LES CRAPAUDS
PLUIE DE CRAPAUDS. — LEURS MOEURS, LEUR REPRO- DUCTION , LEUR LONGÉVITÉ.,
L'aspect hideux des crapauds, leur allure ignoble, leurs mœurs sauvages et leurs habitudes repoussantes, semblent justifier l'espèce de réprobation dont ils sont partout poursuivis. On les croit généralement venimeux, et l'on raconte dans ks campagnes une foule de fables sur la propriété qu'on leur suppose de chai mer les hommes e. les animaux par l'effet de leur regard et de leur souffle. Le crapaud joue toujours un rôle important dans les histoires de sorciers, et l'on connaît la malheureuse aventure de ce Vanini, qui fut brûlé vif, par arrêt d'un parlement, parce qu'on avait trouvé chez lui un crapaud renfermé dans un bocal de verre.
1 ont dégoûtant qu'il est, le crapaud ne doit pas être aussi malfaisant qu'on le suppose ordinairement; cependant il fait suinter de tout son corps une humeur jaunâtre, félide et horriblement acre, qui, selon M. Cuvier, peut ê^re nuisible aux petits animaux, quand ceux-ci en sont touchés. Lorsqu'on le tourmente, il se gonfle, et lance par l'anus une liqueur particulière , qui ne>t pas de l'urine, comme se l'imagine le vulgaire, el qui, si elle arrhe dans h s yeux, y cause une grande irritation et de vives douleurs. Il se nourrit de vers, de chenilles, de limaces, de petits insectes et des abeille.» mortes qui sont rejelées des ruches. Linné rapporte qu'il se délecte de quelques végétaux d'une odeur fétide, tels que certaines variétés ue camomille el de stachys.
Les crapauds sont pour la plupart nocturnes et solitaires. Ils habitent les endroits frai» et obscurs , les trous de vieux murs, les décombres, sous les pierres et dans la terre. Souvent les vents ou les trombes enlèvent, avec l'eau des étangs et des rivières, unegrandequantité de petits crapauds qui retombent ensuite avec la pluie et couvrent quelquefois le sol sur une grande étendue. Un grand nombre de faits de celte espèce ont été cités dernièrement à l'Académie des Sciences.
Les crapauds habitent peu les eaux; ils semblent même ne s'en rapprocher que pour y déposer leurs œufs, et deviennent la proie des brochets et même des anguilles. A lerre, ce sont les serpens, les hérons, les cicognes et les buses qui leur font une guerre cruelle. On a trouvé dans des couleuvres des crapauds qui, ayant été avalés tout vifs, n'étaient pas encore morts quelques heures après avoir été engloutis par ces reptiles. On prétend que les loups et les renards ne les dédaignent pas , mais alors comment expliquer ces cris affreux que jette un chien et celte inflammation qui se manifeste dans sa gueule lorsqu'il a mordu un crapaud. Cette humeur acre qui suinte de la peau du crapaud fait sa principale défense contre les animaux dont la bouche est sensible.
Les crapauds passent pour vivre très long-temps. Lacépède raconte qu'un de ces animaux, trouvé sous un escalier, d'un volume énorme et sans doute fort âgé, fut apprivoisé et gardé pendant trente-six ans, dans la même maison. II se montrait tous les soirs au moment où l'on allumait les lumières , levait les yeux comme s'il s'attendait qu'on le prit et qu'on le posât sur une table où il trouvait des insectes,
des cloportes et surtout de petits vers qu'il préférait. Il fixait sa proie , lançait tout d'un coup sa langue avec rapidité à la, manière des caméléons , et les insectes ou les vers y demeuraient attachés, à cause de l'humeur visqueuse dont l'extrémité de sa langue était enduite. Il devint bientôt l'objet d'une curiosité générale; les daines mêmes demandaient à voir. le crapaud familier. On l'eût conservé long-temps encore,'bien probablement, si un corbeau apprivoisé comme lui, ne l'eût attaqué à l'entrée de son trou, et ne lui eût crevé un œil. Le crapaud languit depuis cette blessure et mourut au bout de l'année.
Ou a trouvé des crapauds dans des cavités au milieu de rochers ou de murailles où pouvaient parvenir tout au plus quelques atomes d'eau et d'air, et cependant la grosseur de ces reptiles démontrait qu'ils avaient vécu, dans ces retraites, un grand nombre d'années. Comme on avait prétendu, à cette occasion, que les crapaux pouvaient vivre sans air, on a fait sur ce sujet des expériences positives. On a trouvé que ces animaux pouvaient se passer d'air pendant quelque temps et qu'ils n'en consommaient qu'une très faible quantité. Ainsi des crapauds ont été renf.rmés dans des boules de plâtre et ont vécu ; mais dès que l'accès a été à peu près fermé à l'air qui passait à travers le plâtre, en plongeant ces boules dans l'eau, les crapauds sont morts au bout de peu de temps. On tue aussi ces reptiles en les enduisant de suif.
Les crapauds diffèrent des grenouilles non-seulement par la couleur et l'aspect général de leur corps large et épais, par laiorme des pattes de derrière qui sont comparativement plus courtes, par la structure des doigts antérieurs qui sont unis,, courts, plats et inégaux , mais aussi par la disposition de la langue qui est plus libre et ne s'attache qu'aux bords de la mâchoire inférieure, et surtout par les verrues dont la peau des crapauds est couverte et qui manquent aux grenouilles ; parmi ces verrues il en est deux qui se font particulièrement remarquer; elles sont situées aux deux xôtés , vers le dessus du cou. ....„„
Comme les grenouilles et les raines , les crapauds se développent et subissent des métamorphoses. Le mâle aide à !a femelle à se débarrasser de ses œufs , enroule autour de ses cuisses le chapelet de matière flexible et élastique qui les réunit, ou plus ordinairement les place sur le dos de la femelle où se forment des cellules dans lesquelles sont bientôt renfermés les œufs. Là s'opère le développement du petit qui sort de l'œuf, aveugle, sans pattes, mais avec une assez longue queue; dans cet étal l'animal est dit têtard: il respire, comme les poissons , au milieu de l'eau , par ce qu'on appelle branchies : bientôt il change de peau; on voit paraître les yeux , se former les deux pattes de derrière , puis belles de devant; enfin tombent la queue et les branchies; alors l'animal respire l'air et paraît sous la forme qu'il doit conserver toute sa vie.
Parmi les différentes espèces de crapauds nous citerons le crapaud ordinaire, le plus laid de tous. On sait que dans les momens de colère et de danger, il se boursouffle, en arrondissant la peau qui l'enveloppe comme le ferait un sac. Cette peau ne lient qu'au bord des mâchoires , aux articulations des jambes et à la ligne du dos; au-dessous est un matelas d'air. Les œufs que pond la femelle forment souvent un cordon de plus de quarante pieds de long qui produit, en se pelotonnant dans l'eau, des masses glaireuses parsemées de points noirâtres. Ce crapaud coasse lentement d'une voix flutée, le soir et durant la nuit : comme les ventriloques il fait entendre des sons qui semblent partir de diverses distances. Nous citerons 2° le crapaud sonnant dont le coassement ressemble au bruit d'un timbre de métal; il ne craint pas le jour comme les autres espèces et se plaît aux rayons du soleil ; 5° Le crapaud accovcheur qui porte lui-même les œufs de sa femelle; 4° Le Pipa ou crapaud de Surinam (voyez la ligure), présente une particularité assez curieuse ; lorsque le mâle a placé les œufs sur le dos de la femelle, celle-ci se rend à l'eau; la peau de son dos se gonfle , et forme des cellules dans lesquelles les œufs sont enfermés et éclosent. Au bout de trois mois à peu près
1 >.t petits
avec une crapauds chaicni li
INims l
rience re
(Le Crapaud do Surinam. )
en sortent, non & l'état de têtards, c'est-à-dire | de l'Institut; ce savant naturaliste a reconnu le premier que
queue, sans yeim el sans pattes, mais à l'étal de parfaits. On d prétendu que les nègres rocheri chair de ce reptile.
ruminions cel article par la citation d'une cxpé
marquable due à M. le colonel Bory-Saint-Yinoenl
les pattes des têtards des crapauds sonnans repoussaient après a\nir été coupées. 11 n'en est pas tic même de la qnene; les têtards qui eu sont prives meurent peu do temps après. Il est inutile de dire que ce renouvellement des pattes n'a plus lieu quand le crapaud est entièrement fume.
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