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COMBATS DE COQS A MANILLE

C'est surtout dans leur amour effréné pour les jeux de hasard et les paris , que les Tagals découvrent une violence de passions dont leur figure grave aurait pu faire douter. Voyez ce Tagal , portant sous le bras un superbe coq qui ne le quitte jamais et reçoit constamment ses caresses ; il le préfère certainement à sa femme et même à ses enfans , mais aussi c'est de la force du courageux animal qu'il attend le gain de ses nombreux paris et une abondance momentanée. Les combats de coqs sont pour les habitans de Manille ce que les courses de taureaux sont pour les Espagnols, une distraction qu'ils aiment avec fureur. Les deux gouvernemens les ont également soumis à leur autorisation , non pour rendre plus rares ces spectacles qui entretiennent chez le peuple le goût du sang, mais pour les soumettre à de forts droits et faire servir cette passion po pulaire à l'augmentation de leurs revenus.

Il y a dans la ville , les faubourgs, et même les provinces, des endroits désignés par l'autorité pour les combats de coqs; c'est là que ces intrépides animaux viennent défendre, au prix de leur sang et souvent de leur vie , les intérêts de leurs maîtres. Avant le combat , les arbitres , tirés de la foule des spectateurs qui entourent une petite arène couverte de sable fin , décident , après bien des discussions , si les combattans sont égaux en forces et surtout en pesanteur. La question résolue, de petites lames d'acier, longues, étroites , et d'une excellente trempe , arment la patte gauche de chacun des gladiateurs , que les caresses et les exhortations intéressées de leurs propriétaires excitent au combat. Pendant ce temps, les paris ont lieu, l'argent est prudemment opposé à l'argent; enfin le signal est donné , les deux coqs se précipitent à la rencontre l'un de l'autre :

(i) Ce projet, qui n'avait point échappé aux. grandes vues de Louis XIV, fut proposé de nouveau sous le règne de Louis XVI, par le baron de Marivetz, qui avait trouvé les eaux de la rivière d'Eure assez abondantes pour assurer le succès de cette entreprise, et avait évalué, eu égardà l'état où se trouvaient les travaax, primitifs, la dépense du surplus à 3o millions.

(2) Ce château , qui était situé près de Dreux , a été détruit pendant la révolution.

leurs yeux brillent, les plumes de leur tête sont hérissées et éprouvent un frémissement que partage une belle crête écarlate; c'est alors que l'animal le mieux dressé oppose l'adresse à la force et au courage aveugle de son ennemi; ils dédaignent les coups de bec , ils savent combien est dangereux l'acier dont leur pattes sont armées ; aussi les portentils toujours en avant, en s'élançant au-dessus du sol. Rarement le combat dure long-temps; un des champions tombe, le corps ouvert ordinairement par une large blessure ; il expire sur le sable et devient la proie du maître de son vainqueur; celui-ci, le plus souvent blessé lui-même, ne chante pas sa victoire; emporté loin de l'arène, il est comblé de soins, et reparaît au combat quelques jours après , plus fier encore qu'auparavant, jusqu'à ce que le fatal coup d'éperon d'un heureux rival vienne terminer sa vie glorieuse et ruiner les espérances de son maître. Si parfois les combattans tiennent la victoire en suspens et s'arrêtent pour reprendre haleine, le vin chaud aromatisé leur est prodigué ; alors avec quelle avide et inquiète curiosité chaque parti compte leurs blessures. Après quelques courts instans de repos , le combat recommence avec une nouvelle fureur , et ne finit que par la mort d'un des champions. Comme la pesanteur du combattant peut fort bien ne pas être, malgré l'usage qui l'a décidé, en juste rapport avec son courage , il arrive quelquefois que , craignant la mort ou reconnaissant la supériorité de son adversaire, il abandonne le champ de bataille , après quelques efforts. Si , ramené deux fois au combat, les cris, les encouragemens de son maître ne peuvent ranimer son courage , les paris sont perdus , et le coq , déshonoré, va le plus souvent expier sa lâcheté sous l'ignominieux couteau de cuisine d'une; maîtresse doublement irritée.

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