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AUX ÉTATS-UNIS

Il y a dix ans, on comptait aux États-Unis trois ou quatre millions d'individus qui faisaient un usage habituel des boissons spiritueuses ; et comme il était reconnu depuis long-temps que, parmi les gens qui ont contracté cette habitude, il y en a au moins un sur dix qui devient intempérant , on estimait à trois ou quatre cent mille le nombre des ivrognes dans toute l'Union. A cette époque, l'ivrognerie faisait des progrès effrayans. Quelques philanthropes pensèrent qu'il ne pouvait y avoir de remède contre ce vice honteux et funeste sous tant de rapports, qu'une abstinence totale de liqueurs fortes.

Cette idée donna naissance aux sociétés de tempérance , associations dont les membres prennent l'engagement de renoncer entièrement à l'usage des boissons spiritueuses. La première des sociétés de ce genre s'établit dans l'état de Massachussets, en 1826; elles ne tardèrent pas à se répandre dans les autres états de l'Union, et dans celui de New- York , on en compte aujourd'hui plus de huit cents. Un nombre immense d'individus appartenant aux classes laborieuses se sont affiliés à ces sociétés. Les maîtres ont dû conséquemment renoncer à la coutume de distribuer des liqueurs spiritueuses à leurs ouvriers , et ceux-ci n'en continuent pas moins de travailler avec zèle et courage.

La réforme la plus étonnante produite par l'influence des sociétés de tempérance a été celle des matelots, qui étaient si passionnés pour le grog , que cette boisson faisait partie obligée de leur ration. Aujourd'hui, il y a au moins quatre cents bâtimens qui font voile des ports des Etats-Unis sans avoir à bord une seule goutte de liqueur spiritueuse : les matelots trouvent qu'un bol de café chaud est plus efficace pour entretenir leurs forces. Ce retour à la sobriété de la part des marins a eu un résultat bien curieux ; c'est une réduction de S p. 100 que les diverses compagnies d'assurance ont opérée sur le taux de leurs primes pour les bâtimens qui n'embarquent pas de boissons spiritueuses,

Les soldats ne sont pas restés en arrière des matelots. Par ordre du président, les distributions de whisky aux troupes ont été en partie suspendues , et la suppression totale en est fortement recommandée par le département de la guerre. L'effet produit sur la masse de la nation n'est pas moins remarquable. Un rapport adressé au gouvernement en 1851 montre que, dans l'année précédente , la quantité de liqueurs spiritueuses venant de l'étranger, et importées à New-York pour la consommation intérieure, avait diminué de 1, -H 7,7 18 gallons (mesures de 4 litres 1 12), valant autant de dollars (plus de 7 millions de fr.). Quant aux esprits fabriqués dans le pays , la diminution avait été d'environ 2 millions de gallons, valant 3,000,000 de dollars (plus de 2 millions 4/2 de fr.). Le tout avait produit à la nation une épargne de plus de 10 millions de francs. Les quatre années qui viennent de s'écouler n'ont pu qu'accroître des résultats qui ne sont pas moins importans sous le point de vue moral que sous le rapport financier.

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