FRANCE. — CHARTRES
( Vue de la porte Guillaume à Chartres.)
Chartres est une des villes de France les plus intéressantes, surtout sous le rapport historique: aussi lui consacrerons-nous plus d'un article. Dans celui-ci, nous ne nous attacherons qu'à en faire une description succincte.
Chartres, chef- lieu du département d'Eure-et-Loir, est situé sur la croupe d'une montagne, au pied de laquelle coule la rivière d'Eure, qui baigne une partie de ses remparts et vivifie ses gracieux alentours. Cette ville est entourée de vieilles fortifications, qui témoignent à la fois de son ancienneté et de son importance. Ces fortifications datent des xie et xne siècles; elles sont construites avec une solidité telle , que même long-temps avant l'invention de l'artillerie , elles passaient presque pour inexpugnable? ' ^ fait est qu'Henri IV, en ^91, assiégea vivement la ville de Chartres sans pouvoir s'en rendre maître. Elles consistaient Toute II. — Mai i835.
en une enceinte de murailles fort élevées, appuyées sur un terre-plein de plusieurs toises de largeur, et flanquées de grosses tours rondes. Les portes sont au nombre de sept. La plus remarquable est la porte Guillaume , ainsi appelée du nom du vidame de Chartres sous lequel elle fut bâtie. Son aspect guerrier a quelque chose d'imposant. A droite et à gauche s'élèvent deux tours unies par une courtine , et au-dessus règne une galerie saillante à créneaux et mâchicoulis. Cette porte est voûtée en ogive: on remarque encore sous la voûte la coulisse, la herse et l'ouverture qui donnait passage à l'assommoir, ainsi que celles par où passaient les flèches du pont-levis; à côté est une autre petite porte ou guichet, pour les rondes de nuit. Du reste la gravure qui accompagne cet article , représente exactement la porte Guillaume.
Il ne faut pas croire que l'espace compris dans celte vaste enceinte de murailles lût entièrement couvert de maisons: unegrande partie était en jardins, en places, et même en bois et en terres labourables ; peu à peu on utilisa ces emplacemens , et des édifices , des églises , des couvens s'élevèrent sur plusieurs points ; mais il y a long-temps que les constructions se sont arrêtées, car la ville compte peu de maisons nouvelles. Tout y parle des temps anciens. Les rues sont étroites, mal alignées, et, dans la partie appelée la basse ville, tellement escarpées, qu'elles sont inaccessibles aux voitures : la plupart de celles qui suivent la pente de la colline ont la forme d'escaliers: presque toutes les maisons bâties en bois et en terre, ont des portes en ogive, décorées de sculptures gothiques. Quoique l'ensemble de la ville soit mal bâti , on y trouve cependant quelques quartiers agréables, et des places publiques vastes et assez régulières.
Quant aux monumens, Cliartres en compte peu de remarquables, à l'exception des églises, qui toutes sont visitées avec intérêt. Nous cilerous celles de Saint-Aignan, et de Saint-Père, et avant tout la cathédrale, l'une des plus belles constructions de l'architecture gothique en France. « J'ai observé un grand nombre de monumens , dit M. Fréminville, mais je n'en ai vu aucun qui réunisse comme celui-ci l'étendue du plan à la grandeur des proportions, l'étonnante hardiesse de construction et l'admirable délicatesse des détails d'ornemens qui y sont répandus avec profusion; cet édifice, enrichi de statues, de basreliefs exécutés à des époques différentes, est un véritable musée de sculpture française de tous les âges , où l'on peut embrasser d'un seul coup d'œil les progrès successifs de l'art et la chronologie des costumes. »
On a si souvent parlé de la cathédrale de Cliartres ; on l'a décrite, avant nous, avec tant de soin, qu'il devient inutile d'entrer de nouveau dans de longs détails à cet égard: quelques mots suffirent. La première basilique de cette ville avait été incendiée par les Normands en 858, et réparée une première fois. Au Xe siècle, elle devint encore la proie des flammes, enfin en 1020, un troisième incendie, occasioné, dit-on, par le feu du ciel, consuma et la cathédrale et la ville presque entière. Chartres avait alors pour évêque Fulbert, dont le zèle fournit les moyens de réparer assez promptement ce désastre. A sa prière , un grand nombre de personnes puissantes, les bourgeois, les marchands, et jusqu'aux artisans delà ville, contribuèrent, selon leur fortune, au rétablissement de l'église. Lorsque Fulbert mourut en 4028, l'édifice était presque complètement reconstruit. Deux de ses successeurs et la princesse de Mahaut, veuve d'un duc de Normandie, firent continuer les travaux. Le grand portail et le vieux clocher ne furent achevés qu'en 1145. L'autre clocher, auquel on travaillait en 1506, ayant été frappé par la foudre , le chapitre se détermina à le faire achever en pierre. On accorda des indulgences à ceux qui contribueraient à cette œuvre pie : l'argent arriva de toutes parts ; et Jean Texier, dit de Beauce, éleva celte pyramide si admirée des connaisseurs. Le maître entrepreneur gagnait alors sept ou huit sous par jour, et ses compagnons cinq sols.
>* Cette cathédrale, dont la construction s'est prolongée pendant à peu près cent trente-ans, fut dédiée à la Vierge, en octobre 1260.
A l'extérieur on admire la façade et les deux porches latéraux qui paraissent appartenir au xtuc siècle : ils sont décorés de Statues, de galeries, de niches travaillées à jour, de ligures ci de colonnes d'une riche sculpture.
Les grandes rosaces qui ornent les portails , sont d'un travail précieux, rehaussé encore par Péclatde superbes vitraux. A l'angle méridional de l'église, on remarque une figure qui pique la curiosité : c'esl celle d'un ftne, sculpté en saillie, el qui parail jouer de la harpe; dans le pays, onle dé igné sous le nom de V&nt qui vielle. Peut-être est-ce là
un souvenir de la fêle extravagante de l'âne, qu'on célébrait au moyen-âge dans plusieurs parties de la France.
L'intérieur de la cathédrale n'est pas moins digne d'allenlion. On est à la fois frappé de l'harmonie de ses proportions , et ému par la majesté religieuse de ses voûtes , sous lesquelles règne un jour mystérieux , bizarrement reflété sous mille et mille couleurs. Un grand nombre de statues décorent les diverses parties de l'édifice ; elle sont dues au ciseau du slatuaire Bridan. Ces morceaux de sculp ■ ture sont eu général bien composés, quoique plusieurs figures manquent de légèreté. Le plus remarquable est le groupe qui orne le chœur : on y admire surtout la pose élégante et noble de la Vierge. Pendant le régime de la terreur, des vandales voulurent détruire ce chef-d'œuvre , qui ne fut sauvé que par la présence d'esprit d'un homme sage et éclairé. Il eut l'idée d'affubler d'un bonnet rouge la tète de la Vierge, et de la transformer en déesse de la liberté; grâce à celle burlesque métamorphose, la cathédrale de Chartres conserva un de ses plus précieux oniemens.
Le pourtour extérieur du chœur , commencé par Jean Texier, en 1514, el terminé sur ses dessins , excite l'admiration des artistes par la richesse de son architecture , et par la belle exécution de ses moindres détails. Cet ouvrage est conçu dans le style gothique le plus riche et le plus élégant.
Au-dessous de l'église , en est une autre, dite église sous terre , dans laquelle on descend par cinq escaliers différens. On y voit une chapelle de la Vierge , où les fidèles vinrent de tout temps en pèlerinage faire des dévotions , et déposer des ex-voto et des offrandes; près! de l'autel est un ancien puits, nommé le puits des saints forts, parce que du temps des persécutions , sous l'empereur Claude , le gouverneur de Chartres , après avoir fait passer au fil de l'épée un grand nombre de chrétiens, lit jeter leurs cadavres dans ce puits.
Telles sont les parties les plus remarquables de celte magnifique basilique.
Le commerce et l'industrie n'ont , dans le département dont Chartres est le chef-lieu , que peu d'importance : les grains forment la principale branche d'exportations ; une grande partie des blés qui s'y recueillent est destinée à l'approvisionnement de Paris. Il en passe aussi beaucoup à Orléans, pour de là être embarqués sur la Loire.
Chartres est la pairie de plusieurs personnages célèbres, parmis lesquels nous citerons : Foulques ou l'oueher , qui suivit la première croisade, el fut chapelain de Beaùdoin, premier roi de Jérusalem; — Amauryde Chartres, fameux hérétique du xmc siècle; — Philippe des Portes, né en 1546, auteur de poésies, pleines de verve et de grâce , qui contribuèrent à épurer notre langue; — Mathurin Régnier. né en 1575, poète satirique ; — le janséniste Pttrre Mcole, né en 1625; — André Félibien,né en 4619, historiographe distingué; — les conventionnels Jran Dussuulv . Jean Pierre Brissot de Warvillc , et Pelion de Villeneuve: — enfin Marceau, qui, soldat à ht ans. fut général à 25, et mourut à 27 à Allenkhken , en l'an IV ; une pyramide lui fui érigée en 1801 , sur une des places de Chaînes , avec celte inscription: Témoignage de l'affection des Chai trains pour leur coneiioijen. J. B.
DE LA FEODALITE EN FRANCE, f Quatrième ci dernier article.) (i)
Abaissement ilo la race féodale |>av 1 oins \1. — Le due de Ntt-
moiirs. — 1,0 connétable do Saiat-Pol. — Achats de droits nu les provinces. — La Féodalité sous Henri IV; sous l.ouis \ut. Richelieu. — Conclusion)
i a grande figure de Louis XI disparaissait de la scène politique; sa main de 1er avait dompte la haute féodalité m
. i ) \ oyei page a4a.
puissante au commencement de son règne ; toute la vie de ce prince avait été employée à abaisser les grands vassaux , et il s'était servi de plusieurs moyens pour arriver à son but. Nous les avons indiqués dans notre précédent article. Il nous reste toutefois à parler de sorr inexorable rigueur lorsqu'il rencontra quelque résistance : alors il mit en jeu la pendaison , les échafauds, et l'histoire conserve dans ses annales la triste exécution du duc de Nemours , débris de cette féodalité que le roi s'acharnait à détruire.
Deux classes de personnes étaient alors poursuivies par la politique du roi Louis : les seigneurs féodaux armés d'une grande puissance , tels que les hautains vassaux de Bourgogne et de Bretagne, puis les petits seigneurs sans soutiens, et dont le dévouement n'était pas utile au roi. Les grands et les puissants, le roi cherchait à les prendre par la guerre et par la ruse ; quant aux autres, il n'y allait pas de main morte, il exigeait d'eux obéissance absolue.
Jacques d'Armagnac , duc de Nemours , poivrait se classer parmi ces derniers ; il avait bien quelques châtelains en arrière-vassalité , mais toutes ses forces, réunies en masse sous une commune bannière , ne pouvaient occuper la gendarmerie du roi de France; c'était donc un de ces sires qu'on pouvait frapper sans crainte. D'ailleurs, il avait été le promoteur le plus ardent de la ligue féodale qui avait combattu Louis XI ; le roi n'avait jamais cessé de songer aux moyens d'en tirer vengeance.
Le procès du duc de Nemours fut fait par commission. Le chancelier commença par instruire, et ce fut en sa présence que Nemours protesta contre le jugement par commissaires; car il était pair de France. A cette protestation, Louis XI ne répondit rien. Le procès se continua pendant deux ans ; l'accusé ne cessait de dire : « Sire, je dois être jugé par mes pairs en parlement. » Le roi lui manda la charte suivante : « Duc de Nemours, vous avez renoncé à votre droit de pairie , car vous avez déclaré ne plus être pair, si vous manquiez à vos sermens. » Le procès allait lentement ; le roi n'était pas content des commissaires , il renvoya le procès au parlement de Paris. Le di:c de Nemours fit une belle et longue harangue pour rappeler au roi ses vieux services ; son discours parut toucher la grande cour judiciaire. Louis XI, pour éviter toute influence, transféra aussitôt le parlement à Noyon. Là, les anciens commissaires durent prendre part au jugement ; il y eut encore , présens aux séances , quatre présidens de la chambre des comptes, deux maîtres des requêtes, le lieutenant-criminel du prévôt de Paris, et un avocat au Châtelet. C'était une singulière composition de cour; mais alors aucune règle fixe ne présidait à la formation des commissions parlementaires ; le caprice du monarque décidait de tout. C'était par le moyen de ces additions que la puissance royale se rendait maîtresse de tous les jugemens , disposait librement de la vie des grands vassaux et de leurs fiefs. La coutume des confiscations se produisit en cette circonstance dans tout ce qu'elle avait de plus odieux; les terres les plus riches furent données aux juges : le roi en tira deux avantages, d'abord de récompenser un service, ensuite de diviser entre plusieurs des richesses redoutables lorsqu'elles étaient réunies en une seule main.
Le roi se montra implacable dans sa sentence contre le duc de Nemours; ce nom d'Armagnac avait été comme l'expression de toute l'aristocratie féodale ; Louis XI en redoutait le souvenir, et l'arrêt de mort dut recevoir son exécution aux Halles, sur l'échafaud constamment dressé en ce lieu , ou en place de Grève. Nous ne raconterons pas cette exécution, ces détails ne sont plus de notre sujet; peu de personnes ignorent que la foule se lamenta grandement lorsqu'elle vit les petits enfans du duc de Nemours au pied de l'échafaud ; et quand le bourreau eut coupé la tête , le sang ruissela jusque sur les vêtemens de ces pauvres petites victimes. Louis XI montra si grande cruauté , disait-il , afin que dansl'avenir, s'ils se souvenaient de leur nom d'Arma-
gnac, ils songeassent également que le sang de leur père avait coulé sur leur robe d'enfant.
Et puis encore le procès du connétable de Saint-Pol : Louis XI le soupçonnait d'intelligence avec le duc de Bourgogne, ce rude adversaire de la couronne de France; aussitôt il s'empressa de le faire enfermer parfaitement dans la Bastille. Là, on lui fit à la hâte son procès, et il eut incontinent le col coupé devant l'Hôtel-de-ville, au pied de la croix. On peut considérer le procès fait au comte de Saint- Pol comme le dernier terme de la querelle féodale entre la royauté et les hauts barons. La couronne n'a plus à se défendre contre les ligues territoriales; le connétable luimême n'a point échappé à cette proscription commune^ Tout rentre dans l'unité monarchique et sous la centralisation royale. ■* s
Un des grands moyens par lesquels la couronne de France s'agrandit et se fortifia fut, ainsi que nous l'avons dit, la réunion successive des fiefs au domaine. Louis XI étendit à tout le besoin de centraliser : quand les circonstances le forcèrent à céder une province, soit à un proche parent, soit à un grand vassal , il s'y résigna ; mais toute sa tactique fut de faire rentrer dans son domaine tout ce qu'il en avait séparé; il acquérait une ville, puis une province, et tout cela habituait les sujets à la souveraineté royale. Le goût de ces acquisitions allait si loin chez Louis XI , qu'il achetait souvent des droits incertains , de vieux titres de souveraineté. Ainsi les comtes de Penthièvre avaient d'anciennes prétentions sur la Bretagne , le roi les acheta moyennant une somme donnée; il se réservait par ce moyen une action puissante sur les ducs de Bretagne. Cette province, comme on sait, ne fit réellement partie des domaines de la couronne que sous François Ier, qui l'y annexa d'une manière irrévocable.
Louis XI , parvenu au terme de son règne, vit d'immenses résultats obtenus. Cherchez encore de ces grands barons qui résistent à la couronne ! Que sont devenus ces fiers châtelains qui désolaient les provinces ? Partout existe un ordre politique : les tailles sont lourdes, mais parfaitement régularisées ; l'obéissance est absolue sur tous les points de la monarchie ; toutes les forces sont organisées dans un but commun de pouvoir et de centralisation.
Cependant, à l'avènement de Henri IV, la haute féodalité territoriale reparût. Les guerres civiles qui avaient agité les règnes de François II, de Charles IX, l'époque turbulente de la Ligue, l'assassinat de Henri III, avaient favorisé son développement. Ce n'était plus, il est vrai, le vieux système des fiefs; lé'mobile n'était plus, comme au x* siècle , l'indépendance de la terre , le principe de la souveraineté libre de chaque haut baron. Qu'importait le nom, quand les choses et les dangers qui en pouvaient résulter étaient identiques ? Il n'y avait plus de duc de Bourgogne , de Bretagne , mais toutes les provinces de France étaient sou l'absolue autorité d'un gouverneur, le plus souvent sorti des grandes familles du pays, et qui exerçait l'ensemble des droits que le baron possédait sous le régime pur de la féodalité. Si le gouverneur ne commandait plus à des vassaux, il avait juridiction entière sur toute la noblesse de la province ; s'il était bon serviteur, ami du roi de France, Û le servait de toutes les forces de son gouvernement. A la première querelle pourtant, la province était à ses ordres, et il pouvait tourner contre le prince même les populations et les armes qu'il commandait en son nom.
Ces gouverneurs, si puissans sous la Ligue, s'étaient imposés à Henri IV lorsqu'ils firent leur paix avec ce prince ; ils avaient stipulé dans leurs traités des conditions onéreuses pour le souverain ; Henri IV «'était vu forcé de les sanctionner. D'ailleurs, ce système avait peu de danger, tant que le Béarnais , roi militaire , tenait fortement les rênes du pouvoir. Les gouverneurs de provinces n'étaient pour lui que deslieutenans, des délégués de la puissance royale, qui résidaient la plupart du temps auprès du prince , et que celui-ci avait à sa disposition. La Provence était sous le
gouvernement du duc de Gnise , le fils de cet Henri-le-Balafré, assassiné à Blois. (Voy. page 258.) M. de Guise avait un tel pouvoir sur ces populations , que s'il avait voulu les réunir en masse , même contre les couleurs de Henri IV, il n'aurait pas eu beaucoup de peine , tant la puissance de son nom était grande! Le Languedoc était confié aux Montmorency-Damville ; le Daupliiné obéissait à Lesdiguières, véritable roi des montagnes : puissant sur ces populations , le jour où Lesdiguières aurait voulu se détacher de la suzeraineté de la France, il le pouvait, car quelle ville eût osé lui résister? La Bourgogne devait donner plus .d'inquiétude ; déjà le maréchal de Biron avait rêvé de reconstituer l'ancien duché de Charles - le -Téméraire, et Henri IV avait été obligé de sévir. (Voy. page 159.)
Dès lors, n'était-il pas à craindre , lorsque Louis XIII, enfant, ceignit la couronne de France, que ces gouverneurs de provinces ne se proclamassent indépendans ? La variété . du sol, la différence des races, les antipathies même qui existaient entre certaines provinces , tout favorisait ce morcellement. La féodalité primitive n'avait pas d'autres causes ; elle avait eu pour origine la décadence du pouvoir passant . de la puissante main de Charlemagne dans celle de ses faibles successeurs; ne devait-on pas redouter une nouvelle fédération territoriale qui aurait pris ses chefs dans les hautes familles de la monarchie ?
Cest là ce qui explique les luttes violentes entre l'autorité royale méconnue et les princes , ducs et pairs , pendant les premières années du règne de Louis XIII. Par ces grands mots : Rêformation de l'Etat, que la féodalité faisait entendre à cette époque, elle demandait le retour aux privilèges , aux droits des barons qui morcelaient le territoire de la monarchie. Le maréchal d'Ancre fut l'expression de l'unité royale; en haine à la grande noblesse féodale , il ne se trouva pas assez fort pour la vaincre, et il succomba. Il était réservé à Richelieu d'écraser les débris rajeunis de la vieille indépendance féodale ; il attaqua de front toutes ces grande* familles fortifiées dans leurs gouvernemens ; il broya les hautei têtes provinciales , et la mort du prince de Chalais, du sire de Marillac et du maréchal de 3Ionlmorency (voy. page l 81), prépara le règne absolu de Louis XIV. Les rois , n'ayant plus devant eux aucun obstacle , suivirent la seule impulsion de leur volonté ; ils jouirent de la plénitude de l'autorité souveraine. La petite noblesse de châteaux, les seigneurs de la campagne retirés dans leurs terres, jouissaient encore sans doute de quelques privilèges : ils possédaient des droits vexaloires sur leurs vassaux; ils rendaient toujours la justice pour certains délits forestiers qui variaient suivant les lieux. Ce n'était ici, par rapport à la couronne, que des délégués avec un pouvoir plus ou moins étendu, sous l'entière dépendance du monarque. Les biens des nobles étaient aussi exempts de l'impôt territorial. Toutes ces distinctions entre les nobles et les roturiers se conservèrent jusqu'à la révolution de 178i), et disparurent devant les solennel* décret* de l'assemblée Constituante.
A. Mazdv.