les coupables, protégés par les prêtres, y insultaient à la justice des lois. Cliarlemagne voulut détruire ce dernier abus, il interdit de porter des alimens aux criminels réfugiés dans les églises ; mais, sous Louis-le-Débonnaire , le sacerdoce regagna plus qu'il n'avait perdu, en déclarant que L palais de 1 évêque était aussi sacré que le temple de Dieu. Ce fut peu de temps après, que les asiles furent détruits.

Voilà l'histoire des asiles civils, vulgairement appelés religieux : ils furent élevés par des hommes justes, ils f.irent bientôt dénaturés par des ambitieux. Ils étaient un véritable bienfait des législateurs, pareeque c'est contre leur propre pouvoir et sur leur propre territoire que les gouvernemens offraient un noble refuge , et assuraient une généreuse protection, dans nos dissensions politiques, dont la perle nous a paru d'autant plus regrettable, que, battus tour à tour par des vents contraires , et successivement assaillis par des tempêtes opposées; nous n'avons pu, sans péril, ni proléger dans notre force, ni reclamer protection dans notre adversité.

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