HISTOIRE D'ANGLETERRE
Alfred-le-Grand.
Dans le -icr siècle de l'ère chrétienne, l'Angleterre, gouvernée alors par les rois de race saxonne, fut envahie par
les Danois. Un jeune roi anglais , Alfred , parvint à délivrer son pays à force d'adresse et de courage. Alfred remporta d'abord des victoires sur les Danois, fut ensuite accablé par le nombre , et se vit enfin abandonné des siens, que les revers avaient découragés. Dans cette position critique , ce prince conçut tout à coup l'étrange projet de s'ensevelir pour quelque temps dans une retraite ignorée, pour y attendre le moment de reparaître. Le plus fidèle de ses partisans, le comte de Devon, fut seul mis dans le secret, et Alfred vécut pendant six mois auprès d'un pâtre , dont il s'était fait le serviteur. Instruit par le comte Devon que les Anglais, excités par les vexations des Danois, reprenaient courage, et que la division s'était mise dans le camp de leurs oppresseurs, Alfred s'introduisit parmi ces derniers, déguisé en vieillard , une harpe à la main), et demandant à charmer par ses chants les oreilles des guerriers. Libre alors de circuler dans le camp danois, admis à la table des chefs comme à celle des soldats, il examine leurs forces, ap-
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( Alfred parmi les Danois. )
prend leurs projets, et s'échappe enfin pour rassembler ses partisans avec l'aide du comte Devon.
Peu de temps s'était écoulé depuis son départ du camp , lorsque les Danois surpris virent reparaître le ménestrel , à la tête des Anglais, non plus la harpe à la main et sous les habite d'un pâtre, mais couvert de fer et portant la mort dans leurs rangs.
Un grand nombre de Danois fut massacré dans cette journée , et la nouvelle qui s'en répandit , lit accourir sous les drapeaux du roi un grand nombre de soldats anglais.
Une partie des Di 'a se rallia au vainqueur, et l'un de
leurs chefs \intdans le camp d'Alfred demander avec le
baptême, l'honneur de marcher avec ses vassaux. Ce prince
parvint par là force des aunes, cl aussi grâce a sa politique
habile,;» délivrer entièrement l'Angleterre des Danois, il
lui fallut conquérir Londres qu'ils avaient envahie, leur faire lever le siège de la ville de Rochester, équiper , armer une flotte pour poursuivre jusque sur les mers, ceux qui s'étaient réfugiés à bord de leurs vaisseaux; il réussit dans toutes ces entreprises, et abrégea cette lutte en gagnant par la séduction de ses vertus , par sa clémence et sa générosité , les cœurs d'un grand nombre de ses ennemis , dont il fit des sujets fidèles. Ceux d'entre eux qui voulurent se retirer dans leur patrie , obtinrent de lui la liberté de remonter sur les navires qui les avaient amenés.
A peine délivré des hommes du nord , Alfred établit en Angleterre de sagesinstitutions. Il lui donna des lois remarquables par leur caractère d'humanité , raffermit l'institution ancienne du jury, fit de celle des Parlemens un des statuts fondamentaux du royaume, créa la marine, encouragea le commerce, et fonda la célèbre université d'Oxford. L'éducation, fort avancée pour ce temps là , qu'il avait reçue à Rome , l'avait en effet mis en état d'apprécier l'importance des établissemens littéraires ; il avait même été élevé , dans sa première enfance , sous la tutelle du pape Léon IV, qui l'appelait sou fils chéri, et l'avait marqué de l'onction sainte.
L'Angleterre était alors bien loin de ce brillant état de civilisation qu'a atteint de nos jours une partie de ses habitans. Alfred apprit à ses sujets à mieux cultiver la terre, à bâtir des demeures plus commodes , à construire des fortifications , à élever des temples pour leur culte. Pour eux , il écrivit l'histoire du pays et celle des autres nations , et composa des poèmes , dont quelques-uns sont parvenus jusqu'à nous.
Plus intelligent que bien des princes de notre âge, venus mille ans après lui, Alfred s'étudia à propager l'instruction, et punit d'une amende les parens qui négligaient d'envoyer leurs enfans aux écoles publiques. Roi philanthrope, il écrivait dans son testament que les Anglais devaient être aussi libres que leurs pensées ; chrétien , il fondait ses lois sur le respect de l'Evangile. Chose remarquable , s'il donna l'exemple de la soumission à l'Eglise, jamais il ne contraignit les consciences par le glaive. Voltaire a dit de lui : « Je ne sais s'il y a jamais eu sur laterre un homme plus digne du respect de la postérité qu Alfred-le-Grand.»
INFANTERIE