‹ Magasin universelChapitre 232 sur 320 · SOC · texte numérisé non relu

SOC

nombre d'établissemens religieux , fit élever cette magnifique abbaye vers le milieu du XIIe siècle , et la dédia à la "Vierge. Plus tard, des moines réguliers de l'ordre de saint Augustin s'y établirent, et furent long-temps les bienfaiteurs du peuple dans ces temps d'ignorance et de barbarie. Mais des périls continuels menaçaient le monastère; des bandes nombreuses, venant tantôt d'Ecosse et tantôt d'Angleterre , envahissaient incessamment la conirée, et l'abbaye tomba plus d'une fois dans leurs mains. La dévaslation de ces moniimens religieux remonte à l'an 1540.

Un Anglais, qui a visité le duché d'Yorck, a tracé le tableau suivant des ruines que présente l'abbaye de Bolton, et de l'état de l'église, dont une partie, qui n'est pas tout-àfait dégradée, sert d'église paroissiale aux villages des environs.

« Rien n'est à la fois plus imposant et plus pittoresque que l'aspect de ces ruines solitaires. De hautes collines, qui ne souffrent de végétation qu'à leur pied, s'élèvent au nord et au sud, puis s'abaissent par degrés, et les eaux de la Wharfe viennent baigner la partie occidentale du monastère. A l'est, un rocher s'élève perpendiculairement dans les airs, et du sommet, une masse d'eau tombe en cascades magnifiques. A l'ouest sont des sites pittoresques par un mélange d'austérité et de fraîcheur agreste; aux coteaux variés succèdent des jardins suspendus et par l'influence de ces contrastes, le paysage est lanlôt imposant et grandiose, tantôt imposant et gracieux.

« Les restes de l'abbaye sont encore aujourd'hui si grands et si beaux, qu'on ne peut se lasser de les admirer. Rien n'est solennel comme le silence et la solitude dans lesquels elles sont plongées. L'imagination voudrait en vain demander compte de tout ce qui a été détruit; < n vain s'efforcerait-on d'y suppléer en devinant la magnificence de ce qui fut par ce qui est encore debout. L'église, qui est tout ce qui reste de l'ancienne abbaye de Bolton, est une belle création de l'architecture gothique ; elle a la forme de la croix de saint Jean. Dix croisées à la plus longue nef sont encore en bon état, et sont ornées latéralement de petites rosaces,

de colliers d'arabesques découpés à jour, et surmontés d'innombrables détails de sculpture et de ciselure. Le chœur et toute la partie centrale n'offrent pins à l'œil que des monceaux de ruines; dans les crevasses des murailles poussent des touffes de bruyères, des ronces, de grandes herbes; mais la four et la belle croisée qu'on voit à l'occident , ainsi que toute la partie de l'édifice qui regarde la Wharfe,. sont dans un bon état de conservation. Mais tout ceci est d'une date postérieure; le dernier prieur de l'abbaye avait entrepris de relever l'antique splendeur de ces monumens ; mais la Réforme l'enleva à son abbaye, et cette louable entreprise ne put s'exécuter. Les armoiries mutilées des rois et des abbés se distinguent encore sur les pierres de cetie parlie de l'église. Entre de fines colonneltes supei posées, l'on voit une grande quantité de niches d'une architecture parfaite, renfermant des têles de moines et de religieuses, pleines de vie et de mouvement.

« Autour de celte galerie, il règne une bizarre décoration d'arabesques, de rosaces, de volutes, chargés de losanges libres et capricieux, qui attestent une singulière facilité. La croisée, malgré ses vastes proportions, est d'une légèreté , d'une élégance et d'une richesse inconcevables. Vous diriez que chaque fragment de moulure a été taillé avec le soin qu'un lapidaire consacre à un diamant. On ne comprend pas comment on a pu assouplir ainsi le roc, et donnera la pierre des formes si fantastiques et si légère-. Le portail est aussi orné de vives arêtes, de guirlandes it de bas-reliefs, qui sont en harmonie parfaits avec les autres ornemens de ce curieux édifice.

« Les ruines de l'abbaye de Bolton sont aussi précieuses comme objet d'aï t que les belles ruines de l'abbaye de Melrose, dont la fondation remonte à la même époque. Le gé-. nie du poète Woodsworth leur a donné une nouvelle consécration par son poème intitulé : The White doe ofRylstone (la Biche blanche de Rylstone), dont le sujet est emprunté à une tradition fabuleuse. Espérons que désormais ce qui reste de ces monumens sera protégé contre toute espèce de vandalisme. »

( L'abbaye de Bolton. )

les HreatW d'fttomncmvnjt cl do vente son,t rue de Scine-Snirtt-Germain, n° o.

Page 1