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JAMES WATT

James Watt, ingénieur et mécanicien, naquit en 1736, à Greenock en Ecosse, d'une famille qui tenait un rang distingué dans la bourgeoisie de cette ville. Il montra de bonne heure une aptitude particulière à l'élude, et principalement à celle des sciences physiques , dans lesquelles il fit de rapides progrès. A l'âge de dix-huit ans , il fut placé à Londres en qualité d'apprenti, chez un fabricant renommé d'instrumens de mathématiques ; le dérangement de sa santé ne lui permit pas de terminer son apprentissage. Cependant, grâce à la facilité dont il était doué, le temps qu'il passa chez son maître lui suffit pour le mettre en état de se livrer avec succès à celle profession, qu'il exerça pendant plusieurs années au collège de l'université de Glascow.

S'élant marié en 17G4, il quitta le collège où il était logé, et s'établit dans la ville comme ingénieur. La réputation distinguée qu'il acquit bientôt à ce titre, lui valut d'êlre consulté sur des travaux -publics de la [dus haute importance : le canal Calédonien qui traverse l'Ecosse de l'est à l'ouest, et dont la navigation et le commerce retirent aujourd'hui tant d'avantages, fut entièrement exécuté sur ses plans. Dans le même temps il pi ojeta beaucoup d'autres entreprises du même genre, el, selon toute apparence, l'Angleterre aurait dû à son génie une grande partie de son système de communications intérieures, si une circonstance, en quelque sorte fortuite, n'était venue donner une nouvelle direction à sou activité.

Depuis cent ans environ , la force motrice de la vapeur était connue et employée ; mais les machines imaginées jusqu'alors laissaient encore beaucoup à désirer, ainsi que nous l'expliquerons dans notre prochain numéro. {Voy. Vapeur, 2e article.) Walt trouva des perfeclionnemens qui agrandirent considérablement l'action de ces inslrumens, et lui donnèrent de la régularité, qualité essentielle dans la plupart des opérations mécaniques.

Mais pour mettre en évidence les résultats obtenus par Watt, il fallait construire un appareil dispendieux, el Watt n'avait point de fortune. Dans ce temps-là, il fit heureusement la connaissance d'un homme éclairé, le docteur Roebuck , qui n'hésita pas à mettre à sa disposition toutes les ressources qu'il possédait. L'appareil fut donc commencé; mais il n'était point encore achevé, que déjà les ressources du docteur étaient épuisées.

Tant de méditations, de travaux, de dépenses, étaient donc sur le point de se trouver perdus, lorsqu'un des principaux manufacturiers de Birmingham, M. Boulton , homme riebe et considéré , ayant entendu parler des espérances de Walt et de ses tenlalives, alla le trouver pour prendre connaissance de ses travaux. Il ne lui fallut que peu de temps pour en apprécier le mérite et l'importance. Ne doutant pas du succès de l'entreprise , il remboursa le docteur Roebuck de ses avances , el emmena Watt à Birmingham, où il s'associa avec lui. .«-

Après avoir pris un brevet, les deux associés conslrui-

sirent en peu de temps une machine qu'ils produisirent en public. Leur confiance dans les résultats qu'ils annonçaient était telle, qu'ils offrirent de n'exiger le paiement des machines qu'ils fourniraient qu'après que les acquéreurs auraient constaté par eux-mêmes la réalité des avantages promis. Le nouvel appareil ne tarda pas à se répandre dans les exploitations de mines les plus importantes. La plupart des marchés furent conclus à la condition que ceux qui emploieraient les machines abandonneraient aux propriétaires de l'invention le tiers des économies de combustible qui résulteraient de leur usage, comparé à celui des anciens procédés. Celte convention valut en peu de temps d'immenses bénéfices à Watt et à son associé; les seules mines de Chacewater leur donnèrent de cette manière un revenu annuel de 808 livres sterling.

La machine-modèle avait été construite à Soho , dans le voisinage de Birmingham ; ce lieu devint un établissement d'instruction pour les ingénieurs anglais. L'aîné des frères Périer s'y rendit de Paris, en 1779, et y fit l'acquisition d'une machine, modèle de celle qu'il appliqua à la pompe deChaillot.

La découverte de Walt , comme il arrive presque toujours en pareil cas, lui fut long-temps contestée, même dans son propre pays; mais en France, M. de Prony lui rendit pleine justice, bien qu'on ail prétendu le contraire. Walt a même été honoré, pendant son séjour à Paris, de l'amitié de ce célèbre ingénieur. Enfin il triompha des menées de l'envie et de l'ignorance; et en 1799, la cour du banc du roi lui reconnut aulhentiquement le titre qu'il réclamait.

La machine que Walt avait perfectionnée ne servait qu'à élever l'eau; l'idée lui vint de la faire servir à faire marcher des moulins emplojés dans toutes les espèces d'usines. Le mécanisme par lequel la roue à filer est mise en mouvement lui suggéra le moyen de lui donner celte application nouvelle; mais dans le temps où il s'occupait de préparer le modèle de ce procédé, un ouvrier infidèle vendit son

secret à un nommé Rickards , qui s'empressa de prendre un brevet qui lui assura la propriété de cette invention. Toutefois, si son véritable auteur s'est trouvé par là frustré des bénéfices qu'elle aui-ait dû lui valoir , l'honneur au moins lui en est resté sans contestation : on sait quelle a été dans la suite l'importance de celte découverte.

On doit encore à Watt plusieurs autres inventions de moins d'importance ; entre autres la presse à copier les lettres, qui consiste en deux cylindres entre lesquels on fait passer une feuille de papier mouillée appliquée sur une feuille écrite. Ce fut lui aussi qui le premier introduisit en Angleterre le blanchiment par l'acide murialique, que Berthollet venait récemment de découvrir en France. Jusqu'en 1800, Walt s'occupa avec la plus grande activité des travaux qui résultaient de son association avec Boulion. A celte époque, il se fit remplacer par son fils, et se retira complètement des affaires. Etant encore à Glascow, il avait perdu sa première femme ; il épousa en secondes noces , à Birmingham, la fille de Mac-Grégor. En 1817, après un voyage qu'il fit dans son pays natal, il alla s'établir définitivement dans sa terre d'Healhfield, où il mourut le 15 août 1819, au milieu du bonheur et du repos que lui avait mérités une longue carrière consacrée à des travaux utiles à l'humanité et glorieux pour lui.

Si Watt ne peut prétendre à la découverte de la puissance motrice de la vapeur, si même la première application de cette découverte aux besoins de l'industrie lui est étrangère, il n'en est pas moins vrai pourtant que c'est par lui que la société a été mise en possession de ses avantages. Il e-t donc juste que l'honneur en soit particulièrement attaché à son nom, et que le tribut de la reconnaissance publique à cet égard soit surtout payé à sa mémoire.

Watt possédait une instruction très étendue et très variée : indépendamment de ses connaissances spéciales dans les sciences physiques, il était encore versé dans la liltéralure européenne , dans les beaux-arts , dans l'histoire. Il

(Maison de James Walt.)

était particulièrement au courant de la poésie cl de la métaphysique allemandes, qui faisaient fréquemment le sujet de ses entretiens. Les sociétés royales de Londres et d'Edimbourg l'avaient admis dans leur sein, et le titre de membre étranger lui avait été donné par l'institut de France. En 1825, une réunion présidée par lord Liverpool décida qu'une souscription serait ouverte pour faire les frais d'une statue qui lui serait érigée à Birmingham. Les prin-

cipaux personnages d'Angleterre s'empressèrent de prendre part à cette souscription, dans laquelle le roi lui-même figura pour 500 livres sterling.

Dans notre deuxième article sur la vapeur, nous expliquerons en détail les découvertes de Watt , et nous ferons comprendre l'importance de la révolution qu'elles ont opérée, non-seulement dans l'industrie, mais dans l'état gênerai de la société.

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