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LES CERFS ET LES ANTILOPES

Antilope.

Cerf.

Nous réunissons dans le même article deux familles d'animaux qu'on a long-temps confondus dans une seule, les cerfs et les antilopes, non pour faire entre elles un rapprochement, mais pour bien rappeler à nos lecteurs les différences essentielles qui existent dans leur conformation. Quant aux cerfs , nous nous bornerons à un exposé sommaire de leurs traits principaux, sans entrer dans le détail des mœurs du cerf commun, bien connues sans doute de la plupart de nos lecteurs. Nous réserverons une place plus étendue à l'histoire moins vulgaire des antilopes.

Le cerf commun d'Europe fait partie d'un genre trèsnombreux en espèces; on en rencontre dans les quatre parties du monde. Leur caractère est 1res difficile à bien exprimer, car il ne se manifeste que chez les mâles et à une certaine époque de l'année. Il consiste dans la présence de lois ou cornes solides, qui se développent à une époque déterminée, et tombent lorsque la peau qui les couvrait a été privée des vaisseaux qui servaient à la nourrir. Il est rare que les femelles portent des, bois. Les principales espèces sont le cerf, le chevreuil, l'élan, le rhenne, le daim.

Le cerf proprement dit, ou l'élaphe , se trouve naturellement dans les forêts de l'ancien continent. Sa femelle se nomme biche, et le jeune s'appelle faon. Le mâle seul porte les bois ou les cornes : vers six mois, on n'aperçoit encore sur la tête des jeunes que deux bosses ou tubercules ; on le nomme alors hère; à un an, ces tubercules se sont fort alon gés ; quoique simples , ils ont deux à trois décimètres rie long. L'animal perd à cette époque la peau qui les recouvrait ; le bois reste quelque temps à nu avant de tomber, et le hère prend le nom de daguet. Quand le faon mâle arrive à la troisième année, il perd les dagues, et le bois qui les remplace présente ordinairement trois ramifications, qu'on nomme andouillers; pendant chacune des années suivantes, les bois, en se développant de nouveau, portent un andouiller de plus jusqu'à sept ans, de sorte que le bois des Tome Iï. — Juin iS35.

Biche. •2£<J

vieux cerfs est ordinairement composé de sept ramifications, qui proviennent d'une tige commune nommée merrain. C'est dans le temps du rut que le bois se dépouille; le mâle jette alors un cri particulier, c'est ce qu'on appelle rayer ou bramer. Le mâle et la femelle ne restent point ensemble. Les biches portent à peu près huit mois. On n'a point encore apprivoisé le cerf; il est difficile à dompter. La chair de ces animaux est estimée; leur bois sert dans les arts pour faire des montures de coutelas, de serpettes, et des pommes de cannes; raclé ou réduit en fragmens minces, on en obi ient, par l'action de l'eau bouillante, une gélatine très saine et très nourrissante; c'est ce qu'on nomme gelée de cornes de cerf.

Le genre des antilopes comprend aussi un très grand nombre d'espèces, dont la plupart vivent dans les pays chauds, et semblent préférer les lieux arides et montueux. Leurs cornes poussent par la base; elles ne tombent jamais; en dehors, elles sont revêtues d'un étui de substance de cornes, comme dans le genre des bœufs; mais elles n'ont pas, comme ces derniers animaux, ce large repli, pendant sous la peau du cou, qu'on nomme fanon. Les espèces différent beaucoup entre elles par la forme des cornes; tantôt elles se recourbent en arrière, comme dans le bubale, le gnou , le chamois; tantôt elles se dirigent en avant, comme dans le nilghant, le nanguer. Quelquefois les cornes sont droites; tels sont les coudons, le pasan; chez d'autres enfin, comme dans la gazelle commune, ces cornes sont courbées en manière de branches de lyre.

Le muscle qui produit les contractions de la peau est très fort chez les antilo es; aussi froncent-ils la peau et secouent-ils leurs poils, plus raides même que ceux des cerfs, avec beaucoup de force. Il y a une espèce d'horripilalion habituelle chez plusieurs espèces, ce qui ne les préserve pourtant pas toujours de l'avidité des hippobosques et autres insectes.

Buffon a été induit en erreur quand il a dit que l'âge des antilopes était indiqué par le nombre des anneaux de leurs cornes.

Les antilopes, comme les autres ruminans à cornes persistantes , se trouvent dans l'ancien continent et le nord du nouveau; mais leur espèce ne vient pas mêlée; elle reste renfermée dans des limites constantes qu'elles paraissent n'avoir jamais franchies. Presque tous les antilopes sont doux et sociables. En général, excepté plusieurs des petites espèces de l'Afrique méridionale, ils vivent en grandes troupes. La vue, l'ouïe et l'odorat, sont chez eux d'une trèsgrande finesse ; par la proportion du volume de la caisse auditive , qui donne assez bien la mesure de l'énergie de l'ouïe, l'oreille paraît avoir chez les antilopes une délicatesse supérieure à celle de tous les antres ruminans. Le nilghau, le chamois et le gnou, qui s'éloignent plus que les autres espèces du type des gazelles, n'ont pas la caisse auditive proportionnellement plus développée que dans les bœufs. L'antilope était connu des anciens, mais sous un autre nom. Dans une lettre non authentique d'Alexandre à Aristote, sur les merveilles de l'Inde, il est question d'antilopes dont les cornes perçaient les boucliers des Macédoniens.

La gazelle ordinaire se trouve principalement en Syrie ; elle est de la taille du chevreuil ; son poil est ras et plus court que celui du chamois. Les gazelles sont sveltes, vives et légères; leurs jambes sont longues, fines et déliées, et leur couleur est rousse en dessus, blanche en dessous : on voit souvent sous leurs flancs une bande de poils noirs , et leurs oreilles sont marquées en dedans de trois bandes longitudinales blanches.

Répandues, depuis l'Arabie jusqu'au Sénégal, en troupes innombrables, les gazelles sont la pâture ordinaire des lions et des panthères. Quoique timides, elles résistent aux attaques, en formant le cercle et présentant les cornes. On les chasse avec le chien, l'once ou le faucon ; on les prend aussi vivantes, en lâchant parmi elles une gazelle apprivoisée qui porte aux cornes des cordes terminées par des nœuds coulans; les gazelles sauvages s'embarrassent dans ces nœuds par les pieds et par les cornes , et tombent bientôt. Les gazelles maigrissent en hiver; leur chair est assez bonne et tient de celle du chevreuil.

Le nom de gazelle est arabe. Ces animaux sont, par leur douceur, leur grâce et leur beauté, un sujet continuel de comparaisons et d'images poétiques chez les orientaux ; en Arabie, pour dire de beaux yeux, on dit des yeux de gazelle. Ces animaux, malgré le développement assez considérable de leur larynx, sont presque toujours muets. Il y en a eu trois à la ménagerie, qui venaient de Barbarie ; l'un d'eux , particulièrement observé par Cuvier, poussait seulement un petit cri dans ses accès de gaieté. Cette absence, du moins cette rareté de la voix, est particulière aux antilopes. Ajoutons que la gazelle est d'une extrême propreté.

Dans le temps de sécheresse, des troupes de dix et même de cinquante mille de l'espèce des antilopes, dite antilopes à bourse, arrivent de l'extérieur de l'Afrique dans les environs du camp, escortés de lions, d'hyènes et de léopards. Elles marchent en colonnes dont l'avant-garde est en embonpoint ; le corps d'armée est un peu moins bien nourri , et l'arrière-garde maigre, parce que le pâturage disparaît dès les premiers rangs, et que les derniers sont obligés de déterrer les racines; mais, au retour, l'arrière-garde engraisse , parce qu'elle part la première, et l'avant-garde maigrit à son tour. Ainsi rassemblées, rien ne les effraie; elles forment le cercle, et présentent les cornes aux assaillant; ; elles peuvent même parer les coups de pierres avec les cornes. Elles semblent présager le mauvais temps par des sauts et des bonds plus frequens qu'à l'ordinaire. Les Hollandais rappellent aussi propk-bok ou clièvre-dc-parade, à cause de sa beauté.

L'antilope dseren des Mongols présente quelques particularité* intéressantes. Plus que les autres gazelles, le dseren évite les lieux couverts. Ses troupes, plus nombreuses en

automne qu'en été, et qui, en hiver, se mêlent aux troupeaux domestiques , parcourent les grandes plaines sablonneuses de l'Asie centrale; elles ne redoutent les montagnes qu'à cause des forêts, car elles gravissent les précipices de celles qui sont nues et arides. En courant, ils font des sauts énormes, en ramenant sous le ventre les jambes de devant et étendant les autres en arrière. Buffon a eu tort de dire qu'en courant les antilopes s'élançaient par bons toujours égaux. Toutes les espèces vues par le voyageur Pallas sautent en courant comme le dseren. Cet animal , dans l'état sauvage, craint l'eau au point de se laisser tuer ou prendre plutôt que de s'y jeter. S'il y tombe par hasard , ou si , du haut d'une berge escarpée et sans l'avoir vue , il s'y précipite en fuyant, il nage pourtant très bien. L'heureux exemple de ceux qui se sauvent ainsi n'enhardit pas les autres à entrer dans l'eau. Quand leurs troupes sont acculées à un fleuve dans les grandes chasses des Mongoles , ils tentent plutôt de se faire jour à travers le demi-cercle de cavalerie et de chiens qui les a cernés. Si on les pousse dans les bois, étourdis par la peur, ils se heurtent contre les arbres, et sont bientôt pris. Plus trapu que les autres gazelles, le dseren est grand comme un daim; sa couleur d'été est grisfauve dessus, et blanc dessous; en hiver, elle est grisâtre,, et paraît blanche de loin. Le dseren s'apprivoise facilement^ il suit même son maître à la nage.

Une autre espèce d'antilope, le saïga, offre ceci de remarquable, que l'ouverture de sa pupille transversale est , comme dans tous les ruminans , rétrecie à son tiers-moyen par quatre languettes floconeuses, dont l'une» inférieure, plus grande, rencontre presque les trois supérieures. On ne retrouve de disposition analogue que dans l'œil des raies, pour préserver la rétine d'un excès de lumière ; mais s'ils sont ainsi défendus de la réverbération du sol dans les déserts blanchâtres et salés qu'ils parcourent , ils risquent en plein midi de venir jusque sous la main du chasseur, car ils ne voient pas loin devant eux, et ils sont en outre d'un tempérament si faible , que la moindre blessure les tue. Ces inconvéuiens sont compensés par un excellent odorat; ils éventent l'ennemi de plus d'une lieue, sont rarement seuls, et posent des sentinelles quand ils s'arrêtent pour manger, reposer ou dormir. Cetie habitude ne se perd pas en domesticité. A la fin de novembre ils sont en rut. Les mâles sentent fortement le musc' Alors ils se battent entre eux à qui restera maître de toutes les femelles de la troupe , que le plus fort défend avec courage contre les loups et les renards. Les femelles mettent bas au mois de mai, le plus souvent un seul petit. Ils vivent et voyagent en grandes troupes, quelquefois de dix mille. Les aigles et les loups sont leurs ennemis les plus dangereux.

Le gnou est la plus anormale des antilopes pour la figure, et les proportions : il a des jambes fines comme celles des cerfs; il est grand comme un âne; la forme de son encolure et de sa croupe lui a donné l'air d'un petit cheval, dont il a la queue et la crinière. (V. p. 512.)

Enfin, nous renverrons aux articles qui ont déjà paru dans notre recueil sur les chamois (pag. 127,145, I™ année) ceux des lecteurs qui voudront connaître les mœurs de celte espèce et les dangers de la guerre que lui font nos

chasseurs de montagnes.

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