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CONTRE CHRISTIAN IV, ROI DE DANEMARK

( Documens historiques inédits. )

Depuis l'époque mémorable où Gustave Ax asa secoua le joug despotique des princes danois ( 1523), la Suède et le Danemarck furent presque toujours en guerre, et, à vrai dire, la paix ne fut réellement conclue qu'en istt!>, à l'avènement au tronc de Suède du roi Charles Mil . le même qui adopta pour son héritier le général InTiudoltc.

Il existe à la Bibliothèque royale un document curieux, cl qui semble cire reste inconnu à tous les historiens ; c'est

un cartel lancé, en 1644, par Charles i\, roi de Suède, à l'enconlre de Christian IV, roi de Danemark.

Qn remarquera le dédain superbe ci le ton de raillerie insolente employé par Ch.isiian , jeune prince dans la fleur

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de l'âge, à l'égard de son adversaire, vieillard plus que sexagénaire, et qui cependant lui purtait le défi.

« Nous, Charles IX, par la giàce de Dieu, rai de Suède , des Golhs et Vandales, nous te faisons savoir, à toi, Christian quatrième, roi de Danemark, que tu n'as fait comme uii roi chrétien et d'honneur, en ce que, sans y être contraint et sans aucun sujet, tu as commencé à rompre le traité de paix de Stetin, il y a quarante ans, et qu'avec une armée tu as pris des villes et châteaux par trahison, et lu as donné sujet par telles actions à une cruelle effusion de sang qui ne sera pas sitôt apaisée. Mais nous espérons en Dieu tout puissant , qui est un Dieu juste et sage, qui punira et vengera cette tienne entreprise. Et quoique notifiions soyons servi jusqu'ici de tous les moyens honnêtes et louables pour parvenir à une paix et à un accommodement, et que lu les aies toujours rejetés, nous te voulons maintenant proposer le dernier et extrême remède; puisque nous apprenons que tu es près d'ici, afin qu'il soit répandu moins de sang, ei que ta lenommée ne soit pas tout à fait effacée, présente-toi en personne, selon la louable et ancienne coutume des Grecs, en un combat avec nous, en pleine et rase campagne, avec deux de tes officiers de guerre, bons gentilshommes, sans finesses ni tromperies; nous irons à la rencontre, accompagnés de deux autres gentilshommes , avec nos habits de buffle , sans harnais ni casque en tête , mais ayant seulement une épée en la main. Présente-loi devant nous de la même sorte. Si tu ne fais cela, nous ne te tiendrons plus désormais ni pour un roi d'honneur, ni pour un soldat. »

A celte chevaleresque et loyale provocation, le prudent monarque danois répondit par l'étonnante lettre qu'on va lire :

« Ton écrit indiscret et insolent nous a été rendu en mains propri s ; nous aurions espéré que lu n'aurais pas dû nous écrire une telle lettre , mais nous remarquons que les jours canic daires ne sont p;-.s encore passés en toi, et qu'ils opèrent en la tète de toutes leurs forces. En ce que tu crois que nous n'avons pas fait comme un roi chrétien et d'honneur, et que nous avons contrevenu au traité de Stétin, tu mens en cela, et nous offenses comme un médisant qui se veut défendre par des injures, et qui n'ose maintenir son droit par la force. L'extrême nécessité nous a violenté à celte guerre ainsi que nous espérons en répondre devant Dieu au dernier jugement. Quant au combat q e tu nous présentes, cela nous paraît fort ridicule, car tu es déjà bien assez châtié de Dieu. Il vaudrait bien mieux pour toi que tu demeurasses devant un poêle bien chaud que de le battre avec nous , et que lu appelasses un bon médecin pour te remettre le cerveau. Tu devrais mourir de honte,

vieux fou,. d'attaquer ainsi un homme d'honneur! Tu

as appris sans doute cela des vieilles femmes qui ont coutume de te dire mille pouilles et injures. Laisse donc là l'écriture , tandis que tu peux encore faire autre chose de bon , ce dont j'espère bien cependant t'empêcher avec l'aide de Dieu. Nous t'avertissons q;ie tu aies à nous renvoyer notre hérault et nos deux trompettes que tu as retenus , en quoi tu donnes bien à connaître ta folle brutalité; mais tu dois voir assurément que si tu leur fais le moindre mal , tu auras à t'en repentir. Regarde donc à faire en cela ce que lu dois. »

Celte lettre, si étrangement impertinente, resta sans réponse; la mort vint enlever, quinze jours après, lépreux roi de Suède , au milieu des préparatifs immenses qu'il faisait pour entrer en campagne et mettre à la raison un rival aussi insolent.

Ce qui étonnera , en lisant cette correspondance inédite si singulière, c'est que la provocation émanant du roi de Suède était une véritable infraction du souverain aux ordonnances alors en vigueur dans le royaume; la Suède a toujours eu des lois excessivement sévères sur le duel ; Gustave- Adolphe le défendit sous peine de mort, et il fut exact à faire observer sa volonté. On connaît le trait suivant :

Deux officiers supérieurs lui ayant demandé permission de vider une querelle qu'ils avaient l'épée à la main , il refusa d'abord; vivement sollicité , il feignit d'y consentir, et mit seulement pour condition qu'il serait témoin du combat. Arrivé sur la place , il fit environner les deux champions par un corps d'infanterie, puis, adressant la parole au bourreau de l'armée : « Prépare-toi, lui dit-il, et dès l'instant qu'il y en aura un de tué , coupe devant moi la tête à l'autre. » Cette perspective peu encourageante ralentit de beaucoup l'ardeur des combaltans, et l'on n'entendit plus parler de duel dans les armées suédoises.

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