‹ Magasin universelChapitre 239 sur 320 · LA SICILE. — MESSINE · texte numérisé non relu

LA SICILE. — MESSINE

La Sicile, cette belle et riche partie du royaume de Naples, est la plus grande des iles de la Méditerranée. F.lle a la forme d*Ull triangle dont les pointes regardent la Grèce, l'Afrique et l'Italie. Les deux côtes du détroit qui la sépare de laCalabresont le théâtre d'un phénomène analogue à eelui du mirage dans les plaine-; de I' U'riquo. el qui no peut être attribué qu'à l'effetde la réfraotion. iucœnr de l'été, quelques

insl lUS avant que le soleil sorte du sein des (lots, si des rivages de Messine on jette un coup tfœil du côte de Ueggio, ou aperçoit dans les airs des forêts, des tours cl des palais.

dont l'ensemble représente Messine, ses montagnes et ses Siabitations. Sur la côte opposée , l'observateur qui regarde <du côté de Messine, voit aussi dans les nues l'image d'une cité semblable à Reggio. Cette illusion, encore mal expliquée, serait moins surprenante si le spectateur apercevait en l'air la ville qui borde l'horizon , au lieu de voir celle près "êe laquelle il est placé. Ces peuples de la Calabre et de la Sicile, qui ont conservé des Grecs l'amour du merveilleux «t des brillantes fictions, ont bâti sur cet effet physique la fable suivante : Une puissante fée (la Fata Morgana) étend .•son empire sur le détroit de Messine ; elle fait apercevoir aux jeunes navigateurs ses palais aériens, afin que, trompés par l'illusion, ils aillent, en croyant s'approcher de Messine et. •de Reggio, échouer sur la côte où, nouvelle Circé , la fée s'apprête à les enlever.

La Sicile a plus de deux cent trente lieues de côtes et plusieurs ports imporlans, tels que ceux de Messine, Païenne, Syracuse et,Catane, chères aux arts dans les temps anciens, et si puissantes, que la population de la seule ville de Syracuse était presque égale à celle que renferme aujourd'hui l'île tout entière. Elle fut, à l'époque de la plus grande puissance de Napoléon , le seul coin de l'Europe qui restât sous le gouvernement d'un prince de la maison de Bourbon. Elle avait conservé son ancienne organisation féodale et son parlement des trois bras {tre hracci) , lorsque le commissaire britannique, sir William Bentinck, détermina le roi, en 4812, à fonder une constitution sur le modèle de celle de l'Angleterre. Elle avait envisagé le bien de tous les babitans de l'île, dit le comte Fedor de Karaczay (I) , et limitait les droits d'une classe privilégiée dans le but d'en,é(endre les avoirs. Cette noble pensée aurait dû la consoler et unir, au lieu de désunir. L'époque des cent jours , le traité de Paris , le renversement de Joachim par les armes autrichiennes, remirent le roi Ferdinand sur le trône de Naples. L'égcï^me des barons siciliens, anciens feudalaires, prévalut. Croyant voir revenir le temps de l'ancien parlement des trois bracci, •et avec lui les droits de la féodalité , ils contribuèrent à faire renverser le nouveau système , sans se douter qu'ils n'y gagneraient rien; comme de fait la constitution fut annulée par un décret publié à Messine, sans que les privilèges leur fussent rendus. Le 8 décembre 1816 , le roi prit le titre de Ferdinand Ier, roi des Deux-Siciles, et déclara la Sicile province du royaume (2).Les Siciliens sont déjà désabusés des illusions qui les ont trompés; mais le réveil est tardif. Puissent-ils mettre à profit leurs erreurs passées pour leur conduite future !

Les Siciliens , après avoir eu , pendant que le trône de Naples était occupé par un Français, un roi qui relevait l'éclat de la noblesse, une cour nombreuse à Païenne, un commerce à l'intérieur assez actif, sévirent avec regret gouvernés parle lieutenant d'un vice-roi, et privés de leur numéraire qui, attiré à Naples, devient chaque jour plus rare dans leur île. Nulle industrie manufacturière ne contribue à faire rentrer l'argent que la cour en relire; les objets de luxe, les tissus et d'autres produits, sont d'origine anglaise et française; et pour satisfaire des besoins factices, et cependant impérieux , elle ne peut fournir que des matières premières dont la production n'occupe qu'un petit nombre de bras : ce sont des soies écrues pour lajraleor annuelle de 4,000,000 de francs ; des vins , parmi lesquels les plus estimés sont ceux de Syracuse et de Marsalla, dont on exporte pour Boston seul plus de 2,000 tonnes, et dont le produit total est d'environ 900,000 francs; pour 9,000,000 francs de céréales, dont la quantité est cependant moins considérable que dans l'antiquité, qui appelait la Sardaigne et la Sicile les greniers du peuple romain; des citrons et des oranges pour \ ,800,000 fr.; de l'huile d'olive pour 2,000,000 fr.;

(i) Voyez son Manuel de voyage en Sicile , publié en français à Gotha, 1826.

(2) Par un décret de juillet 1824, la Sicile est assujétie aux mêmes lois que les autres états napolitains.

de la soude , dont on fait de grands envois à Marseille ; enfin du thon mariné , dont le produit s'élève à plus de 250,000 francs. La Sicile livre encore au commerce du mercure , du soufre, de l'alun, du nitre et du sel gemme. Mais ces richesses ne font point l'éloge du gouvernement ni du peuple sicilien , elles font plutôt leur honte. Il n'existe pas en Europe une terre plus fertile , et cependant le quart de sa superficie est à peine défriché. Elle renferme dans son sein des trésors : ses mines d'or, d'argent , de fer, de cuivre et de plomb , sont complètement négligées ; le gypse dont elle abonde, et qui, converti en plâtre, pourrait être si facilement employé dans les constructions utilisé et comme engrais, ou devenir une branche d'exportation, y reste inapprécié.

La culture, l'industrie et le travail, encouragés en Sicile, pourraient y nourrir, comme au temps des Romains, une population triple de sa population actuelle; mais que d'obstacles à vaincre pour la porter au degré de prospérité dont elle est susceptible ! Il faudrait que la noblesse montrât l'exemple d'une si utile réforme , et , ce qui est plus difficile peut-être, qu'elle en sentît tout le prix. La paresse et la fainéantise en souffriraient sans doute; le nombre des moines diminuerait, et l'on pourrait juger si quelques fabriques , dans un pays qui n'en possède pas , ne remplaceraient point avec avantage quelques-uns des couvens , dont le nombre est hors de propoition avec la population. En effet, on compte dans l'île 28,000 moines et 18,000 religieuses, en tout 40,000 reclus sur -1,050,000 habitans, c'est-à-dire un reclus'sur 55 habitans. Le clergé séculier ne désapprouvera peut-être point un pareil changement , car on le dit enclin à la tolérance : c'est presque comme si l'on disait qu'il est instruit et éclairé ; son influence est due peut-être plus à ses lumières qu'à ses richesses considérables; il possède deux tiers des b ens-fonds. La noblesse, plus riche encore, possède presque les deux autres tiers des terres. Elle se compose de 120 princes, de 80 ducs, de 140 marquis, de 50 comtes, de 500 barons , et d'un nombre considérable de chevaliers. L'abolition de ses droits a diminué ses revenus ; mais ne pourrait-elle pas , à l'exemple de la noblesse russe , accroître ses richesses par l'industrie, fonder des fabriques, encourager l'agriculture? chose si facile dans un pays où la nature a tout fait et semble dire à l'homme : Travaille , et je paierai tes soins au centuple.

La situation de la Sicile , entre l'Europe et l'Afrique , en ferait facilement l'île la plus commerçante de la Méditerranée ; mais avant d'en venir là , il serait indispensable de remplacer par de bonnes routes des sentiers incommodes : tant que le chemin qui conduit de Monlreale à Alcamo sera la seule chaussée de l'île , les difficultés de communication s'opposeront aux progrès de l'agriculture. Les terres rapportent aux propriétaires moins de 4 pour 100; celui-ci fait les avances des semences au fermier , qui , après les lui avoir rendues, paie son fermage en denrées, d'après l'estimation faite dans chaque paroisse. Tandis qu'un hiver éternel règne au sommet de l'Etna , le reste de la Sicile jouit d'un printemps perpétuel. En avril, le thermomètre de Réaumur marque, à l'ombre du milieu du jour, dix-sept degrés; mais lorsque le scirocco souffle, le même thermomètre indique trente-cinq à trente-six degrés. Les autres vents méridionaux, le libecchio , qui vient du sud-ouest , et l'austral, qui vient du midi, participent plus ou moins des qualités malfaisantes du scirocco. Les moL de novembre sont doux. En janvier, on cherche l'ombre avec plaisir; mais en mars, les vents froids obligent souvent les Siciliens à se réchauffer près d'un brasier. Les blés de la Sicile acquièrent une hauteur extraordinaire ; leurs épis ne renferment pas moins de soixante grains; leur couleur, dorée en dedans et en dehors, est un des caractères qui les distinguent des nôtres; enfin, nos plus belles moissons n'offriraient aux yeux d'un Sicilien que l'image de la stérilité , tant ses champs présentent celle de l'abondance. L'aloës s'y élève jusqu'à trente pieds. Le cactier raquette (cactus opuntia), dont le fruit , en forme de

figue, et d'une couleur purpurine est l'aliment de la classe indigente, borde tous les sentiers; le melon d'eau ou la pastèque, au jus rafraîchissant, y acquiert une saveur exquise; le dattier y voit arriver à maturité ses fruits , dont le sucre mielleux est employé dans l'assaisonnement de certains mets, ou qui, séchés au soleil, se servent sur touies les tables; le grenadier, apporté de Carlhage en Italie par

les Romains qui lui donnèrent le nom de punica, distille, dans ses baies rougeâtres ce sucre acide et vineux dont la saveur plaît aux peuples méridionaux. La canne à sucre est indigène sur la côte en regard #e l'Afrique. On a reconnu le cafier à l'état sauvage dans les bois de celte partie de l'île. Une si grande variété de végétaux , qui n'exclut point cens de nos climats , prouve tout le parti que pourrait tirer de

( Phare de Messine. )

son sol l'indolent Sicilien. La ville la plus près des côles de la Calabre, est Messine, fondée, à ce que l'on croit, dix siècles avant notre ère.

dessine porta d'abord le nom de Zanclé, que, suivant Thucydide, la forme ceinlréede son port lui fil donner par les Siculi, d'un mot de leur langue qui signifie faux (■!). Trois ou quatre siècles après sa fondation, Anaxilas, chef de la colonie messénienne établie à Reggio, chassa les Zanclœi de leur ville, et s'y établit; elle reçut alors le nom de Messana ou de Messine. Plus tard, elle fut conquise par les Mamertini , peuple de la Campanie. Cette ville, qui fut entièrement détruite par le trop fameux tremblement de terre de 1785, a été rebâtie sur un plan régulier; mais, malgré la franchise de son port, elle n'a pu recouvrer son importance. Avant le désastre, elle renfermait plus de cent mille âmes ; aujourd'hui elle en compte environ soixante-dix mille. Elle s'élève en amphithéâtre au pied de ces montagnes qui étendent leurs rameaux sur toute la Sicile , et que nous regardons comme la suite des Apennins; leurs cimes bleuâtres se confondent avec l'azur du ciel. Mille espèces de plantes toujours vertes s'étendent en longs festons sur leurs flancs déchirés par des ravins, et couronnent les palais de Messine. Sous les murs delà cité se pressent, en bouillonnant, les eaux du détroit, où jadis Carybde et Scylla glaçaient d'effroi lés navigateurs. Bâtie sur un terrain inégal, elle ccupe une élen lue de trois cents toises. Un promontoire de rochers et desables, qui s'avance en demi-cercle sur sa droite, forme une rade spacieuse et sûre. Une vaste citadelle, plusieurs forts, et des batteries à fleur d'eau, défendent l'entrée de son port, qui passe pour le plus beau de tous ceux de la Méditerranée. Ses rues sont belles et pa-

vées de larges dalles en lave. Son quai serait d'une grande beauté, si les maisons qui le bordent n'offraient l'aspect d'édifices rasés à la hauteur du premier étage, où l'on voit des colonnes et des pilastres tronqués , comme si l'on avait voulu diminuer leur hauteur dans la crainte des tremblemens de terre. Quatre à cinq places assez grandes, mais irrégulières, se font remarquer par la profusion plutôt que par le bon goût et par le choix des ornemens; toutes sont décorées de fontaines en marbre et de statues en bronze d'une médiocre exécution. Le palais royal est d'une architecture simple et imposante , mais il n'est point achevé. Les églises sont riches, comme toutes celles de l'Italie; les ornemens y sont prodigués sans choix. La caihédrale, bâtie par le comte Roger, est décorée de vingt-six colonnes antiques en granité égyptien , qui, à côté des ornemens gothi- «ques du xiie siècle, forment le plus bizarre assemblage. L'éducation est fort négligée à Messine : très peu d'individus des classes inférieures savent lire , et la noblesse n'est pas fort instruite. Les établissemens d'instruction se composent d'un collège royal et de six maisons d'édi.'calion gratuite, dont deux sont destinées aux gentilshommes; mais il y a un séminaire pour quatre cents élèves, et quarante-six couvens de moines ou de religieuses. La bonne tenue de la banque municipale, du lazaret, du grand I ôp'ual et des trois monts-de-piété, annonce une admini tration vigilante. Le soleil de la Sicile répand son active influence jusque sur le moral des habitons ; les têtes siciliennes sont voleanisées comme le sol brûlant, comme le climat. Le Sicilien est vif, gai, spirituel, doué d'un génie actif, d'une imagination exaltée , de passions fougueuses, et d'un ardent amour pour son pays ; il est hospitalier, généreux, fidèle observa-

d,a Calabre.)

(Détroit de Messine.)

i La Sicile. — Le mont Etna, )

leur de ses promesses. S'il commet un assassinat, ce n'est point par cupidité, niais par vengeance; il la considère comme \w droit et presque comme un devoir. Plus lier (pie

(t)Strabon adopte le lentiraenl de Thucydide (voy. Ch. 3et5); m, us ce qui prouve l'origine grecque dea siculi, c'est que le nuit :tit \ogeU, >i"i le prononce t int lé. ligntGc en pffel faux,

sur le territoire napolitain , le bas peuple sicilien n'endurerait pas l'outrage d'un coup de canne; il s'en Mangerait par un coup de couteau. Malgré son inertie physique, son activité morale offre tant de ressources, que l'éducation en ferait un peuple peut-être supérieur au x autres peuples européens. Les hommes inlluciis n'ont point laissé établir en Sicile la méthode d'enseignement mutuel ; ils regardent

l'instruction comme un bien funeste et dangereux ; ils n'ont point encore compris qu'instruire le peuple, ce n'est point l'initier aux sciences, mais aux vérités morales, qui s'allient si facilement avec les vérités religieuses. L'instruction élémen'aire, en répandant l'usage de l'écriture, inspire plus facilement l'amour de l'ordre et de l'économie, met le peuple à même de profiter de quelques lectures à sa portée , entretient en lui le sentiment de ses devoirs, et dispose l'agriculteur et l'artisan à s'instruire des meilleurs procédés employés dans leur état. Un changement si grand dans les mœurs populaires est-il donc si dangereux ? Les bastions qui défendent le palais contre les émeutes sont ils donc des moyens de répression infaillibles et sans danger? Un peuple instruit dans le respect des lois n'esl-il pas plus facile à diriger et à maintenir dans une sage obéissance, que celui qui ne connaît que l'empire de la force et la soumission de la crainte? , .

Nous avons vu le Sicilien ardent spectateur des fêtes religieuses. Ce peuple a besoin d'un culte qui parle à ses sens; il lui faut des fleurs, des parfums, une musique bruyante et des images. En embrassant le christianisme, il n'a fait que transporter dans la religion du Christ le polythéisme de ses ancêtres. Il a conservé de ceux-ci cet amour-propre national qui le porte à se regarder comme supérieur aux autres peu-

pies, et qui entretient entre les principales villes de la Sicile cette jalousie de prééminence qui fait naître mille rivalités: Messine dispute à Païenne le rang de capitale, comme jadis Athènes et Lacédémone revendiquaient la suprématie politique.

Le peuple sicilien a presque la sobriété du Spartiate; chez lui , l'ivrognerie est regardée comme un vice honteux. Dans les mœurs champêtres, on trouve encore quelques traces des usages grecs : les pâtres aiment à disputer le prix du chant, consistant en quelques objets à leur usage, que distribue celui qu'ils choisissent pour juge; les paysannes ont conservé de l'habillement grec le long voile et la large ceinture.

Le principal but des réunions dans les villes est ce qu'on appelle eh Italie les conversazioni; ce sont des assemblées chez des particuliers, ou dans des lieux ouverts à ceux qui, par une souscription , ont acquis le droit de s'y présenter : on y trouve des salons de jeux, et d'autres réservés au seul plaisir de causer. Un usage qui paraîtrait fort singulier en France, c'est qu'une dame en couches ne manque pas de recevoir chez elle la conversazione le lendemain même de sa délivrance ; sa chambre devient le salon de réunion de tous ses amis. En Sicile , on ne connaît point les douleurs par lesquelles les femn.es achètent le plaisir d'être mères. Cet

Vue de AJessine,

avantage] et la'fécjndité dont dits jo.u'ssent sont de ces bienfaits que la nature répand dans les climats brûlans.

La Sicile a des savans et des écrivains distingués. La littérature est le sujet principal de toutes les conversations ; la poésie est le langage adopté par l'amour et la galanterie : il n'est pas un soupirant qui n'exprime en vers son douloureux martyre. Les intrigues amoureuses sont les passetemps de toutes les dames. Celles-ci ne sortent jamais à pied; on ne les voit qu'au spectacle, à la messe ou chez elles. Elles ont un goût prononcé pour la parure, et suivent les modes françaises avec beaucoup de recherche et d'élégance; elles savent avec art relever la beauté de leurs traits et la vivacité de leurs yeux. Elles sont généralement mieux que les hommes , ce qui est le contraire de ce qui se voit sur le territoire napolitain. Quelques villes sont en réputation pour la beauté du sexe : à Messine, les femmes sont plutôt agréables que belles; à Palerme, elles sont plutôt belles que jolies; à Syracuse, on admire la fraîcheur de leur teint; à Trapani, on retrouve la régularité des profils grecs.

Veut-on avoir la mesure des mœurs publiques de la Sicile : un dédale inextricable de lois, une nuée d'avocats et

de gens de robe, y entretiennent plus que partout ailleurs la manie des procès. La justice est vénale, et les magistrats n'en rougissent point; les agens du gouvernement font la contrebande; les moines dirigent l'éducation, gouvernent les familles, et ils n'ont point une conduite plus régulière qu'au xvie siècle. »

La corruption avait, jusque dans ces dernière années, encouragé le brigandage en Sicile, comme il l'était sur le territoire de Naples , et quelques parties de l'île passaient pour de véritables coupe-gorges. Le gouvernement est enfin parvenu à assurer la sécurité des voyageurs. Dans chaque district, on nomme un capitaine élu parmi les pins riches propriétaires ; on met à sa disposition quatorze cavaliers bien montés, bien payés, et choisis, pour plus de sûreté, parmi les brigands les plus intrépides. Avec ce secours, le capitaine doit pourvoir à la tranquillité publique; il répond personnellement des vols qui pourraient se commettre. Cette mesure a été couronnée de succès : trois cents hommes environ protègent la circulation dans l'île.

En Sicile et dans toute l'Italie, excepté à Turin, à Parme et à Florence, la manière de désigner les heures est pour

les étrangers difficile à comprendre : on compte une heure jusqu'à vingt-quatre, depuis un soir jusqu'à l'autre, et la vingt-quatrième, que l'on nomme Ave-Maria, sonne trente minutes après le coucher du soleil. A l'époque de l'équinoxe, ce qu'on appelle midi dans le reste de l'Europe, est la dixseptième heure pour les Italiens; à sept heures et demie, ils disent qu'il est une heure. L'un des iuconvéniens de cet usage , c'est que les horloges des églises se règlent à midi , et qu'il faut les avancer ou les retarder selon que les jours croissent ou décroissent. Un autre embarras pour les Italiens mêmes, c'est que leurs montres faites en pays étranger ont des cadrans qui ne s'accordent point avec leur manière de compter, qu'ils soutiennent cependant être préférable à celle qui est généralement adoptée.

Page 1