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Le corbeau proprement dit est noir, avec des reflets pourprés et bleuâtres sur le dessus du corps, et des nuances

de vert chatoyant en dessous ; le bec et les pieds sont d'un noir pur ; la longueur de l'animal va parfois à plus de vingtdeux pouces- La femelle se distingue du mâle par une couleur moins décidée, un bec plus faible et de moindre dimension. Les jeunes corbeaux ont un plumage plutôt noirâtre que noir et sans reflets.

Le corbeau a été tantôt proscrit comme un animal nuisible , tantôt protégé comme un être bienfaisant. Là où il ne trouve point des alimens suffisans , les voieries infectes , les charognes pourries , font la base de sa nourriture ; il attaque et dévore les animaux faibles, tels que les lièvres, les perdrix et les agneaux, et même d'autres quadrupèdes plus grands et plus forts. Dans l'île de Féroë et de Malte, on a mis sa tête à prix ; en Angleterre , il était jadis défendu d'en tuer.

Tout convient à l'appétit du corbeau : fruits , insectes , grains, poissons, rats, grenouilles, œufs, etc. Aussi l'a-ton rangé parmi les animaux omnivores.

Au Groenland , il accompagne les animaux carnassiers pour partager leur proie; il emporte souvent des coquillages au sommet des rochers contre lesquels il les frappe pour les casser; il mange aussi les baies d'une espèce de bruyère, et lorsqu'il est pressé par la faim , il dévoie jusqu'aux pelleteries de rebut et aux immondices les plus dégoûtantes.

La hardiesse du corbeau est étonnante. Son bec , fort et secondé par des muscles vigoureux , peut facilement percer des vêtemens même fort épais, et faire des plaies assez profondes aux hommes qu'il attaque souvent quand il est dans l'état de domesticité. Ni les chats ni les chiens ne peuvent ordinairement l'intimider; il s'élance sur le dos de ces derniers , s'y cramponne , et à coups de bec cherche à leur déchirer la peau du col ou à leur crever les yeux. Pour défendre sa famille , on voit le corbeau mâle s'attaquer aux oiseaux de proie qui s'approchent de son nid. Dès qu'il aperçoit un milan ou une buse , il prend son essor, s'efforce de s'élever plus haut que son ennemi , puis se rabattant sur lui, le frappe violemment de son bec. Parfois, dans cette lutte des deux oiseaux à qui prendra le dessus sur l'autre , on a peine à les suivre des yeux, tant ils s'élèvent à une grande hauteur. — Les corbeaux se livrent souvent entre eux de semblables combats où ils déploient autant d'adresse que de courage.

Le naturel vorace et féroce du corbeau n'a pas seul causé l'aversion qu'il inspire aux habitans de la plupart des pays. Son plumage triste , son cri lugubre , l'odeur infecte que son corps exhale , n'ont pu qu'accroître celte disposition défavorable. Sa chair était interdite aux Juifs; et, en France , c'est tout au plus si les habitans les plus nécessiteux peuvent se résoudre à en manger après l'avoir dépouillé de sa peau qui est très-coriace.

Cette répugnance très-naturelle pour la chair du corbeau a été étendue à celle des corneilles et des freux , espèces particulières de la famille des corbeaux , que l'on confond souvent , à cause de leur plumage noir, avec le corbeau commun. \

Le freux , cependant , n'approche jamais des charognes', et même n'est pas Carnivore. La chair de cet oiseau , quand il est jeune , fournit un bon manger, et plus tard elle a le goût de celle des vieux pigeons; mais comme la peau est coriace , il faut , dans tous les cas , avoir soin de l'enlever.

Le corbeau a été regardé partout comme un oiseau sinistre ; toutes les prédictions que l'on tirait de sa présence , étaient fâcheuses. Un combat entre des corbeaux et d'autres oiseaux de proie , était un présage de guerres sanglantes ; leur croassement seul faisait frémir le vulgaire persuadé de l'imminence de quelque catastrophe. Chez les païens , on étudiait avec soin les moindres circonstances de leur vol , toutes les inflexions de leurs voix; chacune d'elles avait une signification particulière. — Et encore aujourd'hui, que de gens dans les campagnes , et même dans les villes , attachent à la présence de cet oiseau , à ses moindres actions , des croyances superstitieuses transmise» d'âge en âge. — Parai i

ces prédictions, fournies par le corbeau, il en est, il est vrai, que la raison humaine ne saurait rejeter. Ce sont celles qui sont relatives aux changemens prochains du temps. Comme tous les autres oiseaux, le corbeau peut en effet faire pressentir, par son vol plus ou moins élevé et par diverses circonstances, les modifications que doit éprouver l'atmosphère dans laquelle il nage , et qu'il connaît mieux que nous.

Chez certains peuples sauvages du continent américain, la vue d'un corbeau est pour le malade un signe de guérison ; aussi leurs magiciens appellent-ils cet oiseau en imitant son croassement ; chez d'autres, au contraire , il est d'un mauvais augure. Enfin il s'est trouvé des hommes assez fous pour manger son cœur et ses entrailles, dans l'espérance de se donner le don de prophétie qu'ils lui attribuaient.

Tout le monde connaît la facile disposition du corbeau à imiter la parole de l'homme , le miaulement des chats , le cri des chiens , et à produire toutes sortes d'inflexions de voix. On a prétendu que pour perfectionner ce talent d'imitation, il faut lui couper le filet de la langue; mais cette précaution n'est pas essenlielle. On faisait grand cas à Rome des corbeaux parleurs. Les historiens rapportent nombre d'exemples de flatteurs qui les exerçaient à débiter un compliment à l'empereur. Mais depuis que les perroquets nous sont venus du Nouveau-Monde, on a oublié les corbeaux, bien moins habiles et surtout bien moins beaux, et d'une humeur moins facile.

Malgré leur naturel hargneux, on a vu souvent des corbeaux s'attacher à leurs maîtres; on les a même dressés pour la chasse. On les emploie utilement à celle des perdrix , des faisans , et même à celle des autres corbeaux ; mais pour qu'ils se décident à attaquer leurs semblables au profit de l'homme , il faut les exciter vivement , et vaincre, par la

crainte , la répugnance naturelle que leur inspire ce combat. Le corbeau privé vit de tous les mets qu'on sert sur nos tables; la viande crue ou cuite , les poissons , le pain trempé dans l'eau, et jusqu'aux cerises, qu'il avale avec la queue et les noyaux, tout lui convient également.

On a raconté des choses presque merveilleuses de l'instinct des corbeaux. Un académicien distingué , homme fort instruit et connu par sa philantropie,[Dupontde Nemours, a raconté dans un mémoire lu en plein Institut, en 1806, les singulières observations qu'il a faites pendant des années entières sur les mœurs des corbeaux. Suivant ce naturaliste , les corbeaux auraient un langage communicatif, qu'il n'est pas impossible à l'homme de comprendre. Dupont de Nemours a même publié un fragment de son dictionnaire d'un langage jusqu'ici non interprété, et au moyen duquel il a traduit plusieurs de leurs mots. Il est inutile de dire à nos lecteurs que celte initiation à la vie des corbeaux a paru à l'Institut et à la très grande majorité des savans un tissu d'exagérations , de rêveries , basées sur quelques faits observés consciencieusement, mais mal compris.

Sans aller aussi loin que Dupont de Nemours, bornonsnous à rappeler quelques-unes des preuves de sagacité et d'adresse des corbeaux. Un des auteurs du Nouveau Dictionnaire d'histoire naturelle racontait qu'un corbeau élevé par lui avait , à plusieurs reprises , retiré du pol-au-feu la viande et les légumes, bien que l'eau fût bouillante, et qu'il lui fallût enlever d'abord le couvercle , qu'il n'endommageait jamais; il emportait le produit de son vol dans sa cachette. On sait que les corbeaux ont, comme les pies , la manie de dérober et d'emporter dans des trous les ustensiles de ménage , et notamment les pièces de métal et tout ce qui brille à leurs yeux. Cette disposition à amasser s'étend à tous les objets, et non pas seulement aux provisions de nourriture.

(Le Corbeau.)

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