LA CHAMBRE DES DÉPUTÉS
Le palais où s'assemblent aujourd'hui les députés de la France , fut occupé par le conseil des cinq-cents sous la république , et par le corps législatif sous l'Empire. La première de ces deux assemblées politiques, avait dans l'origine tenu ses séances dans celte salle du manège, si incommode et si mesquine , qui avait vu successivement l'assemblée constituante, rassemblée législative et la convention. Les défauts de ce local déterminèrent le directoire à donner au conseil des cinq-cents le Palais Bourbon . que la république avait confisque sur la famille des Condé. Un de nos architectes, 1\1. Gisors, dont le fils soutient dignement aujourd'hui la réputation, fui chargé d'approprier cet édifice à sa nouvelle destination, et trois ans après, le conseil des cinq-cents vint en prendre possession.
Napoléon envoya siéger à l'ancien Palais-Bourbon les députés du corps législatif, qui avaient pour mission de sanctionner les volontés du maître de la France, sans po i voir jamais prendre la parole; l'empereur les avait cou-
verts d'un costume brillant chargé de broderies en or ; il voulut que la décoration de leur Palais , répondit à l'éclat de leur livrée, et par ses ordres , l'architecte Poyet éleva, en 18ol, du côté delà Seine, la façade monumentale qui existe aujourd'hui, et que représente la gravure jointe à cette notice. .w-^.»-*.^ b
Depuis la restauration, la chambre des députés a succédé au corps législatif, et dans ces dernières années, de grands travaux ont été exécutés dans ce palais. Des constructions ont été élevées sur la gauche pour recevoir la bibliothèque de la chambre, mais nous ne les avons pas indiquées, pour qu'on puisse comparer l'aspect primitif du monument avec
( , Façade de la Chambre des Députés.
son état actuel. Ces constructions nouvelles sont loin d'avoir ajouté à l'effet de la façade , mais elles étaient nécessaires.
Un escalier de près de cent pieds de largeur conduit à cette façade. Les deux statues colossales qui s'élèvent debout sur ces piédestaux, en avant du palais et des deux côtés de l'escalier, représentent la Justice et la Prudence. Ces quatre personnages assis sur des chaises curules, un peu au-devant de l'escalier, ce sont l'Hospital, Daguesseau, Sully et Colbert, nobles images dont la vue rappelle des Kiodèles de fermeté, d'intégrité, de sage économie et de dévouement éclairé au pays , qui ont eu de nos jours bien peu d'imitateurs (1).
Le fronton qui couronne l'entablement, supporté par ces douze colonnes corinthiennes de grande dimension , est orné d'un bas-relief exécuté par Fragonard : il représente la Loi appuyée sur les tables de la charte, soutenues par la Force et par la Justice. A la gauche de cette figure principale, la Paix ramène le Commerce; à sa droite, l'Abondance s'avance suivie des Arts et des Sciences. Dans les angles, sont des images allégoriques de la Seine , de la Marne et du Rhône. Cette façade, avec ses accessoires, a coûté 4,800,000 fr.
Il est à regretter que l'on ait élevé sur le Pont de la Concorde, placé vis-à-vis cette belle façade, les statues colossales de quelques-uns des illustrateurs de la monarchie française. Ces figures gigantesques, que leur position audessus du fleuve grandit encore, nuisent à l'effet de la fa-
(i) Ces six statues sont en pierre revêtue d'une composition qui imite le marbre.
çade de la Chambre des Députés, et écrasent le pont luimême. On a bien souvent émis le vœu qu'elles fussent transportées sur la place Louis XVI ou dans la grande avenue des Champs-Elysées. Lorsque ces statues furent posées sous la restauration , des piaisans firent rem arquer que le grand Condé , dont la statue est la plus voisine de la façade, et qu'on représente au moment où il jette son bâton de maréchal dans les retranchemens ennemis, semblait menacer celte chambre des députés du peuple installés dans un des palais de sa famille.
Quand , du milieu de ce pont , on promène ses regards sur les lieux environnans , on voit, d'un côté, la façade du palais, et du côté opposé, ce beau temple de la Madeleine, l'une des merveilles de la France , à gauche et à droite la Seine avec la longue suite de ses quais magnifiques ; ici le château des Tuileries avec les massifs de ses jardins , les beaux hôtels du quai d'Orsay et le panorama du vieux Paris; là , le rideau de verdure des Champs-Elysées , les ponts des Invalides et d'Iéna, l'un si pittoresque, l'autre si élégant, et au-delà les collines couvertes de jardins et cle jolies maisons de plaisance, au pied desquelles serpente la Seine , qui semble s'éloigner avec peine de Paris. C'est là peut-être le plus beau point de vue de la capitale de la France.