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LES SORCIERS

« C'est grand dommage , dit Voltaire , qu'il n'y ait plus aujoud'hui ni possédés, ni magiciens, ni astrologues, ni génies. On ne peut concevoir de quelle ressource étaient, il y a cent ans, tous ces mystères. Toute la noblesse vivait alors dans ses châteaux. Les soirs d'hiver sont longs ; on serait mort d'ennui sans <es nobles amasemens. Il n'y avait guère de château où il ne revînt une fee à certains jours marqués, comme la fée Merlusine au château de Lusignan. Le grand-veneur , homme sec et noir, chassai! avec une meule de chi ns noirs dois la forêt de Fontainebleau. Le diable tordait le cou au maréchal Fabert. Chaque village avait son sorcier ou sa sorcière ; chaque prince avait son astrologue ; loutes les dames se faisaient dire la bonne aventure; les possédés couraient les champs; c'était à qui avait vu le diable ou à qui le verrait. Tout cela était un suje» de conversations inépuisables, qui tenaient les esprits en haleine. A présent, on joue insipidemeut aux cartes, et on a perdu à être détrompé. »

Le fait est qu'autrefois, en France, on était fort crédule sur l'article des sorciers, et même, il faut le dire, eel te crédulité absurde s'est perpétuée jusqu'à une époque où les progrès delà civilisation auraient dû avoir banni à jamais I ignorance et la superstition. Que les Gaulois et les Francs, peuples encore plongés dans les ténèbres de la barbarie, aient ajouté foi à des fables ridicules; qu'on retrouve même dans leur législation (I) les traces de leurs croyances grossières, il n'y a rien là dont l'historien doive s'étonner; mais que la magie et la divination aient survécu à ces temps reculés; qu'elles aient traversé les siècles les plus éclairés du moyen-âge, et qu'il n'ait fallu rien moins, pour en tiiomphr, que L'influence puissante du règne brillant de Louis XIV; certes, ce sont là des fahsà peine croyables , et qui monlrent au philosophe combien soûl fortement enracinées les erreurs populaires, el ce qu'il faut d'effort persévérais pour les extirper.

Ce (tu'il y a de plus singulier dans lout cela, c'est qu'à l'époque même où les magiciens étaient le plus en nom» ur, où de tous côtés on venait les consulter, où personne n'aurait osé méconnaître leur puissance , on poursuivait , on eondainnail, on brûlait ceux qui étaient accuses de magie. Pour ne citer qu'an exemple dfe<* lie i onlradielion bizarre, au commeneeinenl du wtt' siècle, un nomme Fontenay osa proposer au roi. dans un écrit imprime, un moyen r.rtnwnlhiairr. qu'il disait très-facile el très-sûr, de pr. mire les villes de IMontauban el de La Rochelle; el dans le même tenu s à peu près, la cour de justice de l'Arsenal condamnait à être pendus iU'[\\ hommes chez lesquels on trait trouvé deux livres de magie écrits sur paiehemin.

I es ruses des prétendus sorciers étaient pailois tellement

(i) Voy. les Capitulants à* Ch»rlej le Chauve.

grossières, qu'on s'étonne que tant de gens s'y soient laissé prendre. Un auteur contemporain fait ainsi parler un de ces charlatans : « Vous lie sauriez croire combien il y a déjeunes courtisans et déjeunes Sérapiens (Parisiens) qui m'importunent de leur faire voir le diable. Voyant cela, je me suis avisé delà plus plaisante invention du monde pour gagner de l'argent. A un quart de lieue de cette ville, j'ai trouvé une carrière Tort profonde, qui a de longues fosses à droite et à gauche. Quand quelqu'un veut voir le diable, je l'amène là-dedans; niais avant d'y entrer, il faut qu'il me donne au moins 40 ou 50 pistoles, et qu'il me jure de n'en parler jamais. J emre le premier dans la caverne; puis je fais des cercles, des fulminations , des invocaiions, et récite quelques discours composés de mots barbares, lesquels je n'ai pas plus tôt prononcés, que le sol curieux et moi entendons remuer de grosses chaînes de 1er, et gronder de gros malins. S'il a peur, je le ramène dehors . et je retiens son argent. S'il n'a point de peur, j'avance plus avant, en marmottant des paroles effroyables. Incontinent, six hommes, que je fais tenir dans celle caverne, jettent des flammes de poix-rés'ne, devant, à droile et à gauche de nous. A travers ces flammes, je fais voir à mon curieux un grand houe chargé de grosses chaînes de fer peinies de vermillon, comme si elles étaient enflammées. De chaque côté. il y a deux gros chiens à qui on a mis la tête dans de longs inslrumens de bois, larges par le haut, fort étroits parle bout. A mesure que ces hommes les piquent , ils hurlent tant qu'ils peuvent , et ce hurlement retentissant dans les instruinens où ils ont la tête, il en sort un bruit si épouvantable dans celle caverne, que ceites les cheveux m'en dressent à moi-même d'hoireur. Deux de mes hommes, après avoir exli êmeuient fait les diables, viennent tourmenter mon misérable curieux avec de longs sacs de toile remplis de sable, dont ils le baltenl tant par tout le corps, que je suis puis après contraint de le traîner dehors de la caverne à demi mort. Alors, comme il a un peu repris ses esprits, je lui dis que c'est une dangereuse et inutile curiosite'de vouloir voir le diable, et je le prie de n'avoir plus ce désir, comme je vous assure qu'il n'y en point qui l'aient après avoir élé battus. »

Ce sorcier s'appelait César. Il avait le pouvoir, disait-on, de faire tomber à sa volonté la grêle et le tonnerre : un chien lui portail ses lettres, et lui en rapportait les réponses. Il fabriqua une image de cire pour faire mourir en langueur un gentilhomme. Il était prisonnier à la Bastille, lorsque le diable vint avec un grand bruit l'étrangler dans son lit.

Un autre sorcier, appelé Ruggieri , qui demeurait chez un maréchal de France, mourut , dit-on , à peu près de la même manière, quatre jours après la mort de son confrère César. On fil àce sujet un livre intitulé : Histoires épouvantables de deux Magiciens étranglés par le diable, à Paris.

Sous le règne de Chai les IX, un individu nommé Trois- Echelles fut exécuté en place de Grève, pour avoir eu commerce avec les démons, et « accusa douze cents personnes du même crime , » dit Mezerai, qui trouve ce nombre de douze cents bien fort.

En 4609, Filesac, docteur en Sorbonne, se plaignait que l'impunité des sorciers en multipliait le nombre à l'infini. Il ne les compte plus par douze cents, ni même par cent mille, mais par millions.

Chenu rappoi te un arrêt, du 17 mai 1616, par lequel le parlement de Paris condamna trois particuliers du Berri à faire amende honorable, et ensuite à être pendus, pour crime de sortilège, et pour avoir assisté au sabbat et participé avec le diable.

^ Tout le monde connaît le procès fameux qui fut fait à

l'infortuné Urbain Grandier, condamné au feu, pour crime

semblable, par arrêt du 18 août 1654.

La maréchale d'Ancre fut aussi accusée de sortilège. On

disait qu'elle s'était servie d'images de cire ; qu'elle avait

fait l'oblationd'un coq dans l'église des Augn-tins et dans celle de Sainl-Sulpice; qu'elle avait eu chez elle des livres de caractères magiques, dont elle et son mari usaient pour dominer les volontés des grands. « On se souviendra avec étonnement, dit Voltaire, dans son Essai sur le siècle de Louis XIV, que la maiéchale d'Ancre fut brûlée en place de Grève, comme sorcière. Le conseiller Cour1. in , interrogeant cette femme infortunée, lui demanda d^ quel sortilé e elle s'était servie pour gouverner l'esprit de Marie de Médicis. La maréchale lui répondit : Je me suis servie du pouvoir qu'ont les âmes fortes sur les esprits fables. Cette réponse ne servit qu'à précipiter l'arrêt de sa mort. »

Les plus grands seigneurs furent cités poui les mêmes crimes à la chambre ardente, en 1680, entre autres, deux nièces du car., inal Mazarin, la duchesse de Bouillon et la comtesse de Soissons, mère du prince Eugène. LaReynie, l'un des présidens de celle chambre de justice, fut assez mal avisé pour demander à la duchesse de Bouillon si elle avait vu le diable. Elle lui répondit qu'elle lo voyait dans ce moment, qu'il était fort laid et fort vilain, et qu'il était déguisé en conseiller d'état. L'interrogatoire ne fut guèTe pousse plus loin. L'affaire de la comtesse de Soissons et du maiéchal de Luxembourg fut plus sérieuse. Lesage , La Voisin, La Vigoureux, et d'autres complices, étaient en prison , accusés d'avoir vendu des poisons qu'en appelait la /nnidre de sxiccession. IL chai gèrent tous ceux qui étaient venus les consulter; la comtesse de Soissons fut du nombre, ainsi que le maréchal de Luxembourg. Ce dernier avait vu une fuis Lesage, et lui avait demandé des horoscope^; il se rendit lui-même à la Bastille. Louvois, qui ne l'aimait pas , le fit enfermer dans un cachot de six pis et demi de long . où il tomba malade. On l'interrogea Je second jour, et on le laissa ensuite cinq semaines entières sans continuer son procès. Il ne lui fut pas permis d'écrire à Louvois pour s'en plaindre. Parmi les imputations qui faisaient la base du procès, Lesage dit que le maréchal avait fait un pacte avec le diable, afin de marier son fils à la fill ; du marquis de Louvois. L'accusé répondit : « Quand Mathieu de Mont- « morency épousa la veuve de Louis-le-Gros, il ne s'adressa « point au diable , mais aux états-généraux , qui déclarè- « rent que, pour acquérir au roi mineur l'appui des Mont- « morency, il fallait faire ce mariage. » Le procès dura quatorze mois; il n'y eut de jugement ni j our ni contre lui. La Voisin, La Vigoureux, son frère et ) esage, furent brûlés en place de Grève. Celte fois, la justice n'eut pas (on, car ces quatre misérables avaient épomanté Paris par de nombreux empoisonnemens, et la terreui qu'ils avaient inspirée élait si forte, que, malgré leur sur.jlice, il resta long-temps dans les esprits un penchant à soupçonner des morts naturelles d'avoir été violentes.

Enfin, une ordonnance rendue, en juilet 1682, par Louis XIV, porta un coup fatal à la magie, et limita considerabemenl la puissance infernale des soi ciers. Les imposteurs en gémirent, les dupes en furent déconcertées. La science divinatoire fut impitoyablement ti ailée par cette ordonnance, qui qualifia les magiciens de corrupteurs de l'esprit des peuples, d'impies, de sacrilèges, profanant ce qu'il y a de plus saint, de plus sacré. La ma. ie ne fut plus uistici. blequedti mépris public, et s'il y eut ei core quelques condamnations de sorciers, c'est que ces cha> lalans avaient commis des crimes réels à l'aide de leurs protendus sortilèges.

Dès que les tribunaux refusèrent de croire aux devins , le nombre de ces derniers diminua. La persécution fail toujours des prosélytes; la tolérance, au contraire, tue l'enthousiasme.

Ainsi l'ordonnance de juillet 1682, l'une des plus remarquables et des moins remarquées du règne do Louis' XIV, rendit un véritable service à la civilisation, tn frappant de stérilité les anciennes erreurs populaires.

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DES YERS A SOIE,

DE LEl/fi JiDDCATION ET DE LA FABRICATION DES TISSDS DE SOIE EN CHINE.

(Deuxième article.)

Dans un premier article (4) nous avons exposé sommairement les moyens employés en France pour élever ces insectes précieux qui nous donnent la soie; aujourd'hui nous mettrons en regard de ce mode d'éducation celui que suivent les Chinois depuis bien des siècles, en nous bornant aux fait j les plus essentiels. On retrouvera, dans les soins qu'ils apportent à l'exploitation de cette industrie délicate, l'esprit ,ie détails et de patience particulier à ce peuple.

Ou choisit, pour loger les vers à soie , un terrain sec qui s'élève i.n peu sur le bord d'un ruisseau , parce que les œufs doivent ètte souvent lavés dans l'eau courante , loin de tout ce qui a l'apparence de fumier ou d'égout , loin des bestiaux et du bruit ; car les odeurs désagréables et le moindre bruit, l'aboiement même d'un chien, ou le cri d'un coq, leur sont funestes, lorsqu'ils sont nouvellement éclos. L'ediric< doit être carré et les murs fermés soigneusement pour y < ntretenir la chaleur. On prend soin de tourner la porte au sud , ou du moins au sud-est, mais jamais au nord, et de la couvrir d'une double natte, dans la craime des vents coalis Cependant on ménage une fenêtre de chaque côté pm.r donner p ssage à l'air*quand les œufs en ont besoin. On les tient toutes deux fermées dan- tout autre temps. Elles sont de papier et d'une blancheur transparente , avec des natt >s mobiles par derrière pour recevoir dans l'occasion ou pour exclure la lumière, et pour écarter aussi les vents pernicieux, tels que ceux du sud et du sud-ouest, qui ne doivent jamais e.trer dans la loge. En ouvrant une fenêtre pour introduire un peu de fraîcheur, on doit apporter beaucoup d'attention à chasser les mouches et les cousins, parc-; qu'ils laissent toujours dans les cases quelque ordure qui rend l'opération extrêmement difficile; aus.-i le plus sûr est il de la hâter avant la saison des mouches. Les

petits lézards et les rats ont beaucoup d'avidité pour les vers à soie. On emploie des chats pour les détruire. La chambre doit être garnie de neuf ou dix rangées de tablettes. Sur ces tablettes on place des claies de jonc, assez ouvertes pour recevoir d'abord la chaleur, et successivement l'air qu'on y introduit. C'est sur ces claies qu'on fait éclore et qu'on nourrit les vers jusqu'à ce qu'ils soient en état de filer. Comme il est fort important qu'ils puissent éclore , dormir, s'éveiller, se nourrir et jeter leur peau tous ensemble, on ne peut apporter trop de soin à conserver dans la loge une chaleur égale et constante.

On a besoin d'une femme pour l'éducation des vers. Avant de prendre possession de cet office, elle doit s'être lavée et revêtue d'un habit qui n'ait rien de désagréable dans l'odeur ; elle doit avoir passé quelque temps sans manger, et surtout n'avoir pas manié de chlorée sauvage, parce que I odeur en est très-désagréable aux jeunes vers; son habit ubit être d'une étoffe légère et sans tioublure, afin qu'elle puhse mieux juger du degré de chaleur, et diminuer ou augmenter le feu dans la loge. Ces insectes ne sauraient être ménages avec trop de soin; chaque jour est une année pour eux. Il a ses quatre saisons ; le malin est leur printemps, le midi leur été, le soir leur automne, et la nuit leur hiver. L'expérience a fait connaître, i° que les œufs demandent beaucoup de frai heur avant d'éclore ; 2° qu'étant éclos, et semblables à des fourmis, ils ont besoin de beaucoup de chaleur; 5° que , lorsqu'ils deviennent chenilles , et qu'ds approchent du temps de la mue , ils doivent être entretenus dans une chaleur modérée; 4° qu'après la grande mue, c'est la frai heur qui leur convient; 5° que, sur leur déclin et lorsqu'ils approchent de la vieillesse , la chaleur doit leur être communiquée par degrés; 6° que le grand chaud leur est nécessaire lorsqu'ils travaillent à leurs cuques.

On ne saurait éloigner avec trop de soin tout ce qui incommode les vers. Ils ont une aversion particulière pour le chauvi e, pour les feuilles mouillées, et pour celles qui sont échauffées par le soleil. Lorsqu'ils sont nouvellement

(Fabrication des Ussus de soie fin Chine. 1

éclos, ils sont incommodés par la poussière qui s'élève en nettoyant Vur loge, par l'humidité de la terre, parles mouches Cl les COUBina , par l'odeur ilu poisson mille , des poils brùlr.s, du musc , de la fumée; par l'haleine seule, si elle sent le vin , le gingembre , la laitue ou la chicorée

(i) Voyez pag. aJo".

sauvage: par le grand bruit, la malpropreté, les rayons du soleil, la lumière d'une lampe pendant la nuit ; par l'air qui passe au travers d'une fente . par un grand ven , ar l'excès du froid et du chaud , surtout par le passage subit de l'un à l'autre. Quant à leur nourriture , les feuilles humides . celles (pii ont sèche au soleil ou par un trop grand vent , et celles qui ont contracte quelque mauvais goût , sont les causes les

plus ordinaires de leurs maladies. Il faut cueillir les feuilles deux ou trois jours d'avance , et les tenir fort nettes dans un lieu exposé à l'air. On ne doit point oublier, pendant les trois premiers jours , de donner aux vers les feuilles les plus tendres , coupées en petits fils , avec un couteau fort tranchant, pour ne les pas briser. On ne doit pas moins observer, en faisant provision île feuilles, de se servir d'un grand panier ou d'un grand filet, afin qu'elles n'y soient pas trop pressées , et quelles ne se flétrissent point dans le transport.

Voilà bien des précautions sans doute ; mais peut-on prendre trop de soins pour un animal si précieux?

Quand vient le moment où ils doivent filer, on les loge dans une espèce de galerie de bois dont le dedans est fort clair. Elle doit êlre divisée en compartimens , chacun avec sa petite tablette sur laquelle on puisse placer les vers. Ils ne manquent point de se ranger eux-mêmes dans l'ordre qui leur convient. Celte loge doit être assez spàcieu-e pour le passage d'un homme , et pour y entretenir au milieu un feu

( Dévidage de la soie en Chine. )

modéré , plus nécessaire que jamais contre les inconvéniens de l'humidité. Le feu ne doit point avoir plus de chaleur qu'il n'en faut pour soutenir les vers dans l'ardeur du travail, et pour rendre la soie plus transparente. Les vers doivent êlre entourés de nattes , à quelque distance , et le sommet de la galerie ou de la machine de bois doit en être aussi couvert , non-seulemuent por couper le passage à l'air extérieur, mais encore parce que les vers se plaisent dans l'obscurité. Cependant, après trois jours de travail, il faut retirer les nattes depuis une heure jusqu'à trois, pour faire entrer le soleil dans la loge, mais de manière que ses rayons ne tombent pas sur les vers. On les préserve des effets du tonnerre et des éclairs, en les couvrant des mêmes feuilles de papier qui ont servi sur les claies.

Les coques étant achevées dans l'espace de sept jours, on les rassemble en tas, jusqu'au où l'on temps en tire la soie.

Ou fait toujours suffoquer les insectes avant de dévider la soie. Pour la dévider, on met les cocons dans un panier ou un vase percé de plusieurs trous, et on les expose à la vapeur de l'eau bouillante , de manière qu'ils puissent en être imprégnés. Lorsque les cocons sont dévidés, ou mange les chrysalides des vers à soie. (Voyage en Chine de lord Macarlney , ambassadeur anglais ; traduction de Castera , tome III.)

Les coques ne doivent être mises dans le chaudron qu'autant qu'elles peuvent êlre aisément dévidées; car les y laisser tremper trop long-temps, ce serait gâter la soie. On prétend qu'en un jour cinq hommes peuvent dévider trente livres de coques, et fournir à deux autres hommes autant de soie qu'ils peuvent en mettre en écheveaux , c'est-à-dire environ dix livres. Un ouvrier chinois file la soie une heure entière sans en rompre un seul fil. Les rouets de ce pays sont fort différens de ceux de l'Europe et beaucoup moins fatigans ; deux ou trois branches de bambou et une roue commune en font tous les frais.

Lorsque les vers sont près de filer, si l'on a soin de les mettre sur le dos d'nne coupe renversée et de les couvrir de

papier, ils fileront un pièce de soie plate, ronde et menue, comme une espèce d'oublié, qui ne sera pas chargée de cette matière visqueuse qu'ils rendent dans les coques, lorsqu'ils y demeurent long-temps renfermés , et qui sera aussi facile à dévider que les coques , sans demander tant de précautions.

Aussitôt que la soie est dévidée, on s'attache immédialement à la meilre en œuvre , à l'aide d'instrumens fort simples qui se rapprochent plus ou moins de nos métiers à tisser, et dont l'un est représenté dans la première des deux gravures qui accompagnent cet article.

A l'égard de leurs tissus d'or, les Chinois ne tirent point ce métal en fil pour l'entrelacer ave; la soie; mais coupant en petites tranches une longue feuille de papier dorée, ils les roulent avec beaucoup d'adresse autour du fil de soie. Quoique ces étoffes aient beaucoup d'éclat dans leur fraîcheur, elles se ternissent sitôt à l'air qu'elles ne peuvent, servir à faire des habits. On n'en voit porter qu'aux mandarins et à leurs femmes , qui n'en font pas même beauco.ip d'usage.

Les étoffes de soie les plus communes à la Chine sont les gazes unies et à fleurs, qui servent aox Chinois pour leurs habits d'été, les damas de toutes sortes de couleurs, les satin* rayés, les satins noirs de N inkin, les gros taffetas et les brocarts, les pluches, et différentes sortes de velours. Les deux étoffes les plus communes sont une sorte de satin plus fort et moins glacé que celui de l'Europe, et qu'ils appellent fuan-tsè, et un taffetas qui, quoique fort serré , e-t si souple et si pliant , qu'il ne se coupe jamais. Ce taffetas se lave comme la toile, sans perdre beaucoup du glacé qu'on lui donne en le frottant , toujours dans le même sens, avec de la graisse bien purifiée de marsouin de rivière.

On emploie aussi en Chine une sorte de soie grossière , qu'on trouve en abondance dans les champs et sur les arbres. Elle est produite par de petits vers semblables aux chenilles, qui mangent les feuilles de tous les arbres. Cette soie ne se

orme point dans des coques, mais en longs fils qui s'attaclieni à tous les corps , comme ce» fils d'àrafenée que le vulgaire appelle fils de la sainte Vierge (voyez pag. 260). Cette soie esi fort épaisse, dure long-temps, se lave aussi comme de la toile , et se vend parfois aussi cher que les plus belles sortes.

La province du Tché-kiang est celle de la Chine où l'on se livre sur la plus grande échelle à l'éducation des vers à soie et à la fabrication des éioffes faites avec celte matière. Les habitons de celle province, et surtout ceux des villes, sont presque tous vêtus de ces étoffes, qui , comme celles de Nankin et les autres étoffes de cot<n. se vendent à très bas prix. La soie est si commune en Chine, que tous les soldats en sont vêtus. Jadis elle se vendait au poids de l'or dans cette contrée, comme il estjarrivé en Emope au temps où elle élait fort rare. On prétend qu'à une, époque fort reculée les Chinois employaient dans leur- instnuneus de musique des cordes de soie dont ils liraient des sons d'une grande douceur.. (Relation de F.-C. Ilutlner, traduite par Castera) (I).

Les empereurs de la Chine ont fait , disent les historiens de ce pa\s, tous leuis efforts pour propager l'u»age de la soie dans les pn nues temps de sa découverte. Ils avaient compris l'importance de cette matière pour leurs sujets, et les impératrices donnaient l'exemple aux femmes du pays, en travaillant de iems propres mains à la fabrication des étoffes de soie dans leurs appai lemens.

Dans l'article suivant , nous tracerons l'historique des prog es faits en Fiance dans la fabrication îles étoffes de soie , et nous donnerons le nouveau procédé d'assainissement des maguanières dû à M. Darcet.

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