LEON X
( Portraitde Léon X d'après le tableau au Vatican ,"par Raphaël.)
Parmi tous ces personnages qui jetèrent un si grand éclat clans le xvie siècle, François Ier, roi de France, Henri VIII, roi d'Angleterre, Solinian Ier, empereur de Turquie, etc., il en est un qui occupe la première'place et a mérité de donner son nom à ce siècle brillant; c'est le pape Léon X. L'importance du rôle politiqueqti'il fut appeléà jouer et la grande scission religieuse que Luther opéra sous son pontificat, auraient suffi pour donner à son nom une grande célébrité; mais c'est surtout à l'influence qu'il a exercée sur la révolution qui s'est faite en Europe dans les arts et dans la littérature, que Léon X doit son illustration.
Il appartenait à cette célèbre famille des Médicis , la pre- 'fOME II. — Mars i835.
mière de Florence; son père était Laurent de Médicis, surnommé le Magnifique. C'est assez dire que son éducation répondit à l'opulence et à l'éclat de sa famille. On lui donna pour précepteurs les hommes les plus habiles, et il se montra digne de recevoir leurs leçons. Le jeune Jean de Médicis témoigna surtout un penchant particulier pour les écrits des anciens philosophes.
Le faste et les honneurs dont on environna ses jeunes années lui inspirèrent un goût de luxe et de dépense qu'il manifesta depuis dans tout le cours de sa vieil n'avait que 13 ans quand, en 1488, le pape Innocent VIII le nomma cardinal. Quatre ans après, il reçut le
premiers ordres avec une grande solennité, et il parut bientôt à Rome, où les grâces de son esprit, l'aménité de ses manières et la variété de ses connaissances, lui concilièrent l'affection des grands et l'estime des gens de lettres.
Contraint à s'éloigner de Florence sons le pontificat d'Alexandre VI, par les troubles qui agitèrent Florence et les malheurs qui accablèrent sa famille, naguère si puissante, le cardinal Jean de Médicis voyagea en Allemagne, en France, en Flandre, et partout il se fit des admirateurs et des amis. Au nombre de ces derniers, il faut citer Erasme, qu'il consulta toujours dans les circonstances les plus difficiles.
De retour à Rome, il obtint l'amitié du pape Jules II et se fit remarquer par songoûtpour les sciences, les beauxarts et la musique. A ces délassemens il joignait celui de la chasse, qu' il aimait, dit-on, jusqu'à la fureur. Après avoir rempli déliantes fonctions sous le pape Jules II, Jean de Médicis fut, à la mort de ce pontife, élu pour son successeur, sous le nom de Léon X, le M mars 1513. Son couronnement fut magnifique, et ses discours, remplis de grâce, de bonté et d'éloquence enchantèrent les Romains. Le choix qu'il fit de Bembo et de Sadolet pour secrétaires intimes, témoigna assez de son vif désir de protéger les lettres et les arts.
Notre intention n'est pas de dérouler aujourd'hui le vaste tableau des évènemens politiques et religieux qui marquèrentlerègnedeLéonX. Déjà en retraçant la vie de Luther, nous avons indiqué le rôle que ce prince de l'Eglise fut appelé à jouer à cette époque de lutte et de crise pour le catholicisme, et quant au côté politique de sa vie, nous aurons plus d'une occasion d'y revenir. Ce que nous voulons voir, pour le moment, dans Léon X, c'est le protecteur des letlres, et c'est par ce caractère surtout qu'il a mérité de donner son nom au siècie brillant illustré par son pontificat.
Dans les temps antérieurs à l'avènement de Léon X, on avait pu remarquer une impatience générale de sortir des ténèbres de l'ignorance et de la barbarie. Les Croisades (I), en ouvrant de nouvelles roules commerciales, avaient commencé cette grande révolution, achevée par l'afrluence, en Italie, d'un grand nombre de savans que les Turcs, victorieux de l'Empire grec, avaient repousses vers l'Europe. Cette tendance des esprits vers la civilisation ne demandait qu'à être protégée par les gouvernails pour recevoir tous ses develop emens; on se jetait avec avidité sur h s ouvrages des anciens, qui venaient d'être retrouvés C'était en Italie surtout que s'opérait cette noble fermentation de l'esprit humain ; mais les hommes distingués, qui s'y livraient à l'étude des arts et des sciences, étaient souvent arrachés à leurs travaux et isoles les uns des autres par les guerres qui désolaient cette contrée. Léon X voulut rassembler dans un seul foyer ces rayons épars; il rétablit l'université romaine, lui rendit ses revenus, consacrés depuis long-temps à d'autres usages, et (il monte* dans ses chaires des savans appelés île toutes les parties du monde. La médecine, les mathématiques, le droit civil, la philosophie morale el la rhétorique y eurent leurs représentons comme la théologie et le droit canon.
Par les soins de Léon X, les modèles de la littérature grecque cl latine, Homère, Platon, Sophocle, Pindare, Théocrile, Tacite dont il acheta à très haut prix un manuscrit incomplet, sortirent de l'obscurité el furent imprimés sous la surveillance des hommes les plus instruits de sa cour, auxquels, pour récompense, il conféra ensuite de liantes dignités.
L'astrologie judiciaire commençait alors à céder la place à la véritable astronomie; Celio Calcagnini avait déjà essayé de prouva ce mouvement diurne de la terre qui lit p'.us tard la gloire de Copernic el de Galilée, el Léon \ projeta la réforme du calendrier que de graves erreurs ar-
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cumulées depuis J. César, mettaient alors en discord avec la marche du soleil; mais l'honneur de cette reforme était réservé au pape Grégoire XIII.
Deux bibliothèques, celle du Vatican et celle que le pape fit construire par Michel- Ange , à Florence, sa patrie, s'enrichirent dis livres, des débris de l'antiquité, et de toutes les productions des beaux arts que Léon X faisait ramasser a grands frais et avec un goût éclairé.
Il est peu de nos lecteurs qui ne sachent que ce fut sous le pontificat de Léon X que Michel-Ange et Raphaël ornèrent de leurs magnifiques peintures le palais du Vatican et plusieurs autres principaux monuniens de Rome. Le pontife comprenait toute l'étendue du talenlde ces grands maîtres et voyait avec un noble orgueil s'élever une foule de disciples de talent autour de ces hommes dont il excitait le génie créateur.
L'éclat de la cour de Léon X s'accrut à la suite des mesures de rigueur qu'il fut i.bligé de prendre contre des conspirateurs qui avaient voulu attenter à ses jours. Reconnus coupables de projets d'empoisonnement trois d'entre eux avaient été mis à mort , et plusieurs autres condamnés à des peines sévères^ Des personnages marquans, des cardinaux même avaient trempé dans le complot, el Léon X sentit la nécessité n'adoucir le sentiment de tristesse et d'irritation que ces actes (te justice avaient fait naine dans bien des cœurs. Il lit une promotion de trente et un cardinaux, et enchanta l'aristocratie romaine par la magnificence et le bon goût de ses fêles. Ce luxe bien entendu répandit l'aisance et les agrémens ne la vie dans lotîtes lesclassesdu peuple de Rome.
La lilierté du commerce, la sagesse de l'administration, ajoutèrent à la félicité générale, et firent bénir le nom du pontife par le peuple comme par les artistes qui lui devaient une grande partie de leur prospérité : aessi n'y eut-il qu'une voix pour applaudir au décret solennel qui décerna à Léon X une statue dont l'exécution fut confiée au grand Michel- Ange, et que l'on voit encore au Capitole.
Les cruautés exercées contre les habitai» du Pérou par les Espagnols, devenus maîtres du Nouveau-Monde, avaient été dénoncées à Léon X par les dominicains; ce pontife se déclara le protecteur de ces malheureuses victimes de la cupidité et de la barbarie espagnoles, ei menaça de la colère céleste leurs oppresseurs ; mais la voix du chef ne l'église iT fut pas assez puissante pour, ramener ces cœurs endurcis par l'exercice d'une sanglante tyrannie, et des peuples bons et vertueux furent torturés au nom de la religion par les lieulenans d'un roi chrétien.
Léon X encourageait l'étude de l'art musical, dont le secours est si précieux dans la célébration des grandes fêtes du catholicisme. Doué d'une oreille juste et d'une voix mélodieuse, il aimait la musique el en avait étudié la théorie avec soin.
Tant d'éclat, d'agrémeus et de prospérité, avaient fait de la capitale du monde chrétien le rendez-vous de tous les hommes aimables et instruits au milieu "desquels l.éon.X aimait à se trouver. Il les réunissait dans des banquets spleudides, où il montrait, an reste, une grande. sobriété, ci qu'animait une familiarité, dont lesgens de notre temps seraient probablement scandalises. Bien souvent, pendant sev repas, il faisait faire des lectures choisies. OU Soulevait des discussions d'un ordre élevé sur les lettres el les arts.
Il aimait les pompes du culte . se plaisait a en régler tous les détails; il voulait toujours que la richesse de s-s orneinens pontificaux répondit à l'éclat «le ces offices, et il ornait
de pierres précieuses ses mains blanches et délicates- Il
avait de la dignité dans sa personne : sa stature était assez haute , 88 lête un peu grosse, el ses membres un peu minces pour le reste de sa taille. Son teint était haut en couleur. ses yeux gris et saillans, son organe doux et souoiv , ses manières affables, excepte dans les raies occasions OU la chasse, son délassement favori, n'avait pas répondu à son aucnie.
le divin Raphaël a tracé de Léon X un portrait fi !èle, dont nous offrons une modeste imitation à nos lecteurs, et qui est un des plus beaux ouvrages de ce grand peintre. A lu gauche du pontife , est le cardnial Piossi ; à sa droite, est le cardinal Jules de Medicis, qui depuis fut élevé au pontificat , et prit le nom de Clément VII.
Ilyavait neuf ansà peine- que Léon X avait ceinf la tiare, lorsqu'il mourut presque subitement. Son corps ayant paru gonflé d'une manière extraordinaire, on le fit ouvrir, avec la permission ds consistoire , et les médecins déclarèrent que le pape était mort empoisonné. On arrêta l'eVhanson , mais il fut bientôt rendu à la liberté, faute de preuves. Une rumeur sourde accusa François Ier, roi de France , qui avait eu avec le pape de longs démêlés , et qui venait de perdre, huit jours avant, le Milanais; mais il n'est pas même bien avéré qu'il y ait en empoisonnement. Les médecins de ce temps-là n'étaient pas très sûrs de leur fait.
Le tombeau qu'on a élevé à ce grand prince dans l'église de Sainte-Marie de la Minerve avait été esquissé par Michel-Ange. La statue du pontife est de Raphaël Monte- Lupo.