LES MALAIS. — LE BÉTEL
Les Malais forment la race la plus méchante du globe, mais heureusement ils sont peu braves ; car autrement les Européens auraient difficilement pu s'établir et se soutenir dans les îles Philippines.
Le Malais est aussi mal partagé au physique qu'au moral; sa stature est généralement au-dessous de la moyenne ; ses membres ramassés décèlent la force , il est vrai , mais ils sont désagréablement conformés; la couleur de sa peau cuivre rouge foncé, des cheveux noirs et crépus couvrant un front large et bas, les pommettes des joues saillantes et pointues, les yeux enfoncés, jaunâtres, un regard traître et sauvage, donnent à la figure du Malais quelque chose de celle du tigre; enfin un nez court et aplati , une bouche très grande , dont les lèvres , naturellement grosses, sont teintes en rouges et tenues constamment mouillées par le jus sanguinolent du bétel mêlé à la salive , donnent à ces hommes une physionomie repoussante que l'on n'a retrouvée chez aucun des peuples , même sauvages, que nous avons visités.
La plante appelée bétel, qui donne son nom à la composition formée de trois autres ingrédiens, ressemble assez au haricot de nos climats , grimpe de même contre les arbres et les échalas, et préfère les terrains humides ainsi que le voisinage des ruisseaux; la feuille, que seule on emploie, est vert tendre, d'un goût aromatique et piquant, plus large, surtout à sa base , que celle du haricot et plus pointue à l'extrémité , les bords en sont légèrement dentelés ; cueillie verte , elle sert à envelopper artistement un peu de chaux très blanche, faite avec des coquilles, plus un morceau de noix d'arèque, produit de l'aréquier, arbre assez grand, d'un feuillage touffu et brillant, dont les noix, pendant par grappes, ressemblent beaucoup au fruit encore vert du noyer d'Europe, sont de la même couleur, d'une grosseur semblable, et également rondes; mais l'intérieur est différent ; celui de la noix d'arèque n'a pas de coquilles et n'offre qu'une substance dure, amère, blanchâtre et noire au milieu. On joint encore au bétel, de la terre du Japon, espèce de gomme noirâtre dont l'amertume est agréable; elle est extraite des feuilles d'une plante qui, soumises à l'ébullition, donnent à cette substance l'état de sirop; celle-ci devient dure en refroidissant; coupée alors en petits morceaux, elle est livrée à la consommation ; tout cet amalgame forme une boule de la grosseur
du pouce; il est préparé le matin pour la journée , et toujours présenté au nouvel arrivant en signe d'hospitalité.
L'usage du bétel est répandu , non-seulement dans la presqu'île malaise, mais dans toutes les îles du grand archipel d'Asie. Quelles sont ses propriétés médicinales ? les voyageurs n'ont pu obtenir une solution satisfaisante à cet égard; on serait porté à croire que ces peuples mâchent le bétel comme les Européens fument le tabac , par désœuvrement et non par utilité ; que les uns et les autres, surtout les premiers , sacrifient à une fantaisie la conservation de leurs dents , dont ordinairement ^les Malais sont privés dans un âge peu avancé.
Chez cette nation féroce le sexe le plus faible est réduit à l'esclavage; condamné dans les rangs élevés à une réclusion perpétuelle par des hommes jaloux, jusqu'à la fureur, il est chargé , dans les classes inférieures, de tous les travaux les plus pénibles, qui le privent des attraits que la nature ne lui a pas entièrement refusés. Prises^très jeunes, les femmes malaises sont bien faites, avec des traits agréables, mais la bouche défigurée aussi par l'usage du bétel; leurs yeux ont une expression de douceur et de résignation ; en effet, connaissant le malheur, elles sont compatissantes pour les esclaves, et c'est par leurs soins que plusieurs européens ont conservé l'existence et recouvré la liberté.
L'habillement des femmes , comme celui des hommes, se compose d'une chemise retombant au-dessous des genoux sur un pantalon large et long , le tout en toile de coton bleue pour les pauvres et blanche pour les classes supérieures; un bonnet brodé en or ou un simple mouchoir sur la tête; autour du corps une large ceinture d'éioffe, ordinairement de couleurs éclatantes, et dans laquelle sont placés, et même souvent cachés , deux longs poignards dont les ornemens, parfois d'un très grand prix, complètent le costume d'un Malais de Rangébré. Les grands personnages portent des espèces de babouches à la turque; le sultan seul peut les garder constamment; nul ne peut paraître devant lui, même ses enfans, autrement que pieds nus.
Cette population est généralement très sobre; elle doit, suivant toute apparence, cette bonne qualité aux principes
sévères de la religion de Mahomet , pour les musulmans , et à la nécessité pour les sectateurs des autres croyances. Tous ne vivent que de riz, de volailles, de poisson et d'eau; ils ne connaissent que peu ou point les liqueurs fortes.