PARÏS.-ANCIEN HOTEL DE SAINT-PAUL
Établissement royal des eaux clarifiées et dépurées.
Dans notre -12e numéro (I) , nous avons fait l'histoire de l'ancien hôtel de Saint-Paul , si célèbre au moyen-âge. Il nous reste à parler d'un établissement fort curieux , qui occupe l'emplacement de ce palais, résidence de nos anciens rois.
Cet établissement, par son importance et sa grandeur, présente en quelque sorte l'aspect d'une ville : là travaillent ensemble une foule d'ouvriers de tous états , tels que charrons , tonneliers , maréchaux , bourreliers , serruriers , forgerons , etc. Cet hôtel tout entier, qu'un edit de Charles V nommait: l'hôtel solemnel des esbattemens est transformé aujourd'hui en un immense atelier, en une espèce d'usine colossale, qui nourrit une multitude de familles laborieuses. Si l'artiste regrette les vieilles tourelles, les créneaux «t les meurtrières de ce royal séjour, combien le philosophe ne se réjouit-il pas de la métamorphose qui s'est opérée dans ces lieux ?
L'établissement des eaux clarifiées est sans contredit , sous le rapport hygiénique , un grand service rendu à l'humanité. Aussi son fondateur, M. Happey, a-t-iL obtenu du gouvernement les encouragemens et les distinctions les plus honorables. Les procédés, par lui employés pour la dépuration des eaux , sont fort simples ; mais en même temps , il sont combinés avec tant de soin , et mis eu activité sur une si grande échelle , qu'on admire le travail et la persévérance qu'il a fallu pour parvenir à un résultat si avantageux et si parfait. Quelques mots nous suffiront pour les faire connaître.
L'eau de la Seine est transportée dans plusieurs cuves de grande dimension , au moyen d'une pompe mue par des chevaux : on l'y laisse séjourner pendant plusieurs heures, afin qu'elle dépose les matières étrangères qu'elle peui contenir. Ensuite on la fait passer dans de longues rigoles, percées de dislance en distance par des trous garnis d'éponges ; ces éponges, lavées deux fois par jour, retiennent les ordures, qui ne se sont pas précipitées au fond des cuves. De là l'eau tombe en pluie sur des filtres, composés de couches successives de sable et de charbon de bois ; le sable arrête encore les immondices qui ont échappé aux deux moyens précédens de dépuration , et le charbon de bois, par sa propriété chimique, absorbe les gazs, que l'eau tient en dissolution.
Mais il ne suffit pas, pour rendre l'eau potable et salubre, de la clarifier seulement : il faut de plus la combiner avec l'air atmosphérique , afin qu'elle soit moins lourde à l'estomac , et par conséquent d'une digestion plus facile. Aussi, dans la salle des filtres , voit-on jaillir l'eau de tous côtés , et comme on a eu l'adresse de mêler l'utile à l'agréable, l'aspect de cette grande pièce est lout-à-fait piltores que. Ici, ce sont de petits filets qui tombent des rigoles pour passer au travers des filtres-charbon et sortir de là en nouveaux filets purs et clairs comme le cristal: là ce sont des nappes limpides, qui forment de belles cascades. Dé cette manière, on a multiplié entre l'eau et l'air les points de contact, et l'on a atteint le but qu'on se proposait. L'eau, ainsi préparée , passe dans des réservoirs , où viennent
(i) Voy. page 90.
puiser les tonneaux-voitures, chargés de la distribuer dans Paris. Pour éviter toute négligence de la part des employés , et surtout pour empêcher que les tonneaux vides ne soient remplis en route avec d'autre eau que celle de l'établissement; chaque voiture est soigneusement fermée à clef, au moment de sa sortie : on ne la rouvre qu'à sa rentrée. Les consommateurs sont ainsi à l'abri de toute inexactitude dans le service, elpeuvent boire avec confiance l'eau la plus saine et la plus pure.
La belle entreprise fondée par M. Happey fait vivre plus de trois cents familles qui y trouvent une aisance supérieure à celle que peuvent espérer les ouvriers attachés à la plupart des professions. Elles y trouvent des avantages que ne leur offriraient même pas bien des administrations publiques. Ainsi, moyennant une très minime retenue sur les émolumens , les employés malades sont soignées par le médecin de l'établissement, et les dépenses nécessaires à leur traitement sont faites aux frais de la maison, quelque soit la durée de leur maladie; en outre une subvention journalière leur est assurée pendant tout ce laps de temps et leur place conservée jusqu'à leur retour à la santé.
Tel est cet établissement , l'un des plus utiles et des plus beaux de la capitale , et l'objet des visites nombreuses et de l'admiration des étrangers. On doit regretter, que, dans les principales villes de France , de semblables élablissemens ne se soient pas élevés ; la santé publique y gagnerait dans beaucoup de localités. ^ I
LES LEZARDS ou SAURIENS.
Ces petits animaux si timides, si agiles , et de couleurs parfois si belles, que nous appelons lézards, ont donné leur nom à un grand nombre d'autres qui s'en rapprochent par leur structure, et que les naturalistes désignent atissi4par le nom commun de sauriens. 1
Comme presque tous les autres ordres en lesquels la science a réparti les animaux, celui-ci renferme des êtres de taille et de mœurs bien diverses. A côté de l'énorme et redoutable crocodile, du caïman d'Amérique, du ganzal du Gange, vous rencontrerez dans les muséum d'histoire naturelle, l'agame et l'élégant et timide basilic, dont la chair est fort estimée à Amboine et à Java, et dont l'innocent regard ne tue pas , quoi qu'en dise le vulgaire. Le dragon étend ses membranes, qui lui tiennent lieu d'ailes , près des stellions au corps ramassé et couvert de tubercules comme les crapauds; puis vient l'iguane, dont la chair et les œufs fournissent aux Américains une nourriture si délicate; puis les caméléons, à la figure grotesque, à la queue recourbée en dessous , si remarquables par leurs couleurs changeantes et leur manière de saisir, à une grande distance, les moucherons avec leur langue effilée, qu'ils dardent avec la rapidité de l'éclair; puis les hideux geckos, à l'humeur acre eteorrosive qui suinte entre les écailles de leurs doigts, et le stellion d'Asie , dont les excrémens blanchâtres sont recherchés par les Turcs ignorans, pour farder la peau et guérir les maladies des yeux; puis le scinque, dont la chair entre dans la composition de la thériaque, et auquel on a supposé long-temps des vertus imaginaires contre les blessures empoisonnées et contre une foule de maux ; et enfin les lézards proprement dits.
Il ne saurait entrer dans notre plan de faire connaître avec assez de détails chacune de ces espèces si diverses d'animaux. Quelques-uns d'entre eux nous ont d'ailleurs fourni déjà la matière d'articles spéciaux (1). Nous nous bornerons aujourd'hui à relater les croyances superstitieuses qui ont régné pendant quelque temps sur les propriétés médicales des lézards.
Ces reptiles ont joué un grand rôle de médecine. Les anciens les employaient contre toutes les espèces de poisons, contre le goitre, etc. Ils préparaient avec leurs cendres mêlées
(1) Voyez les Dragons, page 28 Ire année.
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à de l'axonge de porc un onguent qui avait , suivant eux, Ja propriété de prévenir la chute des cheveux. En ajoutant du sel à cette pommade , elle devenait propre à faciliter l'extraction des échardes ou des autres corps étrangers qui avaient pénétré dans les chairs. Beaucoup d'anciens traités de pharmacie mentionnent l'huile de lézard , nonseulement comme favorable au développement des cheveux, mais aussi pour faire disparaître les taches de la peau. L'animal réduit en poudre, passait pour un spécifique contre le mal de dents , la jaunisse et la gale. On prétendait , que l'on trouvait dans son ventre une pierre dont on tirait un grand parti pour la composition des philtres et les conjurations de la magie. Enfin , il fonrnissait un remède efficace contre les maux d'yeux. Toutes ces prétendues propriétés des lézards sont rangées , parmi les nombreuses superstitions des anciens par les médecins de notre époque.
Quelques années avant la révolution française , l'importance médicale du lézard, oubliée depuis long-temps, fut de nouveau remise sur le tapis par suite de la publication d'un livre fort étrange d'un médecin américain nommé Flores.
lades éprouvaient quelques répugnance à avaler les inno cens lézards , il suffisait d'appliquer ces animaux sur les parties malades de la peau. Jamais il ne s'était rencontré de panacée aussi puissante et d'un emploi aussi commode. C'est assez dire quelle célébrité obtint, en peu de temps, en Italie pays peuplé d'enthousiastes, ce nouveau mode de guérison.
Malheureusement les lézards ne soutinrent pas leur réputation en Angleterre et en France. Le journal de Paris énuméra longuement les cures obtenues par les médecins de Guatimala, Mexico, Cadix, Malaga, etc.; mais, après épreuve faite, on haussa les épaules , et toute cette grande révolution se termina par quelques plaisanteries contre les docteurs étrangers.
Parmi les expériences faites à Paris, dont les résultats négatifs ont été contraires à la doctrine du docteur Flores , nous rappellerons celle qu'a tentée sur lui-même le docteur Jourdan qui est cité parmi les médecins français, pour la vaste étendue de ses connaissances et le grand nombre de publications savantes qu'on lui doit. Pendant quinze jours consécutifs, ce docteur a avalé, à vingt-quatre heures de distance , un lézard préparé à la manière indienne , c'est-à-dire privé des intestins, de la tête et des pattes, et écorché immédiatement, et de cette épreuve nauséabonde , il n'est résulté aucun des effets préconisés par les expérimentateurs du midi de l'Europe.
(Lézard, Agame du Port-Jackson.)
Cet auteur rapportait qu'un Espagnol établi à Guatimala, (Amer, mér.) avait été guéri en avalant des lézards, d'un ulcère cancéreux qui avait déjà dévoré une partie de sa joue et de la lèvre inférieure du même côlé , s'étendait jusqu'au haut du cou, et le menaçait d'une mort prochaine. Ce qu'il y avait de plus surprenant dans celte relation, c'était que la cure avait été parfaite au bout de quelques jours; à peine restait-il, disait le docteur américain, quelques traces de la plaie sur la figure. La faculté de médecine de Guatimala avait constaté ce fait merveilleux, et s'était assuré que les Indiens employaient depuis long-temps , et avec grand succès, les lézards pour se guérir radicalement d'autres maladies tout aussi graves et bien plus communes dans l'Amérique espagnole, d'où elles ont passé en Europe. Le docteur Flores ajoutait que le cure de Saint-Sébastien s'était débarassé de môme, en avalant trois jours de suite un lézard des environs de Guatimala ■ d'un ulcère cancéreux qu'il portait depuis trente ans sur une des ailes du nez.
Le bruit de ces cures fabuleuses, se répandit promptement dans tout le Mexique, et passa bientôt en Europe. A Cadix età Malaga, s'il faut en croire les relations du temps, les succès du nouveau traitement furent prodigieux. La lèpre et tout le hideux cortège des maladies de la peau les plus effrayantes , cédaient comme par enchantement. L'Italie vit se répéter les mêmes miracles. Quand les mu-