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NÉCESSAIRES A L'HOMME SUIVANT LES CLIMATS

On appelle aliment toute substance naturelle, solide ou liquide, propre à réparer les perles que fait le corps, et à y entretenir la force et la santé.

L'homme est omnivore. Quand les faits ne prouveraient pas cette assertion, elle serait démontrée par son organisation et la structure de son appareil digestif. Destiné par le créateur à peupler l'univers , il avait besoin de cette organisation spéciale, qui le rend indépendant des lieux et des climats.

Malgré cette faculté qu'a l'homme de se nourrir indistinctement de végétaux et d'animaux, il est soumis, sous ce rapport, d'une manière remarquable, à l'influence des climats, en sorte que tel aliment, très convenable dans un pays, cesse de l'être dans un autre; en général, pinson s'avance vers le nord, et plus on remarque le besoin, on pourrait dire la nécessité d'une nourriture animale.

Sous les tropiques, où les substances sucrées et amilacées sont seules recherchées, et où les nourritures stimulantes et animales répugnent autant qu'elles sont nuisibles, nous voyons naître le riz, la patate, le maïs, le manioc, le millet, l'arbre à pain, et tous les fruits aqueux et mucilagineux.

En quittant cette zone, nous entions dans celle où croîi le froment, et déjà la nature prévoyante unit à la fécule, dans cette gramiuée, un principe particulier (le gluten) doué de toutes les propriétés des substances animales , puisqu'il fournil de l'azote et ne l'ammoniaque par sa décomposition; c'est donc par un passage gradué, et pour ainsi dire insensible, que la nature fournit à l'homme ce qui lui est nécessaire. Dans la zone dont nous parlons, il préfère encore les alimens végétaux ; mais ces végétaux contiennent un principe qui les rapproche des substances animales, et cela n a pas lieu seulement pour le blé ; on le trouve encore dans la châtaigne, qui fail l'unique ressource de cjuelques provinces montagneuses de la France et de l'Italie : ce n'est plus du gluten que contient celle dernière substance, c'est de l'albumine, mais dans des quantités considérables.

On commence à manger de la viande dans les pays qui se trouvent entre l'Atlas et la Méditerranée. Cette consommation devient plus grande en Espagne, plus considérable en France; elle est énorme en Angleterre et dans le nord de l'Allemagne; enfin, dans les régions rigoureuses et glacées, l'alimentation purement animale est la seule qui puisse faire surmonter l'influence débilitante du froid. Le Groënlandais, le Kamlchadal, etc. , dévorent les phoques et les

ours marins; leur pain n'est composé que de chair de poissons desséchés et pulvérisés ; ils boivent l'huile de baleine , et ils assaisonnent ces différens mets avec des poissons dans lesquels la putréfaction, déjà avancée, a développé une grande quantité d'ammoniaque.

Cette nécessité d'un régime particulier, suivant les climats, se démontre par la facilité plus ou moins grande qu'ont eue à s'établir, dans certaines localités, des sectes religieuses; celles qui prescrivent le régime pythagoi icien ont pris naissance dans l'Inde, et y subsistent encore ; mais elles n'onl pas pu s'établir d'une manière permanente plus au ncrd, même en Grèce el en Italie. Nous pouvons en dire autant de la religion catholique , relativement à l'abstinence ((d'elle prescrit en certain temps. L'histoire du moyen âge nous apprend que cette obligation de l'abstinence fut un des plus grands obstacles qui s'opposèrent pendant longtemps à rétablissement de celte îeligion dans Je nord , et que le précepte de l'abstinence n'y a jamais été strictement observé.

.Depuis que l'on donne un peu de viande à nos prisonniers , on ne remarque p us chez eux la même mortalité. On dit qu'en Suède el en Norwège, une condamnation au pain pour toute nourriture équivaut à un arrêt de mort, et qu'il suffit pour cela de deux ou trois mois de réclusion.

On voit par ce court aperçu la nécessité de modifier les alimens suivant les climats; et, si cela est vrai pour la population prise en masse, à plus lorle raison faut-il le faire lorsqu'il s'agit d'ouvriers dont on exige un grand déploiement de forces. Le nègre et l'Arabe, transportés dans nos régions, ont besoin de la même nourriture que nos artisans, dont ils partagent les travaux ; el lorsque ces derniers passent dans les climats des autres, ils compromettraient leur existence s'ils ne modifiaient pas leur manière de vivre.

Il est démontré par ce qui précède et par beaucoup d'autres faits qu'on ne pourrait pas rapporter ici, que, dans nos chinais, la nourriture doit être mixte, c'est-à-dire composée de végétaux et d'animaux.

Il est un point très important dans les règles du régime, pour tirer tout le parti possible de la nourriture sous le rapport des forces et de la saute; il consiste à régler les alimens de telle sorte, qu'on les prenne toujours aux mêmes heures et dans les mêmes quantités. Examinons , sous ce rapport, nos soldats dans leur casernement, et surtout les prisonniers, lorsqu'ils sont convenablement traités; ces deux classes d'individus engraissent sous l'influence d'un régime qui ne leur suffirait pas s'ils le prenaient tantôt à une heure, tantôt à une autre, etsurtoul s'ils le prenaient par jourdansdes quantités différentes. Quel est le militaire qui n'a pas observé la même chose pour les chevaux de cavalerie ?

L'homme qui travaille beaucoup a non-seulement besoin d'une quantité suffisante d'alimens , mais il faut ne plus que cette quantité occupe dans son estomac un certain espace; sans cela, il éprouve un malaise qui nuit autant au déploiement de ses forces qu'une alimentation insuffisante. Ceci nous explique la préférence que donnent la plupart de nos ouvriers à ces pains grossiers qui, sous un volume donné, contiennent beaucoup moins de principes nourriciers que des pains plus recherchés; ces derniers passent rapidement dans leur estomac, et laissent revenir plus promptement le sentiment du besoin. Il faut avoir été privé pendant quelque temps d'alimens solides pour connaître et apprécier cette influence mécanique d'une substance solide peu ou point nutritive.

Nous avons dit au commencement de cet article que l'homme, par son organisation, av ni besoin d'alimens végétaux el animaux, et que plus il s'appro hait des régions du nord, plus il fallait faire dominer les premiers dans l'ensemble du régime. Il en est de même pour un grand nombre d'animaux : ne donnez que de la fécule pure à un cl lien, à une souris, à un chat, ils ne la digéreront pas, et périront en peu de temps; ajoutez à celte fécule une petite quantité de substance animale, et à l'instant vous dé-

vèlopperez en elle tous les principes nourrissans qu'elle possède. Le même phénomène a lieu avec le pain ; clans les expériences faites par un de nos savans. M. Edwards , tous les chiens auxquels il ne donna que du pain et de l'eau périrent en six semaines; mais deux simples cuillerées de bouillon sur le pain engraissèrent rapidement ces animaux. Sous Charles X , on voulut , par économie , supprimer aux chiens de chasse les résidus de suif qu'on leur donnait, et ne les nourrir qu'avec du pain; ils moururent tons : il fallut revenir au régime mixte dont nous signalons la nécessité. (Extrait du nouveau Dictionnaire d'Industrie manufacturière, commerciale et agricole.)

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