HOLLANDE. — AMSTERDAM
D'immenses prairies parsemées de villages et d'habitations entourent l'antique capitale de la Hollande; le cours tranquille de l'Amstel, qui la traverse, et dont les bords sont couverts, pendant la belle saison, de prés fleuris et d'arbres chargés d'un beau feuillage, complète le brillant tableau qu'offrent ses environs. Cette ville, ceinte de fossés et de remparts convertis en boulevards, ne craint pas l'approche de l'ennemi ; elle peut, au moyen de ses écluses, inonder tout le pays qui l'entoure.
Les rues d'Amsterdam, presque toutes alignées au bord des canaux, sont bien pavées, garnies de trottoirs, et, la nuit, éclairées avec soin. Parmi les plus belles, il en est qui ont plus d'une demi-lieue de lougeur; on croirait ,' en parcourant celle que l'on nomme le Kalver-Straat , assister
à une exposition des produits du royaume. Qu'on se figure une rue de vingt pieds de large , d'une courbure irrégnlière , dont les trottoirs , étroits et inégaux, divisés par des balustrades en fer, sont presque tous occupés par des montres de toutes les marchandises imaginables ; des deux côtés1, une bigarrure de hautes maisons coloriées, dans lesquelles brillent des boutiques décorées minutieusement et remplies, de bas en haut, et surtout à la devanture, de marchandises artistement étalées. Vous croiriez ces boutiques ouvertes pour la première fois , à l'air de nouveauté de tout ce qui les meuble; les comptoirs, les châssis, les sièges, tout y paraît neuf; le fer et le cuivre y présentent de toutes parts aux yeux des miroirs éblouissans; les boiseries y conservent encore le vernis et le poli que leur a donné l'ouvrier ; le parquet, clair, ciré, et légèrement saupoudré d'un sable jaune et fin, n'est sali d'aucune tache de boue. Tous les marchands rivalisent de coquetterie dans leurs étalages; ce qu'ils ont de plus précieux est au dehors, non par maigres échantillons, mais par grandes masses, et les rayons de l'intérieur du magasin n'en sont pas pour cela plus dégarnis. Ainsi, dans cette grande cité, le luxe des boutiques ne consiste pas exclusivement dans les châssis et dans les ornemens prodigués par l'architecte, comme on le voit dans beaucoup de villes de la France; c'est la marchandise étalée en profusion qui en fait le principal ornement. Pas de profession, pas de commerce, qui n'ait là une exhibition séduisante; la boutique même des marchands de bois se fait remarquer par l'élégante et symétrique disposition des fagots, que l'on achète en Hollande comme un objet de détail. Les boutiques des débitans de tabac se font remarquer entre toutes les autres par leur éclat et leur élégance, et le goût prononcé des Hollandais pour cette denrée y attire constamment une foule d'acheteurs. Les magasins d'Amsterdam présentent cela de particulier, qu'ils sont composes de deux longues galeries, dont les visiteurs peuvent faire le tour sans être aucunement astreints à faire des achats , et dont le coup d'oeil peut être saisi de la rue sans qu'aucune porte ni chambranle en masque l'étendue. Ajoutez à [l'attrait qu'inspire cette élégante et riche exhibition, l'absence de la fange et des voitures au milieu de la voie publique ,
, (Yue du palais du roi à Amsterdam.)
et vous conceuez l'aftluence des curieux et des promeneurs qui la sillonnent incessamment.
De beaux édifices publics font encore ressortir la richesse
commerciale d'Amsterdam : sur la place du Dam, est une magnifique construction qui sert de palais au roi, ci futjadis l'hOtel-de-ville. On lui reproche seulement des proportions
peu enharmonie entre elles. Ainsi, la hauteur, qui est de cent seize pieds, non compris une tour qui en a quaranteun, est trop considérable pour bb longueur, qui en a deux cent quatre-vingt-deux, et pour sa profondeur, qui est de
deux cent vingt -deux pieds. Ce palais est bâti sur treize
mille six cent cinquante-neuf pilotis.
L'intérieur de ce bâiiment atteste la splendeur de la capitale à l'époque où elle fit construire un bâtiment aussi somptueux pour ses magistrats; les ornemens n'y ont point été épargnés; les marbres, les statues, les tableaux, y sont même en profusion. La salle royale est l'une des plus vastes qui existent 3n Europe ; elle a cent vingt pieds de long , cinquante-six de large et quatre-vingt-dix-huit de haut. Elle est traversée par une méridienne (I) que traça Huyghens , célèbre mathématicien et physicien , qui vivait au xviie siècle. Les marbres dont le plancher, les murs et le
plafond sont revêtus, les colonnes qui supportent celui-ci, les drapeaux enlevés aux Espagnols dans les guerres qu'eurent jadis à soutenir contre eux les Hollandais pour conquérir leur indépendance, décorent noblement cette salle. On doit citer aussi la bourse dont nous donnons une vue.
On bâtit en Hollande d'une tout autre façon qu'en France. Au lieu de commencer par poser les fondations d'une maison, on fait d'abord le toit, et l'on continue à bâtir de haut en bas. D'énormes solives, fixées dans les murs mitoyens des maisons voisines , soutiennent le toit , et au-
Intérieur de la Bourse d'Amslti ikiu.)
dessus, on élève une légère couverture de bois. Dès que le toit est posé, on y joint l'étage supérieur. Ainsi l'on voit souvent le toit et un étage de la maison suspendus en l'air demeurer long-temps dans cet état avant que l'on s'occupe à bâtir les autres parties de la maison. Les avantages qui résultent de cette coutume, c'est que les maçons peuvent en tout temps se livrer à leurs travaux, et que les parties inférieures de la maison ne sont pas endommagées par les pluies et le mauvais temps, comme cela arrive souvent chez nous.
Afin que les fondations des maisons ne soient pas sans cesse ébranlées par les charrettes, le nombre de celles qui portent de pesantes charges est extrêmement limité. Au lieu de charrettes, on se sert d'une sorte de chariot formé d'un coffre de voiture posé sur un traîneau, auquel on attelle un seul cheval. Le conducteur est obligé de marcher toujours à côté du chariot pour empêcher qu'il ne verse; d'une main, il soutient le coffre, et il tient les rênes de l'autre.
Les Hollandais aiment tant le repos et la solitude, que dans les maisons des riches particuliers, on ne tire jamais les rideaux des croisées, et que les jalousies demeurent toujours fermées. Souvent de petits miroirs sont placés sur la fenêtre, de façon que les objets extérieurs viennent s'y projeter, et le paresseux Hollandais , nonchalamment étendu sur son divan , voit, sans se déranger, tout ce qui passe dans la rue. Souvent aussi un autre miroir, disposé de manière à réfléchir ce qui se passe dans l'appartement voisin, annonce l'arrivée d'un importun.
(La sxdte à un prochain numéro.)
(i) Est-il besoin de rappeler à nos lecteurs que la méridienne est la ligne que suit l'ombre d'un fil à plomb, au mo'ment où le soleil est au plus haut point de sa course, moment qui est le midi vrai.