CHANGEMENS SUCCESSIFS .APPORTÉS DANS SOX ORGANISATION
Quelques historiens ont avancé que fétymologie du mot infanterie venait de celui d'infante , à l'occasion d'une victoire gagnée sur les Maures par une princesse espagnole, qui s'était mise à la tête de quelques millions de piétons. Cette opinion n'est pas exacte : celle adoptée par les écrivains militaires modernes, la fait remonter à l'époque des premières levées de troupes de pied , composées de jeunes gens appelés enfans de telle province, de telle ville, de tel village , d'où l'on a composé depuis , par corruption , le mot infanterie.
Au moment de leur première irruption dans les Gaules (l'an 89 de J.-C), les Francs n'avaient pas de troupes proprement dites, et ainsi, aucun attirail de guerre n'entravait leur marche vagabonde. Partis en masse de la lïanconie et de la Germanie, armés seulement de hâtons ferrés à pointe acérée ou à crochets , ils se répandirent dans les plaines fertiles de la Belgique, cl cherchèrent à s'y établir par la force, des armes ; niais d'aussi Faibles moyens d'attaque et de défense ne leur permirent pas] de disputer long-leinpsaux Gaulois et aux Romains, la partie de terrain qui resait l'objet de leurs vœux: ils furent veineuse) repoussés dans leurs sombres forets. Cet eehee ne rebuta point leur courage; ils renouvelèrent leurs tentatives d'invasion
à diverses époques, Franchirent le Rhin en tn>. et pénétrèrent dans les Gaules, ou bientôt ils s'établirent en \ain- , punis, le peuple Franc habitue aux marches, endurci
aux fatigues et familiarisé avec les privations , devait avoir une grande supériorité sur des ennemis déjà efféminés par le luxe et la mollesse ; ils les battirent , en effet , lorsqu'ils commencèrent à faire usage de leurs armes et de leur manière de combattre. Les peuplades que dirigèrent les premiers chefs des Francs ne présentaient encore que des colonnes confuses , sans ordre et sans tactique ; les vieillards, les femmes , les enfans en bas âge , suivaient tumultueusement les hommes armés et en état de manier la fronde , l'épée ou la pique : tous partageaient les triomphes et les périls communs. Lorsque l'art de la guerre eut fait parmi eux quelques progrès, et que Clovis eut opéré la fusion des Gaulois et des Francs , ce prince donna aux masses agissantes une meilleure direction. Les gésates, soldats gaulois, armés d'un javelot, et les frondeurs, autres soldats gaulois armés de frondes , entrèrent dans la composition de l'infanterie organisée par Clovis. Un article de la loi salique déclara que tout Français était né soldat, et qu'il se devait à la défense du pays. Les hommes libres possédant des propriétés territoriales , marchaient sous leur propre bannière; les ducs (gouverneurs de province), ordonnaient les levées au nom du chef de l'état ; les comtes les rassemblaient et les conduisaient au lieu désigné. C'est là que le roi , les princes de sa famille ou les généraux désignés par lui , en prenaient le commandement.
Depuis la conquête des Gaules jusqu'au règne de Pépinle-Bref , l'armée des Francs se composait toute d'infanterie, c'est-à-dire d'hommes marchant et combattant à pied. Vers le milieu du règne de Clovis , on avait commencé à y introduire quelques troupes à cheval , à l'imitation des Romains ; elles étaient en très petit nombre et sans autre destination que celle de la garde du roi. Cette cavalerie était recrutée parmi les hommes d'origine gauloise. A l'époque de la fusion dont il vient d'être parlé , on remarquait deux espèces de troupes que l'on reconnaissait à la nature du bouclier, du casque, delà dalmatique et de la chaussure. Le bouclier rond appartenait aux Gaulois , le bouclier carré long ou en losange , aux Francs. Les premiers , armés plus lourdement composaient l'infanterie de bataille; les seconds, armés à la légère , formaient les ailes des colonnes d'attaque , et combattaient à peu près comme le font aujourd'hui nos tirailleurs, ou notre infanterie légère : les uns se servaient de la francisque ou hache d'armes à deux tranchans , de l'épée et du poignard; les autres de l'arc et du javelot ferré ou angon. Un peu plus tard quelques troupes d'infanterie furent armées de courtilles, de javelines et de rondelles.
En 538, Clotaire fit lever dans les provinces les pre-
( Soldat armé de toutes pitees,)
mières milices connues sous le nom de milites (soldats,. Ces troupes étaient fournies par les bourgs , les villages , les métairies ; elles se divisaient en trois classes : les hommes libres (arimani) , les serfs ou esclaves (servi) et les vilains (vilani). Pendant toute la durée de celte période, le butin
( Soldat armé à la légère. )
pris sur l'ennemi et la rançon des prisonniers tenaient lieu de solde. Quiconque avait fait un prisonnier , le regardait comme son esclave et en disposait à sa volonté; les prisonniers qui n'avaient pas les moyens de se racheter , étaient ordinairement vendus dans l'intérieur du royaume pour y être employés aux travaux de l'agriculture. Les armes et l'habillement étaient fournis par les provinces. En 877, Louis II instituâtes fiefs ou bénéfices militaires , pour récompenser les services rendus aux armées. Celte faveur devint la ruine de l'infanterie; la cavalerie s'étant beaucoup augmentée depuis Charlemagne , et le partage des fiefs ayant enrichi un très grand nombre de familles, elles trouvèrent plus commode de servir à cheval, et abandonnèrent l'infanterie. Alors cette arme ne fut plus composée que de serfs, d'hommes sans aveu ou repris de justice.
Depuis le règne de Charlemagne jusqu'à celui de Philippe Ier , les troupes furent levées par les sénéchaux des provinces , et elles marchaient sous leur bannière.
C'est dans la constitution du gouvernement féodal qu'il faut chercher les premières causes de la révolution qui s'opéra depuis dans la milice française. L'institution des communes ou municipalités, par Louis-le-Gros , en 1124, rétablit la balance entre les deux armes : elle rendit les serfs libres, et ramena l'infanterie à sa première origine. Dès-lors les villes furent seules chargées de fournir l'infanterie; les nobles ou possesseurs de fiefs, la cavalerie. De celte époque au règne de Charles VII, les Iroupes marchèrent sous la bannière du saint de la paroisse, le curé à leur tête. Peu de temps après, l'an 1157 , parut cette infanterie redoutable, connue sous \e nom d'aventuriers , donnions parlerons dans un article à part.
Les premières armes de l'infanterie changèrent vers l'année 1160; l'on vit alors s'introduire dans ses rangs, plusieurs corps d'arbalétriers qui s'augmentèrent insensiblement , et auxquels on donna un grand maître en 1170. Sous le règne de Philippe-le-Bel , on remarquait plusieurs troupes d'infanterie , indépendantes des aventuriers et servant d'autres chefs. On les connaissait , sous les noms de servientes , de clientes (cliens) et de satellites. Ces troupes furent organisées en bandes ou grandes compagnies de cent à trois cents hommes par Philippe-Auguste. Les servientes étaient armés d'une pique, d'une èpée, d'un cor*
selet sans manches, en forme de cuirasse, d'un casque sans garniture, et d'un bouclier carré, comme sous Clovis. Les autres portaient des masses, des haches et des fléaux d'armes. Les ribauds (ribaldi) étaient une espèce de garde municipale chargée de la police des villes.
Le temps de la durée du service a beaucoup varié ; les capitulaires et d'anciens rôles fixent cette durée à 5 , 15 , 20, 25 et 40 jours. Une ordonnance de Saint-Louis porle que les barons et leurs vassaux serviraient soixante jours par an. Philippe-le-Bel , le premier de nos rois qui ait traité avec les princes allemands pour en obtenir des troupes , fixa à quatre mois la durée du service militaire. Cependant dans des circonstances extraordinaires , le roi avait le droit d'appeler tous ses sujets à la défense de l'état ; alors tout Français, sans distinction de rang, depuis l'âge de dix-huit jusqu'à soixante ans, devait se tenir prêt à marcher au premier signal; tous n'entraient pas immédiatement |en campagne. On donna, depuis, le nom de ban au premier contingent qui appelaitles seigneurs au; service," et celui (S arrière-ban au second ou troisième , composés de la milice des communes et des vassaux des seigneurs.
Ce n'est qu'en 1180 ou 4 J90, que l'on trouve les premières traces des troupes réglées et soldées , destinées à remplacer les milices des seigneurs , l'origine du mot soldat, et de celui de soudoyé (payé) , dont on a fait depuis le mot soldé. L'institution des troupes réglées fut améliorée par Philippe-Auguste; on remarque que c'est à la bataille de Bouvines(l2i4) que l'infanterie française commença à faire usage du bataillon carré. Les arbalétriers à pied , dont l'introduction, en France date de M 30, formaient, en 4546, la principale force de nos armées ; on en comptait quinze mille à la bataille de Crécy.