‹ Magasin universelChapitre 161 sur 320 · Tome II, — Mars i · texte numérisé non relu

Tome II, — Mars i

soin de rattacher à son corps les bords de ce trou, de manière à fermer tout passage à l'eau. Portés par ces légères nacelles , ils affrontent les plus mauvais temps , et vont, tenant d'une main la lance et de l'autre la rame, attaquer , même au milieu des récifs et dans les passages les plus difficiles des mers de glace , les veaux marins qui leur fournissent les objets les plus nécessaires à leur existence.

La chair de ces animaux est la principale nourriture du Groenlandais ; de leur peau il fait des vêtemens, et en même temps il en couvre ses bateaux; les nerfs se transforment en fil; les vessies deviennent des bouteilles; la graisse lui tient lieu de beurre et de suif; le sang même de ce phoque est pour le Groenlandais un breuvage excellent qu'il préférerait peut-être au meilleur bouillon de bœuf. En un mot, le Groenlandais ne comprend point comment on peut vivre sans veaux marins.

On a beaucoup écrit sur les mœurs des veaux marins ; la plupart des auteurs les ont considérés comme dépourvus presque complètement d'intelligence , mais celte assertion est tout-à-fait erronée. Quand ces animaux voient pour la première fois des hommes s'approcher d'eux, ils ne manifestent aucune crainte; ils restent tranquillement couchés par terre, même en voyant tuer et écorcher leurs semblables. Mais bientôt ils comprennent quelle est l'imminence du péril , et dès lors ils songent à se précautionner contre les chasseurs. Ils vont se réfugier au sommet des rochers escarpés ou des écueils , afin de pouvoir se précipiter dans la mer aussitôt qu'ils aperçoivent leurs ennemis. Lorsqu'ils

campent dans un tel lieu , trois ou quatre d'entr'eux sont placés en sentinelle pendant que les autres dorment. Dès qu'un bateau se montre , ces .fidèles factionnaires donnent l'alarme, et tout à coup la troupe entière est en mouvement. Chacun se jette entre les brisans, de sorte qu'à l'arrivée de l'embarcation ils se trouvent tous sous l'eau , à la seule exception de quelques femelles qui ont des petits à soigner. Ces mères courageuses restent sur la plage pour protéger leurs enfans : lorsqu'elles sont attaquées , elles saisissent avec les dents leurs petits par la partie postérieure du cou, et plongent avec eux dans la mer, où elles les tiennent de manière que leur tête s'avance hors de l'eau pour qu'ils n'en soient pas suffoqués. Il n'est pas rare que quelques-uns des mâles restent auprès des femelles , et coopèrent à la défense des jeunes jusqu'à la dernière goutte de leur sang. On a fait sur les mœurs de ces animaux beaucoup d'autres observations fort curieuses qui nous fourniront plus tard la matière d'un article spécial.

Les femmes , dans le Groenland , servent de bouchers , de cuisiniers, de corroyeurs. Après avoir préparé les peaux, elles en font des habits, des souliers, des bottines et des coiffures. Ce sont elles qui construisent les tentes et les maisons , du moins pour ce qui concerne la maçonnerie ; car la charpente est du ressort des hommes. Comme les Lapons, les Groenlandais savent vivre sans trop d'ennui dans ces misérables huttes pendant les hivers si rigoureux de ces régions voisines du pôle. Même pendant l'été si court de ces climats, des brouillards froids et humides couvrent les côtes et les îles. Un seul coup de vent du nord suffitpour ramener le froid de l'hiver au milieu de l'été. Et cependant dans cette dernière saison, la présence continuelle du soleil pendant un assez long temps , rend la chaleur insupportable , surtout dans les gorges abritées par les rochers. Telleestla puissance de l'habitude, ou comme on le dit vulgairement, l'amour de la patrie, que le petit nombre des Groenlandais qui se sont éloignés momentanément de leur pays pour visiter les régions plus tempérées de l'Europe, sont retournés avec empressement dans le lieu de leur naissance.

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