DE NAVIRES ANGLAIS
Les épouvantables désastres qu'à causés dans ces derniers temps la violence des vents donnent un intérêt d'actualité à la note que l'on va lire sur les perles en navires éprouvées par l'Angleterre depuis quelques années.
La marine marchande de la Grande-Bretagne, en y comprenant celle des colonies, consiste aujourd'hui en 24,300 bâtimens environ montés par 460,000 marins. ' Le tonnage de ces navires s'élève à 2,650,000 tonneaux. En évaluant le capital employé à 250 francs par tonneau , on voit que le capital employé par les armateurs anglais, en matériel seulement, est d'environ 665 millions de francs.
Si l'on considère les nombreuses et nouvelles découvertes faites dans les sciences astronomiques et mathématiques , les applications heureuses de la mécanique à la construction des instrumens de précision, les soins que toutes ces causes ont permis de donner à la confection des cartes nouvelles , l'expérience des hommes de mer , l'établissement des phares , etc., etc. , il semble que les dangers et les chances de naufrage auraient dû considérablement diminuer. Il n'en est point ainsi cependant, et les rapports que nous avons sous les yeux des naufrages et des perles de la marine marchande anglaise nous prouvent , au moins pour ce qui touche la Grande-Bretagne, que les cas de naufrages ont augmenté en raison directe de la plus grande connaissance des moyens de les éviter.
Nous n'avons pas encore le relevé des naufrages de la marine française ; il ne nous est donc pas possibïe de reconnaître si les chances ont parmi nous augmenté ou diminué. Quant à la Grande-Bretagne, voici les résultats que nous trouvons :
En 1795, les cas de naufrage s'élevaient ù 557 navires, année moyenne.
En 1829, il y a eu, savoir :
Parmi les navires pour voyages de long cours, 157 naufrages , 248 à la côte ( dont 224 ont été relevés , le reste a péri), 22 coulés bas, 55 abandonnés à la mer, 12 condamnes comme ne pouvant tenir la mer, 8 sombres. 27 perdus.
Caboteurs et charbonniers, savoir: 1011 naufrages, 207 échoués ou jetés à la côte (dont 121 ont été relevés), 67 coulés bas , 15 abandonnés , dont 5 ont été ensuite ramenés au port, 5 qui ont sombres, 16 perdus.
Navires à vapeur, S naufragés, ! échoués à la côte. 2 coulés bas.
Cette perte épouvantable n'a pas diminue dans les années suivantes; loin de là. En 1835, plus de 800 navires marchands (c'est-à-dire la trentième partie du total des bâtimens) ont été ou perdus ou jetés à la côte.
A quelle cause attribuer ces désastres? A plusieurs, sans doute, mais principalement à la plus grande sécurité produite d'une part par les connaissances maritimes plus répandues , cl de l'autre par les assurances maritimes.
Les compagnies anglaises d'assurances maritimes sont
trop faciles daM leurs polices actuelles. I -'.Iles assurent de vieux navires qu'autrefois on n'eût pas osé opposer à la
fureur des élémens , et sur lesquels on expose sans trop de scrupules la vie de braves gens qui ne sont pas habitués à calculer avec les dangers, et auxquels leurs connaissances plus étendues donnent une sécurilé trop souvent funeste. Une police d'assurance semble un charme contre toutes les chances. C'en est un sans doute, et un.très puissant pour l'armateur; pour lui il n'est plus d'orages ; mais l'humanité a des droits aussi sacrés que la marchandise; on devrait y prendre garde.