SUPERSTITIONS DES NÈGRES DE LA CÔTE D'OR
j . (Matelots anglais visitant une idole du canton d'Acra.)
La religion que suivent les nègres de la partie de l'Afrique qu'on appelle la côte d'Or est divisée en plusieurs sectes. Il n'y a point de ville, de village, ni même de famille qui ne présente des différences dans ses opinions. Tous les nègres de la côte d'Or croient en un seul Dieu, auquel ils attribuent la création du monde et de tout ce qui existe; mais celte croyance est obscure et mal conçue. Quand on les interroge sur Dieu , ils répondent qu'il est noir et méchant, qu'il prend plaisir à leur causer mille sortes de tourmens, au lieu que celui des Européens est un Dieu très bon , puisqu'il les traite comme ses enfans. Us sont dans l'usage de bannir tous les ans le diable de leurs villes, avec une abondance de cérémonies qui ont leurs lois et leurs saisons réglées.
Il serait difficile de rendre un compte exact de leurs idées sur la création du genre humain. Le plus grand nombre croit que les hommes furent créés par une araignée nommée anansio. Ceux qui regardent Dieu comme l'unique créateur soutiennent que, dans l'origine, il créa des blancs et des nègres; qu'après avoir considéré son ouvrage, il fit deux présens à ces deux espèces de créatures , l'or et la connaissance des arts ; que les nègres , ayant eu la liberté de choisir les premiers, se déterminèrent pour l'or, et laissèrent aux blancs les arts, la lecture et l'écriture; que Dieu consentit à leur choix : mais qu'irrité de leur avarice, il déclara qu'ils seraient les esclaves des blancs, sans aucune espérance de voir changer leur condition.
Sur toute la côte d'Or, il n'y a que le canton d'Acra où les images et les statues soient honorées d'un culte , mais les autres habitans ont des fétiches qui leur tiennent lieu de ces idoles.
Le mot de feitisso ou fétiche est portugais dans son origine, et signifie proprement charme ou amulette. On ignore quand les nègres ont commencé à l'emprunter; mais dans leur langue , c'est bossum qui signifie Dieu et Chose divine, quoique plusieurs usent aussi de bassefo TOME IL — Avril i835.
pour exprimer la même chose. Fétiche est ordinairement employé dans un sens religieux. Tout ce qui sert à l'honneur déjà divinité prend le même nom, de sorte qu'il n'est pas toujours facile de distinguer leurs idoles des inslrumens de leur culte. Les brins d'or qu'ils portent pour ornemens, leurs parures de corail et d'ivoire, sont autant de fétiches.
Tous les voyageurs conviennent que ces objets de vénération n'ont pas de forme déterminée. Un os de volaille ou de poisson , un caillou , une plume, enfin les moindres bagatelles prennent la qualité de fétiches, suivant le caprice de chaque nègre. Le nombre n'en est pas mieux réglé. C'est ordinairement deux, trois ou plus. Tous les nègres en portent un sur eux ou dans leur canot ; le reste demeure dans leurs cabanes et passe de père en fils, comme un héritage, avec un respect proportionné aux services que la famille croit en avoir reçus.
Us les achètent à grand prix de leurs prêtres, qui feignent de les avoir trouvés sous les arbres fétiches. Pour la sûreté de leurs maisons , ils ont à leur porte une sorte de fétiche qui ressemble aux crochets dont on se sert en Europe pour attirer les branches des arbres dont on veut cueillir les fruits. C'est l'ouvrage des prêtres, qui les mettent pendant quelque temps sur une pierre aussi ancienne, disent-ils, que le monde, et qui les vendent au peuple après cette consécration. Dans les disgrâces ou les chagrins , un nègre s'adresse aux prêtres pour obtenir un nouveau fétiche. Il en reçoit un petit morceau de graisse ou de suif, couronné de deux ou trois plumes de perroquet. Le gendre d'un de leurs rois avait pour fétiche la têle d'un singe qu'il portait continuellement sur lui.
Chaque nègre s'abstient de quelque liqueur ou de quelque sorle particulière d'aliment en l'honneur de son fétiche. Cet engagement se forme au temps du mariage , et s'observe avec tant de scrupule, que ceux qui auraient la faiblesse de le violer se croiraient menacés d'une mort certaine. C'est pour celte raison qu'on voit les uns obstinés à
ae pas manger de bœuf, les autres à refuser de la chair de chèvre , de la volaille , du vin de palmier, de l'eau-de-vie , comme si leur vie en dépendait.
Outre les fétiches domestiques et personnels, les habitans de la côte d'Or, comme ceux des contrées supérieures, en ont de publics, qui passent pour les prolecteurs du pays ou du canton. C'est quelquefois une montagne, un arbre ou un rocher, quelquefois un poisson ou un oiseau. Ces fétiches tutélaires prennent un caractère de divinité pour toute la nation. Un nègre qui aurait tué par un accident, le poisson ou l'oiseau fétiche, serait assez puni par l'excès de son malheur ; un Européen qui aurait commis le même sacrilège , verrait ,sa vie exposée au dernier danger.
Ils s'imaginent que les plus hautes montagnes, celles d'où ils voient partir les éclairs, sont la résidence de leurs dieux. Ils y portent des offrandes de riz , de millet, de maïs , de pain, de vin, d'huile et de fruits , qu'ils laissent respectueusement au pied de ces montagnes.
Les pierres fétiches ressemblent aux bornes qui sont en usage dans quelques parties de l'Europe pour marquer la distinction des champs. Dans l'opinion des nègres, leur culte est aussi ancien que le monde.
Les nègres sont persuadés que leur fétiche voit et parle , et lorsqu'ils commettent quelque action que leur conscience leur reproche , ils le cachent soigneusement sous leur pagne, de peur qu'il ne les trahisse.
Ils craignent beaucoup de jurer par les fétiches, et suivant l'opinion généralement établie, il est impossible qu'un parjure survive d'une heure à son crime. Lorsqu'il est question de quelque engagement d'importance , celui qui a le plus d'intérêt à l'observation du traité, demande qn'il soit confirmé par le fétiche. En avalant la liqueur qui sert à cette cérémonie , les parties y joignent d'affreuses imprécations contre eux-mêmes , s'il leur arrive de violer leur engagement. Il ne se fait aucun contrat qui ne soit accompagné de cette reaoutable formalité.
Après les fétiches, rien n'inspire tant du de frayeuraux nègres que le tonnerre et les éclairs. Dans la saison des orages, ils tiennent leurs portes soigneusement fermées; et leur surprise paraît extrême de voir marcher les Européens dans les rues sans aucune marque d'inquiétude. Ils croient que plusieurs hommes de leur pays , dont les noms sont demeurés dans leur mémoire, ont été enlevés par les fétiches au milieu d'une tempête, et qu'après (ce malheur ou ce châtiment, on n'a jamais entendu parler d'eux. Leur crainte va si loin, qu'elle les ramène dans leur cabane pendant la pluie et le vent. Au bruit du tonnerre, on les voit lever les yeux et les mains vers le ciel, où ils savent que le Dieu des Européens fait sa résidence.
DE LA FEODALITE EN FRANCE
Troisième Article, (i)
Commencement de décadence du système féodal. — Réunions de provinces. — Affranchissement de l'autorité royale. — Rigueurs contre les barons. — Institution du parlement. — Système militaire. — L'impôt permanent. — Louis XI. — Ruine de la féodalité territoriale.
Nous avons dit le désordre de la société dans le moyenâge. A u milieu de ce chaos, on aperçoit au moins la trace de quelques institutions publiques et nationales , un pouvoir central et protecteur. Dans les désordres de la seconde race, toutes les garanties avaient disparu, un égoïsme local semblait prévaloir. Chaque baron, chaque possesseur de terre,
ne cherchait pas à étendre la sphère de ses droits et de ses devoirs politiques au-delà de ses donjons et de ses doniai-
(i) Voyez pages j<)Q et suiv.
nés. Cependant, à l'avènement de la dynastie capétienne, l'établissement régulier de la féodalité avait noué imparfaitement, il est vrai, la chaîne de l'organisation sociale. La société s'était constituée sur des bases grossières, sans doute; mais dans ses perfectionnemens successifs, elle devait produire enfin l'unité monarchique. Au haut de l'échelle, le prince souverain ; si son pouvoir n'était pas toujours admis comme un fait , on le reconnaissait du moins comme un droit. Au-dessous, les barons qui possédaient des privilèges disputés aussi par la force victorieuse , mais accordés en principe. A travers les convulsions anarchiquesdecet état social, on pouvait trouver quelque espérance d'ordre et d'unité. La grande difficulté était de mettre en jeu cette machine aux mille rouages, et d'accorder entre elles toutes ces forces différentes pour les f.tire marcher vers un but commun.
Philippe-Auguste fut le premier monarque qui essaya de dompter les hauts barons; cette rude tâche , laborieusement entreprise par ce prince , fut poursuivie activement par Saint-Louis et Philippe-le-Bel , et accomplie d'une manière absolue par la main puissante de Louis XI ; à la fin de ce règne, la féodalité territoriale, naguère si menaçante, si redoutable, avait complètement disparu.
L'affaiblissement du système féodal eut lieu principalement par la réunion au domaine royal des vastes provinces qui en étaient séparées et qui connaissaient à peine le roi de France. Philippe-Auguste agrandit son pouvoir par la conquête de la Normandie, de l'Anjou et du Poitou , belles provinces organisées sur le même modèle que la monarchie féodale de France. Des acquisitions partielles augmentèrent encore sous ce prince les possessions du domaine ; ce n'étaient plus des provinces entières acquises à la couronne , mais de simples cités , des terres confisquées par félonie ou achetées avec les deniers royaux ; telles furent la terre de Crépy , la propriété de Falaise, de Domfront; les fiefs de Monceaux et de Montargis. On sent bien que toutes ces acquisitions augmentèrent les richesses du domaine , et le roi de France, possesseur de terres nouvelles, ne fut plus ce faible souverain obligé de solliciter aide et soutien de ses vassaux rebelles et insubordonnés.
Les rapides progrès de la puissance royale sous Philippe- Auguste avaient à peine laissé aux grands vassaux le temps de réfléchir aux changemens qui s'opéraient dans leur condition. Naguère quelques-uns d'entre eux auraient pu mesurer seuls leurs forces avec celles de la couronne ; elle était maintenant un contre-poids pour leur masse réunie. D'ailleurs comment une union durable aurait-elle pu se former entre des hommes souvent bornés dans leurs vues politiques, et divisés par des intérêts divers et des animosilés personnelles ?
Sous saint Louis , la couronne était devenue si formidable, et le pieux monarque s'était tellement distingué par sa bravoure et sa fermeté dans les démonstrations armées contre les seigneurs mécontens , que personne n'osa concevoir l'idée téméraire d'une révolte. Son gouvernement juste n'en offrait d'ailleurs aucun prétexte. Aussi la dernière partie de son règne fut-elle parfaitement calme : il l'employa à veiller au maintien de la tranquillité publique et à la sûreté des voyageurs ; à administrer la justice en personne; il écoutait toutes les plaintes avec une sorte de simplicité patriarcale : « Mainte fois, écrit l'historien Joinville, j'ai vu (pie le bon saint, après qu'il avait ouï la messe en ete, il allait s'ébaltreau bois de Vincennes, et s'asseyait au pied d'un chêne et nous faisait asseoir tous auprès de lui ; et tous ceux qui avaient quelques affaires venaient lui parler sans qu'aucun huissier y donnât empêchement. Il demandai! alors à haute voix s'il y en avait aucuns qui eussent des différends, cl quand il y en avait, il leur disait : Anus. lato
vous, eton vous délivrera l'un après l'autre; ci m. Pierre
Uesfontaines expédiait les parties, a
A partir de cette époque, on voit le pouvoir royal secouer
les exigences dos barons; le rot ne respecte même plus les
privilèges féodaux. Le sire de Montréal avait fixé sa demeure dans un château fortifié sur la cime des montagnes ; de là le farouche châtelain se précipitait sur le voyageur isolé : clercs ou juifs étaient rançonnés, pillés; or, bien des plaintes arrivaient au roi sur les maléfices de ce seigneur. Le roi en écrivit au duc de Bourgogne; mais le bon duc, pillard lui-même, était fort insouciant, et s'occupait peu des vols de ses barons dont il profitait. Le sire de Montréal augmentait chaque jour d'audace; un pauvre clerc qui passait par là et qui ne voulait pas payer rançon fut pris par le châtelain. Ce qui lui arriva est chose incroyable; on couvrit de miel tout le corps de ce malheureux , et après l'avoir attaché sur le donjon de la plus haute tour, on le fit manger aux mouches. A cet acte de barbarie, le roi ne se contint plus, et il envoya ses hommes d'armes à Montréal. Le château fut pris, rasé, et le Châtelain s'enfuit par un souterrain inconnu ; personne n'en entendit plus parler.
Parlerons-nous du vicomte de Narbonne et du sire de Casaubon ? La punition fut encore plus exemplaire. Ces deux seigneurs avaient pour habitude de ne rien respecter, et tous les pauvres moines de la province en avaient grande frayeur : « Voilà , voilà , le sire de Narbonne ! » s'écriaiton, lorsqu'on voyait s'élever dans les [champs une épaisse poussière; et alors bourgeois et moines barricadaient leurs demeures. Le roi n'hésita pas à envoyer bon nombre de troupes pour s'emparer des dits seigneurs , lesquels furent faits prisonniers; amenés à Paris, on leur fit lestement leur procès , et les bons bourgeois purent les voir traînés à la queue d'un cheval, et pendus aux fourches de Montfaucon. Ce droit de police générale faisait murmurer les seigneurs, mais la royauté agrandissait son pouvoir et marchait fièrement vers l'autorité absolue qui triompha avec Louis XI.
Une des causes les plus actives de la décadence du système féodal fut l'établissement des parlemens, système judiciaire en dehors des principes féodaux. C'est une ordonnance rendue par Philippe-le-Bel en 1302, qui fixa le siège d'un parlement à Paris. Cette nouvelle tentative des rois produisit de bons effets , elle fixa l'attention du public sur une juridiction distincte de celle des barons; on s'accoutuma aux prétentions de supériorité que la couronne s'attribuait, et les vassaux opprimés par leur seigneur apprirent à regarder le souverain comme leur protecteur. Les gens du parlement introduisirent alors la théorie du pouvoir absolu et de l'obéissance illimitée ; une juridiction nouvelle se substitua aux vieilles franchises des hauts feudalaires. Tous les privilèges féodaux ne furent plus regardés que comme des usurpations sur les droits imprescriptibles de la monarchie. Plus tard , ces dispositions des gens de robe , si favorables à la prérogative royale , furent soutenues par le clergé qui se réunit au parti du roi , afin d'échapper à la tyrannie implacable des barons.
Charles VII fut le premier monarque qui introduisit en France un corps de troupes permanent et régulièrement exercé à la discipline militaire. C'était ici une atteinte grave à la constitution féodale; cet établissement était opposé à l'esprit de la féodalité; il était incompatible avec les privilèges et l'esprit de la noblesse. Il fallut pourtant le subir. La milice féodale, composée de vassaux , que les nobles sommaient de suivre leur bannière , ne pouvait être comparable à un corps de soldats exercés à la guerre ; elle perdit peu à peu sa réputation. En moins d'un siècle , les nobles et leurs suivans militaires, quoiqu'on les requît encore quelquefois, selon les formes anciennes, de se mettre en campagne, ne furent plus considérés que comme une multitude embarrassante pour les troupes régulières avec qui elles combattaient.
Ainsi, Charles VII, en établissant la première armée régulière qu'on eût connue en Europe, prépara une révolution importante dans la politique des divers peuples. En ôtant aux nobles la direction des forces militaires de l'état, source
de l'autorité et du crédit immense qu'ils avaient acquis , Charles VII porta un coup terrible à l'aristocratie féodale, et la blessa profondément dansj le principe même de sa force.
Une circonstance non moins remarquable de ce règne fut l'établissement de l'impôt d'une manière fixe et permanente; on peut considérer cette mesure comme la plus grande révolution dans les formes politiques de la société féodale. Au moyen-âge, tout le système d'impôt consistait dans les dons volontaires librement consentis , soit par le vassal , soit par une assemblée d'états-généraux. De là une nécessité toujours présente pour le souverain de recourir à ces élats ou à ces vassaux pour avoir les sommes qui lui manquaient. « Une fois l'impôt permanent établi, qu'était-il besoin de convoquer des assemblées bruyantes et tumultueuses? A quoi bon réunir les bourgeois avares, les clercs disputeurs? » Il ne' fut plus nécessaire de subir les remontrances des états-généraux, ce qui opéra une révolution immense dans les prérogatives de la royauté.
Charles VU avait formé le projet d'humilier les nobles ; Louis XI , son fils , suivit ce plan avec plus d'audace encore et plus de succès. Ses principes d'administration étaient aussi profonds que funestes aux privilèges de la noblesse. Il remplit toutes les provinces d'hommes, dévoués, souvent tirés de la classe populaire, pour les élever aux places les plus importantes et les plus ambitionnées. C'étaient là ses seuls confidens; il les consultait sur ses projets, et leur en confiait l'exécution, tandis que les nobles, accoutumés auparavant à être les compagnons les favoris, les ministres de leur souverain, étaient traités avec un dédain si affecté et si mortifiant, que, ne voulant plus suivre une cour où ils n'avaient pas conservé l'ombre de leur ancienne puissance , ils étaient obligés de se retirer dans leurs châteaux, où ils restaient oubliés.
Ce n'était pas assez pour Louis XI d'avoir diminué le crédit de la noblesse en lui ôtant la direction des affaires, il la dépouilla de ses privilèges les plus essentiels ; il s'occupa à abaisser l'ordre entier, et à réduire les nobles au niveau des autres sujets. Les seigneurs les plus distingués , s'ils étaient assez hardis pour s'opposer aux projets du roi, ou assez malheureux pour devenir l'objet de sa jalousie , étaient poursuivis avec une rigueur inconnife jusqu'alors à la féodalité. Le peuple s'accoutuma à voir les vieux barons et châtelains enfermés dans des cachots, exposés dans des cages de fer, nouveau genre de prison imaginé par Louis XI; dès-lors, il n'y eut plus ce même respect pour la noblesse; les masses considérèrent avec terreur l'autorité royale, qui avait anéanti toute autre puissance dans la nation.
Louis XI ne se contenta pas d'augmenter les pouvoirs de la couronne , il étendit aussi ses domaines par des acquisitions de différentes espèces : il acheta le Roussillon; la Provence lui échut par le testament de Charles d'Anjou; et à la mort de Charles-le-Téméraire, il s'empara à main armée de la Bourgogne et de l'Artois. Ainsi, dans le cours d'un seul règne, la France devint un royaume uni dans toutes ses parties ; et la politique inflexible et profonde de Louis XI, non-seulement dompta la fierté d'une noblesse féodale, mais encore établit un gouvernement presque aussi absolu que le despotisme oriental. Les résolutions de Louis XI étaient promptes, et ses opérations vigoureuses; dans toutes les occasions , il était en état de réunir et de mettre en mouvement toutes les forces de son royaume. Les souverains, ses prédécesseurs, avaient vu leur puissance sans cesse enchaînée et circonscrite par la jalousie des nobles ; depuis son règne, les rois, plus maîtres chez eux, ont étendu leur influence au dehors , ils ont formé des projets plus vastes de conquête , et ont fait la guerre avec une vigueur soutenue , qu'on ne connaissait pas en Europe depuis long-temps.
Cependant, avant d'arriver à ce résultat , Louis XI fut obligé de recourir plusieurs fois aux armes; il eut à lutter contre toute la féodalité liguée pour défendre ses droits mé-
connus depuis si long-temps. Le duc de Bourgogne, Charles-le-Téméraire, expression immense de la féodalité, fut le chef de cette formidable association. Les choses en étaient à ce point, qu'il fallait que le duché de Bourgogne disparût comme fief, ou que la couronne se brisât en cinq ou six souverainetés indépendantes. Les ducs de Bourgogne paraissent comme la dernière personnification du système féodal; ils furent vaincus dans la lice, et avec eux disparurent les derniers vestiges de la haute féodalité , de cette puissante organisation qui gouverna la France pendant plus de cinq siècles. La couronne n'ayant plus à se défendre contre les ligues territoriales, tout rentra dès-lors dans l'unité monarchique et sous la centralisation royale.