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CROYANCES RELIGIEUSES

Le même système religieux règne dans toutes les îles du Japon; mais il se divise en une multitude de sectes qui se tolèrent réciproquement avec beaucoup d'indulgence; il subsiste même enlre elles une sorte d'union et d'harmonie. Chaque secle a ses temples et ses idoles, qui sont en très grand nombre et hideuses pour la plupart. 11 y a des dieux pour toutes les professions, à peu près comme chez les Grecs et les Romains. Au milieu de ce fatras d'absurdités et de superstitions, les Japonais ont encore conservé une idée, bien confuse à la vérité, de l'Elre-Suprême. Ils ont essayé de le représenter d'une manière imposante ou au moins gigantesque dans deux de leurs temples. Dans l'un, ils ont placé une statue de bois si colossale, que le creux de sa main pourrait contenir six hommes assis à la mode du pays : ses épaules ont cinq brasses de large. L'autre idole, au dire d'un voyageur, est environnée de trente-trois mille trois cent trente-trois dieux inférieurs, pour indiquer, sans cloute, la multitude de ses attributs et de ses pouvoirs.

Les prêtres japonais ne font pas d'office et ne chantent aucun hymne. Les portes du lemple restent ouvertes toute la journée ; les dévots peuvent y entrer à toute heure pour y faire leurs prières ou bien déposer leurs aumônes. L'accès n'en est défendu à aucun étranger.

Quoique l'on ne reconnaisse point de secle dominante, il y en a deux infiniment plus répandues que les autres , cille de Sinto et de Boudsdo; le culte du premier-est originaire du pays , et le plus ancien ; mais il a maintenant peu de partisans. Le second a été apporté du continent de l'Asie; sa nouveauté lui a donné une grande vogue.

La religion de Sinto était très simple avant que l'on y introduisît une foule de pratiques et de cérémonies étrangères. Cependant elle reconnaît encore aujourd'hui un être suprême qui a fixé son séjour au plus haut des cieux. Ils

ne lui rendent aucun culte ; ils le croient trop au-dessus d'eux pour avoir besoin de leurs hommages et de leurs adorations. Ils s'adressent à une multitude de dieux inférieurs qu'ils disent être chargés de présider à la terre, à l'eau, à l'air, etc., et de la volonté desquels dépend le sort des mortels. Ils n'ont que des idées bien vagues cl bien incertaines de l'immortalité de l'ame , des récompenses et des châlimens qui l'attendent après la destruction de son enveloppe mortelle. Us présument cependant que les âmes des gens de bien ont un séjour particulier dans le ciel; que celles des médians errent de Ions côtés en punition de leurs crimes.

Les Japonais ne mangent pas de viande; ils ont de la répugnance à verser le sang, s'abstiennent du lait, qu'ils regardent comme du. sang blanc, cl évitent l'attouchement d'un cadavre. En violant un de ces (rois points de- discipline, on se rend impur pour un temps plus ou moins long. Us se figurent que les aines des renards deviennent des démons. Celle singulière croyance lient probablement à ce que ces animaux sont très dangereux cl commettent de grands dégâts. Une princesse japonaise, ayant prétendu qu'elle était possédée du démon, on tua Ions les chiens de la ville, pour effrayer, disait- on, le renard enferme dans son ventre.

À u milieu du temple est ordinairement placé un grand miroir de mêlai fondu et poli, pour indiquer aux hommes que l'es dieux découvrent les souillures cachées de leur

cœur, aussi distinctement qu'eux-mêmes aperçoivent dans ce miroir les taches de leur visage. Les Japonais qui entrent dans le temple se placent devant le miroir, baissent la tête respectueusement jusqu'à terre , se tournent de nouveau devant le miroir, font leur prière et présentent quelque don. Après ces cérémonies ils sonnent une petite cloche pendue dans le temple el se retirent.

Depuis l'introduction de la secle de Boudsdo au Japon , celle de Sinlo a admis différons dogmes et pratiques qui loi étaient absolument étrangers. Malgré ces innovations, c'est encore la moins déraisonnable de (ou les; les autres adorent des singes et une infinité d'entrés animaux.

La religion chrétienne s'introduisit au Japon peu de temps après que les Portugais curent fait la découverte de ce pays. L'arrivée des premiers jésuites dans la province de Bungo remonte à l'année 1540; ils se répandirent dans tout le royaume guidés par les renseignemens que leur donna un jeune Japonais, qui vint exprès se faire baptiser à Goa. Ce néophyte indiqua aussi aux Portugais tous les avantages qu'ils trouveraient à venir commercer dans sa patrie. Ceuxci avaient alors la liberté de trafiquer, de prêcher dans les Indes, et même partout où bon leur semblait, l/inlrcprise réussit au-delà de leurs espérances, surtout pour le spirituel. Plusieurs princes japonais embrassèrent le christianisme. Des Portugais épousèrent des femmes du pays

( Idoles japonaises.)

et s'établirent. Enfln , les missionnaires acquirent une telle importance, qu'ils envoyèrent une ambassade de Japonais au pape Grégoire XIIF, avec de riches présens. Ces succès, et les immenses richesses (pie leur procurait le commerce, enflèrent tellement l'orgueil des Portugais, qu'ils ne tardèrent p»« \ se rendre odieux à leurs hôtes. Des or-

dres rigoureux pour exterminer Ions les chrétiens furent promulgués et exécutés avec lanl d'activité que dans le cours de l'année suivante il y eut plus de vingt mille personnes mises à mort. En iMt7, les persécutions recommencèrent avec plus de violence que jamais. Toute espèce do prédication hit sévèrement interdite, et la plus grande partie

du clergé chassée du Japon. Le gouvernement ordonna que tous les chrétiens qui ne voudraient pas abjurer seraient chassés ou mis à mort. Cette persécution dura quarante années sans se ralentir, et ne finit qu'après l'anéantissement complet du christianisme au Japon et la destruction du com-

merce des Portugais dans cette contrée. Trente-sept mille chrétiens, réduits au désespoir, s'étaient réfugiés dans la forteresse de Simmabasa ; après y avoir été assiégés et forcés, ils furent tous massacrés en un seul jour.

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