SUISSE. — CANTON DE SCHWITZ
Éboulement d'une partie du moût Spizbiihl. — Destruction des
villages de Goldau, Loweiz, Rothen et Busingen.
Dans le canton de Schwitz, berceau de la liberté helvétique, où trois citoyens pauvres, sans crédit, Walter Furst, Arnold Melchshal et Werner Stauffacher, levèrent l'étendard de l'insurrection contre les Allemands , leurs oppresseurs , le voyageur rencontre un triste spectacle qui contraste péniblement avec les paysages animés du reste de la Suisse. La route qui conduit du pied du mont Righi au bord du lac de Lovverz , passe à travers des débris de rochers confusément entassés, monumens d'une des plus cruelles catastrophes , dont les annales de ce pays puissent garderie souvenir. Le 2 septembre 1806, à cinq heures du soir , une partie de la montagne qui fait face au Righi et qu'on nomme le Spizbiihl, s'écroula avec un fracas horrible, et, en peu de minutes, toute une lieue carrée de terrain fut ensevelie sous cet amas de décombres. On avait remarqué que des pluies continuelles avaient pénétré et imbibé le sol quelque temps avant celte catastrophe. D'énormes rochers , fragmens du Spizbiihl, après avoir traversé en bondissant le fond de la vallée , avaient conservé assez de force pour gravir jusqu'à une certaine hauteur la montagne opposée ; et même quelques-uns d'entre eux y restèrent comme suspendus.
Quatre villages, Goldau, Lowerz , Rothen et TUisingen, une vaste étendue de champs cultives et de vastes prairies, tout disparut en un moment sous celte avalanche de pierres, dont, les débris couvrent aujourd'hui la vallée entière. De six cents habitons, qui seMivraienl en -paix aux cours de leurs travaux, quatre cents, surpris par une mort affreuse, ne purent même faire un pas pour L'éviter. Des voyageura que la curiosité amenait au Righi, atteints par l'éboulement à l'entrée du pont de C.oldau , partagèrent le sort de ces infortunes babitans. Il n'eel.appa (pie ceux qui, occupes alors à faire paitre leurs troupeaux . purent voir, du liant des inouïs \oisins. le toit qui renfermait leur famille
s'abîmer avec d'horribles craquemens sous ce déluge de pierres.
On m'a montré à Lucerne , écrivait un voyageur , une femme , qui fut miraculeusement sauvée de cet effroyable
désastre. Renversée d'abord sous les débris de sa maison , mais plus étourdie que blessée par cette chute soudaine , elle se crut au moment terrible de la fin du monde , si souvent annoncée à la pieuse crédulité des gens de la cam-
( Emplacement de l'ancien village de Goldau , enseveli sous les rochers du Spizbùhl. )
pagne ; et doutant presque de son existence , sans voix et sans mouvement , elle attendait que le son de la trompette divine vînt soulever la tombe qui la couvrait. Tirée bientôt de son erreur par le son des cloches du voisinage , elle se ranima , et poussa des cris qui furent heureusement entendus. On parvint enfin à la retirer vivante de dessous les décombres , mais elle laissa sous un quartier de roche , un de ses bras , pour mendier avec celui qui lui reste.
C'est au milieu même de ces décombres que s'est réfugié le reste de la population de la vallée. Ils ont relevé leurs fragiles habitations , en les appuyant contre ces rochers à peine assis , dont la chute n'a pas cessé de les menacer, et une Eglise a été construite au pied de la montagne : ainsi, l'habitant du Vésuve laisse à peine le temps de se refroidir à la lave qui a détruit son toit et sa moisson.
Au bout de la vallée est le lac Lowerz, dont une partie fut comblée par l'ébonlement de la montagne. Quand on a traversé ce lac , un tableau des plus frais et des plus séduisans vient consoler l'ame du voyageur attristé par le désolant spectacle qu'il a eu sous les yeux. C'est la vue des enviions du bourg de Schwitz, aux verts pâturages ombragés d'aï bres à fruits, et animés par une foule d'habitations pittoresques.