CRÉATEUR DE LA PEINTURE ET DE LA GRAVURE EN ALLEMAGNE
On a dit d'Albert Durer , qu'il aurait été le plus grand de tous les peintres, s'il fût né en Italie, celte patrie des beauxarts, et s'il eût pu étudier à Rome les chefs-d'œuvre de l'antiquité. Son père, habile, orfèvre de Nuremberg , lui fit apprendre l'art du dessin ; mais les progrès du jeune Albert furent si rapides, qu'il devint évident, et pour son père et pour ses maîtres, qu'il fallait en faire un artiste, et qu'il serait impossible de l'astreindre à se renfermer dans le négoce d'un orfèvre.
Le meilleur peintre de Nuremberg reçut Albert Durer dans son atelier j il lui apprit à peindre età graver sur bois. Puis notre jeune artiste parcourut l'Allemagne, les Pays- Bas, visita Venise, Colmar, Bâle, perfectionnant toujours son talent, et revint à Nuremberg, où il épousa, par déférence pour son père , la fille d'un habile mécanicien. Acariâtre et avide, celte femme le domina bientôt, el le tourmenta jusqu'à sa mort.
Le talent d'Albert Durer se signala dès celte époque par de belles compositions, au nombre desquelles on cite un saint Jean-Baptiste, une Vierge Marie, une Adoration des Mages, et son propre portrait.
Quelques années plus tard , il retourna à Venise , où il fit une grande sensation, et exécuta le tableau du Martyre de saint Barthélémy, que Rodolphe, empereur d'Allemagne, lui acheta et envoya à Prague. La réputation dont jouissait, dès celle époque, Albert Durer devint bientôt européenne. De retour à Nuremberg, il produisit une foule de chefs-d'œuvre que les princes se disputèrent à l'envi. Les premiers souverains s'empressèrent de faire reproduire leurs traits par ce grand artiste, et l'admirent dans une sorte d'intimité. Charles-Quint, Maximilien, lui donnèrent le titre de premier peintre de leur cour; le premier de ces deux princes voulut même lui donner des armoiries . et Ferdinand, roi de Bohême et de Hongrie, le combla de témoignages d'intérêt.
Le grand mérite d'Albert Durer et la vogue dont jouissaient scs productions, lui avaient l'ait de nombreux ennemis! m;,is 1;l douceur de son caractère cl la noblesse de ses
senlimens lui conciliaient l'affection des personnages «I des bourgeois qui se trouvaient en rapport avec lui. On a cou-
(Albert Durer.)
serve une partie de sa correspondance; elle nous apprend qu'au milieu de tous ces honneurs , de tout cet empressement si flatteur pour son amour-propre, Albert Durer n'était pas heureux.
Pour bien faire comprendre à nos lecteurs le mérite de ce grand artiste, il nous suffira de rappeler que Raphaël ornait religieusement son cabinet de toutes les estampes qu'avait mises au jour AIbert,et que celui-ci lui envoyait; que
le Guide , ce peintre si pur, si suave , mettait souvent ses œuvres à contribution pour composer ses propres ouvrages. Nous avons déjà fait remarquer ce caractère d'universalité , d'aptitude à tous les travaux, qui était commun â plusieurs Igrands artistes de cette époque, Léonard de Vinci, Michel-Ange etc. Ce caractère est aussi celuid' Albert Durer. Il était à la fois homme de lettres, grammairien, mathématicien , ingénieur , sculpteur , peintre , graveur, etc. Le
premier il enseigna à ses compatriotes les règles de la perspective et des proportions dans les arts. Il inventa la gravure en clair obscur et à l'eau forte; on lui doit le premier traité qui ail paru en Allemagne sur l'art des fortifications.
Le nombre des productions d'Albert Durer est immense. Ses portraits sontadmirables de ressemblance, etses paysages sont des modèles pour le charme et la singularité des sites. Son chef-d'œuvre est le tableau qui représente Jèsus-Christ sur la croix , environné d'une gloire. Au bas de cette figure principale est un groupe de papes , de cardinaux et d'empereurs auxquels s'est joint Albert Durer que l'en voit tenant un petit tableau sur lequel est écrit son nom.
Les compositions de cet artiste se font remarquer par la fermeté de l'exécution et la correction ; mais elles pèchent trop souvent par l'absence de la grâce et de la rondeur.
Quand il mourut, ce fut un deuil universel, non seulement dans sa patrie, mais dans tout le monde des artistes. Né le 20 mai -1471 , Albert Durer succomba le 6 avril 1328. Sansleslracasseriesdontle fatigua conslament son excellente femme, il eût probablement parcouru une bien plus longue carrière, heureux des témoignages d'attachement et de considéra! ion dont il était continuellement entouré ailleurs que chez lui.