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LES COTTAGES

Nous avons dit la fastueuse et insipide existence que l'on mène en Angleterre dans les riches manoirs de la haute noblesse, (pag. 405. 4reann.) A ce tableau nous opposerons aujourd'hui celui des cottages , si pittoresques à l'extérieur, si propres et si confortables au-dedans. C'est là que le marchand de la Cité, que le riche banquier viennent chaque jour oublier, dans le sein de leur famille , le tracas des affaires. Bien avant la brune . souvent dès quatre ou cinq heures après midi, vous les voyez partir de Londres, les uns à cheval suivis de leurs jockeis, les autres dans des voilures élégantes; en peu de temps, leurs chevaux rapides ont franchi l'intervalle de quelques milles qui sépare la ville de leurs maisons de campagne. Là , vous trouvez dans un site pittoresque, au milieu de frais ombrages, un bâtiment d'un aspect bien simple , composé ordinairement d'un rez-dechaussée, d'un petit étage en mansarde , et accompagné d'un jardin. Au rez de-chaussée un appartement dont le mobilier ne laisse rien à désirer sous le rapport du bienêtre ; riches et chauds tapis , meubles simples mais commodes, bibliothèque choisie, beaucoup de ces curiosités et de ces petits objets que les Anglais aiment à trouver dans tous les coins ; dans les mansardes , des logemens pour les gens de service et le troupeau des enfans; une lable copieuse et substantielle ; une hospitalité cordiale ; voilà ce que le voyageur trouve dans le cottage du négociant chez lequel l'ont conduit des opérations commerciales. Mais dans ces paisibles retraites , pas de calculs , de discussions d'intérêt. Cet homme qui le matin a traité dans la Cité des affaires colossales, ne se souvient pas plus de ses travaux du jour, que s'il assistait à une représentation de l'Opéra de Paris , ou s'il parcourait pour se distraire les montagnes de la Suisse.

ÉÊËÊÈ

(Cottage ou chaumière anglaise.)

L($ lluroam d'abonncnieut et de vente sont rue de Seine Siiut-Cermaiu, g.

anaatte màkmm ém mÊutÊ^tÊê^Êé^m

LÎJNÉVILLE.

STANISLAS LECKZINSKJ.

Sur la route de Paris à Strasbourg , un peu au-dessus du confluent de la Meurthe et de la Vezouze , à près de six lieues de Nancy, se trouve la jolie ville de Lunéville , aux rues larges, droites et bien bâties. Lunéville est célèbre par le traité conclu en 1801 entre la France et l'Autriche, et par le séjour qu'y fit Stanislas Leckzinski, l'ex-roi de Po- TOMElI. — Avril i835.

logne, le beau-père du roi Louis XV, ce prince que la douceur de son gouvernement , et ses romanesques aventures ont fait vivre dans la mémoire du peuple Lorrain.

Si l'on en croit quelques auteurs anciens , Lunéville doif. son nom au culte de la lune ou de Diane qu'on y célébrait jadis (Lunaevilla). Quoi qu'il en soit, il parait que dans le

XIe siècle , elle n'était encore qu'un hameau qui devint le chef-lieu d'un comté important et se transforma en une petite place forte. Vers le commencement du siècle dernier, Léopold, duc de Lorraine, y fit de grands embellissemensj; il y fit tracer des rues régulières , et y bâtit un beau château dont on a fait de nos jours une magnifique caserne de cavalerie (Voyez la gravure. ) (1).

Après Léopold, les ducs de Lorraine firent de ce château leur résidence, et quand Stanislas fut mis en possession du duché , il vint y habiter à son tour. Les services rendus à la Lorraine par ce prince aimable et bienfaisant, l'éclat dont brilla sa petite cour, l'heureuse influence qu'il exerça sur les esprits , ont laissé des traces ineffaçables dans le souvenir des habitans et ne nous permettent pas de séparer son histoire de celle de Lunéville.

Les malheurs de ce prince se rattachent à l'histoire des envahissemens de la Russie ; envahissemens contre lesquels la Pologne a lutté long temps et qui l'ont enfin dévorée. Issu d'une des premières familles de ce malheureux pays , Stanislas Leckzinski avait été proclamé roi de cette république par la diète de Varsovie après la déchéance de Frédéric-Auguste , électeur de Saxe. Ce prince avait été élu sept ans auparavant, mais son alliance avec le czar Pierre-le-Grand l'avait'rendu odieux aux Suédois. Instruit dans les lettres et dans les sciences , habile à parler en public, Stanislas avait,, dans les assemblées de la diète, fixé les regards de la noblesse polonaise , et l'appui du roi de Suède, de.Charles XII , l'implacable ennemi de Pierre-le- Grand, avait déterminé son élévation au trône de Pologne.

Fort de l'appui de la Russie et des ressources qu'il lirait de la Saxe, soutenu par un parti peu nombreux en Pologne, Frédéric- Auguste n'avait pas renoncé à la couronne; il lutta les armes à la main pendant quelque temps, -fut battu, lui et ses alliés les Russes ; et enfin, poursuivi jusque dans la Saxe , il reconnut lui-même l'élection de son rival et abdiqua en sa faveur.

Mais la question principale ne se débattait pas entre ces deux concurrens. Au-dessus de la sphère dans laquelle ils s'agitaient , planaient les deux génies rivaux, Charles XII et Pierre-le-Grand, dont l'un ne voulait rien moins que la conquête de la Russie , et dont l'autre projetait déjà l'immense extension de ce naissant empire. La Pologne était un de leurs champs de bataille ; le protégé du czar abandonnant la partie , celui-ci imagine de faire écarter aussi par la diète polonaise le protégé du roi de Suède; et aussitôt , il entre en Pologne à la tête d'une armée de soixante mille hommes , convoque les assemblées de la nation, et en effet, la diète exclut tout à la fois Auguste et Stanislas, le premier à cause de son abdication, le second pour quelques motifs frivoles .tirés de son élection qui donnent une bien faible idée de la civilisation de la Pologne : l'élection, disaient les ennemis de Stanislas, avait été faite un samedi, jour fatal à la Pologne, et après le coucher du soleil, ce qui était d'un mauvais augure.

L'interrègne une fois déclaré, les Russes dévastèrent le pays, rnais à son tour, Charles XII donna à Stanislas des soldats, de l'argent et son meilleur général, Reuschœkl, si souvent vainqueur des Russes. Grâce aux balles suédoises et à la séduction de son caractère, Stanislas purgea son pays des Cosaques et se fit de nouveaux partisans; tout lui présageait un avenir heureux et un règne paisible , mais il eût fallu que le roi de Suède consentit à vivre paisiblement au milieu de ses sujets, et les conseils de Stanislas ne luirent empêcher son bouillant allié de se jeter en Russie. On sait la malheureuse issue de celle invasion , à laquelle

(i) Une des ailes do ce château, consumée en 1717, a été rebâtie dapuii. Unecasci m-, dite de L'Orangerie, a âté ajoutée au château)

C'eil un modèle dans < r genre de conslniclions. I.e bâtiment le

plus ranarootbla est peut 6tre i<- manège oouveri qui a 36o

piedl de longueur et 3u de largeur, sans BUOlffi pilier intérieur.

mit fin la bataille de" Pultawa. La défaite des Suédois ébranla de nouveau le trône de Stanislas, qui offrit à la diète polonaise de descendre du trône , si le bien de sa patrie l'exigeait. Mais la diète refusa son abdication, et Stanislas entra de nouveau en campagne contre les Russes, les Saxons et les Danois réunis.

Ici commencent à se dérouler'les pages les plus dramatiques de la vie de Stanislas. Charles XII était alors retiré en Turquie, Stanislas lui écrivit pour le conjurer de permettre qu'il entrât en accommodement avec son rival Auguste, et le roi de Suède ayant paru fort scandalisé de cet acte de faiblesse, Stanislas résolut d'aller le trouver en Turquie. Echappé la nuit de son camp, suivi de deux officiers seulement, Stanislas arrive à Jassy, et se présente au commandant comme officier français au service du roi de Suède, et il ajoute quant à son grade, major sum. —Mo maximum es, répond, le commandant, qui le reconnaît et lui apprend la tragique aventure de Charles XII. Stanislas ignorait que son allié , abandonné par la Porte , s'était battu , avec ses seuls domestiques, contre toute une armée turque, et était retenu prisonnier; on s'empara également de un, mais bientôt après la Porte lui rendit la liberté et le traita avec magnificence; bien mieux, le sultan ordonna qu'on lui donnât quatre-vingt mille hommes pour le reconduire dans ses états, et qu'une armée plus nombreuse encore se tînt prêle à marcher peu de temps après sous les ordres de Charles XII; mais au moment où les deux princes fugitifs allaient reprendre le chemin de leurs états avec cette respectable escorte d'ottomans , la Porte changea de résolution. L'ambassadeur de Pierre-le-Grand avait séduit le grand-visir, et Stanislas fut obligé de dévorer son chagrin pendant neuf grands mois dans le château de Bender.

Enfin, fatigué de tant de travaux et de malheurs, Stanislas renonça à gagner sa couronne les armes à la main, laissa à l'infatigable Charles XII le soin de conquérir ses états, et partit incognito, sous un déguisement, pour la principauté de Deux-Ponts, que Charles XII lui céda, et où il fut installé par Poniatowski.

A peine établi dans son nouveau séjour où il avait appelé toute sa famille , Stanislas fut en butte à de nouvelles inquiétudes. Des assassins attentèrent à ses jours ; plusieurs coups de pistolet furent tirés sur sa voiture ; le principal agent de cette conspiration parvint à s'évader, et le prince pardonna à ses complices. Charles XII meurt ; voilà Stanislas forcé d'évacuer les Deux-Ponts et de chercher un autre asile. Leduc d'Orléans régent de France permit à l'ex-roi de se retirer à Weissembourg , et lui offrit une garde d'honneur, que celui-ci refusa , ne voulant, disait-il, pour le garder, que l'honneur et l'affection des Français. A Weissembourg, Stanislas fut encore poursuivi par ses ennemis : on avait projeté de l'empoisonner avec du tabac; peu s'en fallut que ce complot ne fût exécuté.

Il n'en fallait pas tant pour abattre l'esprit d'un prince aussi bon ; Stanislas était tombé dans un désespoir qui le menaçait d'une fin prochaine , quand tout à coup le roi de France, Louis XV, lui demanda sa fille Marie-Leckzinska en mariage. Cette union semblait assurer son repos. Heureux du bonheur de sa fille, entouré de tous les honneurs dus au père d'un puissant souverain , Stanislas devait se promettre une vieillesse exempte de soucis , lorsque la mort d'Auguste, qui avait après lui occupé le trône polonais, réveilla les espérances de ses partisans et décida la cour de France à armer une expédition en sa faveur, la Uussie veillait sur les mers, et espérait enlever Stanislas au passage; on eût recours à la ruse. La famille royale conduisit Stanislas jusqu'à lîerny, et on se dit adieu ; puis un seigneur français , qui ressemblait quelque pou à l'ex-roi de Pologne , endossa soncoslume, prit sa place, et alla s'embarquer à Brest à sa place. Pendant ce temps, le véritable Stanislas courait la poste , sous un nom emprunté, dans un modeste équipage, et se rendait eu Pologne, non sans éprouver bien des difficulté».

Trop faible pour résister aux Russes et à tons ses ennemis, Stanislas ne pouvait tenir campagne; il s'enferma dans la ville de Dantzig, avec une garnison bien décidée, en attendant l'arrivée de l'expédition française; mais cette expédition manqua son but , et malgré tout le courage des Dantzikois, le moment vint où Stanislas sévit forcé de déloger.

Ce nouveau voyage fut encore plus pénible et plus aventureux que les autres. Courant à travers champs avec deux officiers de sa suite, forcé de s'écarter des grandes routes et de marcher la nuit dans des lieux marécageux, de crainte d'être découvert et livré aux ennemis, Stanislas fut contraint à chercher un refuge dans une maison de pauvre apparence, dont le maître le reconnut, mais ne le trahit point. Stanislas a laissé un récit de sa fuite de Dantzig, qui est plein d'intérêt.

Après cette dernière épreuve, ce prince renonça entièrement au trône de Pologne; une convention, conclue entre l'Allemagne et la France, lui céda en dédommagement, en lui conservant le titre de roi de Pologne, la possession à vie du duché de Lorraine et de Bar , qui devaient, après sa mort, faire définitivement partie de la France, qui les avait conquis trois ans auparavant.

L'existence de Stanislas, jusque-là si orageuse et si fatigante', devint désormais heureuse et paisible. Tout ce que son heureux naturel, son éducation brillante, et l'expérience qu'il avait acquise, pouvaient lui suggérer de bon et de généreux , se révéla pendant les trente années qu'il régna sur la Lorraine. Aucun roi de France ne saurait être mis en parallèle avec lui. Il s'occupa du bien-êtse de son peuple, de son avenir, créa une foule d'institutions charitables pour les vieillards , les enfans , les malades , les pauvres , soutenues par les épargnes de son très modique trésor. Il éleva des monumens , encouragea les lettres , les sciences , l'agriculture , le commerce , et donna l'exemple des vertus chrétiennes. Nancy lui doit les monumens , les places , les fontaines , qui en font une des plus jolies villes de l'Europe. Il y fonda une riche bibliothèque, un jardin botanique, et, ce qu'il faut bien remarquer, une académie assez bien composée pour que les premiers écrivains du siècle se fissent gloire d'en être membres.

Dans son château de Lunéville, où il résidait, le roi était entouré d'une cour brillante à laquelle se joignaient les esprits les plus distingués. Voltaire y parut à son tour, et fut, quoi qu'on en ait dit , accueilli très gracieusement du roi, qui, plus tard, ne s'en éloigna que lorsque la vanité, quelque peu arrogante, du philosophe devint intolérable.

Au milieu de tout son bonheur, Stanislas ne pouvait croire que sa vie dût finir sans de nouveaux accidens. Après tant de malheurs, disait-il en riant à ses serviteurs , il ne me reste qu'à mourir par le feu. Le vieillard disait plus juste qu'il ne le pensait. Le S février 1766, comme il s'était approché de trop près de la cheminée, dans son château de Lunéville, le feu prit à sa robe de chambre. En se baissant pour l'éteindre , il tombe, et, dans sa chute, son bras porte sur le brasier lui-même. Le roi avait alors près de quatre-vingt-dix ans. Soit effet trop puissant de la douleur, soit faiblesse attachée à son âge, il ne put ni se relever, ni demander du secours. Frappé de l'odeur des chairs brûlées, un garde-du-corps placé en faction , deux chambres plus loin , n'osant entrer chez le roi , à cause de la consigne , appela les gens de service qui s'étaient absentés de l'antichambre. Pendant tout ce temps, le vieux prince souffrait d'affreuses tortures, et quand on accourut, on trouva deux de ses doigts calcinés et tout un côté du corps transformé en une horrible^ plaie. Le roi survécut quinze jours à cet affreux supplice"; malgré ses souffrances horribles, il se montra calme , résigné , pieux , aimable même pour les gens qui l'entouraient , et jusque dans les lettres qu'il fit écrire à sa famille. Les habitans de Lunéville , de Nancy, de Bar, d'Epinal et de toute la Lorraine , racontent encore.

comme s'ils en eussent été témoins , la douleur profonde qui saisit tous les habitans des deux duchés. Les routes étaient couvertes de gens des campagnes et des villes qui venaient de toutes parts, faisant souvent à pied plus de quinze lieues , pour apprendre , à Lunéville même , l'état de ce prince bien aimé dont ils assiégeaient jour et nuit le palais.

Enfin, Stanislas expira le 23 février, et au regret de sa perte se joignit pour beaucoup de Lorrains, celui de l'anéantissement de la vieille indépendance de leur pays (I).

Depuis la mort de ce prince , on a rassemblé et publié en quelques volumes ses œuvres complètes , écrites en français et parmi lesquelles on lira avec plaisir des mémoires sur les constitutions d'un état libre.

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