POISSONS VOLANS
L'aile de l'oiseau et la nageoire du poisson diffèrent l'une de l'antre bien moins qu'on ne le croirait an premier coup d'œil; et voilà pourquoi, depuis les anciens naturalistes grecs jusqu'à nous, le nom d'aile a été si souvent donné à ci'lt" nageoire. L'une et l'autre présentent une surface assez grande, relativement au volume du corps, et l'animal peut selon ses besoins accroître ou diminuer celle surface , en cten lant sa nageoire ou son aile avec force , ou en les resserrant en plusieurs plis. La nageoire ainsi que l'aile, te prèle à ces différons déploiemens ou à cvs diverses contractions-, parce qu'elles sont composées l'une et l'autre d'une substance membraneuse molle et souple. La surface qu'elles présentent toutes deux résiste et agit avec précision, et frappe avec force , car chez l'une et l'autre celle surface est soutenue par de petits cylindres réguliers ou irréguliers j solides, durs et presqir'inflexîblcsj dans l'aile elle esl fortifiée par des plumes; dans la nageoire elle est quelquefois consolidée par des écailles dont la substance esl de lu même nature que celle des plumes de l'oiseau.
On pourrait dire que les oiseaux nagent dans l'air et que les poissons volent dans l'eau.
Ainsi que les Pégases, les Scorpènes, les Daclyloptères el les Trigles, l'Exocet volant, Exoccctus exilions, jouit de la faculté île s'élever à d'assez grandes distances au-dessus de la surface des eaux; ce privilège que lui accorde la nature démontre hautement ce que nous avons développé tout à l'heure, c'est-à-dire que voler est nmjcr dans l'air, et que ixaijer est voler au sein des eaux.
Rien n'est plus beau que de voir surgir au-dessus des flots ces corps brillans dont l'éclat argentin resplendit sur presque toute leur surface, ces poissons dont le sommet de la tête réfléchit les plus belles teintes de l'azur, et dont la poitrine et la queue sont colorées du bleu le plus foncé; leur crystallin, qu'on aperçoit au travers de la prunelle, esl d'un bleu noirâtre pendant la vie de l'animal. Cette parure brillante compte parmi les causes de lourmens et de perle qui poursuivent l'exocet pendant toute sa vie , car elle ne sert qu'à le faire découvrir de plus loin par des ennemis contre lesquels il a élé laissé sans défense. C'est , en effet , de tous les habitans de la mer , le plus inquiété , le plus agité, et le plus poursuivi par les scambres et les coryphènes. S'il abandonne , pour leur échapper, l'élément
dans lequel il est né, s'il s'élève dans l'atmosphère, s'il décrit une courbe plus ou moins prolongée , il trouve, en retombant dans la mer, un nouvel ennemi dont la dent meurtrière le déchire et le dévore. Pendant la durée de son court trajet, il devient la proie des frégates et de ces autres oiseaux que leur vol puissant a fait nommer grands-voiliers, et qui , pouvant seuls résister aux grands mouvemens de l'atmosphère, bravent les orages, surmontent les autans déchaînés, peuvent voler long-temps au-dessus de l'Océan, ss précipiter avec rapidité sur leur proie , l'enlever au plus haut des airs, et nager à d'immenses distances de la rive. Si l'exocet veut chercher sa sûreté sur le pont des vaisseaux, les passagers ou les matelots lui donnent la mort pour se nourrir de sa chair, qui est grasse et d'un excellent goût.