‹ Magasin universelChapitre 240 sur 320 · CONSOMMATION DE L'OPIUM DANS TOUTE L'ASIE · texte numérisé non relu

CONSOMMATION DE L'OPIUM DANS TOUTE L'ASIE

Nous avons dit (page 105) les dispositions des Indiens pour les arts; mais que pouvait l'industrie stationnaire de ce peuple contre les manufactures européennes soutenues par les sciences? Dans celle lutte de l'abrutissement et de l'esclavage contre la civilisation unie à la liberté, les résultats ne pouvaient être incertains; l'Inde subjuguée par les aimes des Européens a été bientôt soumise à leur acuve industrie ; elle a vu s'évanouir peu à peu les principales bi anches de commerce qui avaient appelé l'étranger sur st s rivages ; les mains de ses babitans, devenues oisives, ne lra\ aillent presque plus ces belles mousselines, ces tulles de colon qui, pendant plusieurs siècles, furent recherchés dans nos contrées. Le coton récolté dans les champs du Bengale alimente les métiers de Londres et de Manchester, et rapporté dans l'Inde, il sert à l'habillement de sa population; sans doute que ces toiles, ces mousselines n'ont pas la même force, la même solidité que celles qu'on fabrique dans l'Indostan; mais la différence du prix, tout à fait à leur avantage, les a fait préférer par les indigènes eux-mêmes qui ont ainsi laissé échapper de leur mains leur meilleure branche d'industrie; cause de tant de guerres et d'injustes spoliations, elle était le seul dédommagement de la presqu'île asservie; le joug est resté, les avantages ont disparu .

L'Inde possède, outre le coton brut, plusieurs autres productions que l'Europe recherche et n'a pu jusqu'ici remplacer ; une multitude d'usines dirigées par des Anglais tirent un parti très avantageux des plantations d'indigo qui couvrent les bords du Gange 'et de l'Ougly. Le beau bleu qu'elles fournissent en quantités énormes est consommé par nos manufactures, mais celle abondance même, surpassant quelquefois les besoins annuels du commerce, enrichit et ruine tour à tour les propriétaires des indigoteries. L'année 4820 leur a été fatale; ils ont perdu une grande partie des bénéfices fails pendant les saisons précédentes.

La récolte de l'opium ne donne pas les mêmes inquiétudes ; le monopole en appartient à la compagnie des Indes, <] ni lui conserve toujours le même prix élevé. Celle marchandise précieuse est le produit du pavot; on l'obtient en faisant, après la chute des (leurs, une légère incision à la partie inférieure de la pomme qui renferme les graines; la liqueur qui en découle est recueillie avec grand soin chaque matin, puis, après avoir subi plusieurs préparations, clic prend la consistance d'un onguent gluant. onctueux, d'une couleur brune rongea tre, conservant toujours la forte odeur du pavot ; plus la substance est fine au toucher, plus la qualité est supérieure ; ainsi préparée elle

est mise en houles de la grosseur d'une forte orange ; quarante forment une caisse qui, fermée el Bcellée du sceau de la compagnie, ne peut être ouverte que parles consommateurs.

L'opium remplace dans toute l'Asie , et même dans la

Turquie d'Europe, les liqueurs fortes, dont l'usage est défendu presque partout par la religion. Fumé comme le tabac, il jette dans une ivresse que les songes les plus doux, les plus rians, rendent délicieuse; l'ambitieux rêve les honneurs, le voluptueux tous les plaisirs qu'il aime; mais le réveil est affreux ; les forces sont épuisées , l'affaiblissement de toutes les faculiés succède à l'excitation du cerveau, un découragement profond remplace le bonheur idéal évanoui avec l'ivresse; cependant le souvenir en reste et ramène bientôt aux mêmes excès. Le teint hâve les yeux éteints , le corps décharné el sans force du fumeur d'opium, offrent le hideux spectacle de l'homme plongé dans les derniers excès de l'ivrognerie; comme lui, il cherche à oublier, dans l'anéantissement de ses facultés , la dégradation où il est tombé , et finit par mourir misérablement.

Les grands droits imposés de tout temps sur cette dangereuse substance ont formé un des principaux revenus des princes et des pachas asiatiques ; le compagnie maîtresse de l'Inde a si.ccédé aux anciens souverains; elle relire de cette branche de commeice des revenus considérables.

On estime à quinze mille le nombre de caisses qui sortent annuellement de l'Inde anglaise, aux prix de six cenls piastres (5,150 fr.) chacune ; elle sont vendues au commerce particulier , qui les porte en Chine , où l'opium est nonseulement de contrebande, mais prohibé] sous peine de mort. Jamais un vaisseau de la compagnie n'en reçoit à son bord.

Nôtre intention n'est pas d'énumérer ici toutes les espèces de marchandises que l'Inde fournit à l'Europe et au reste du monde; nous avons voulu seulement faire connaître les principaux objets d' exportation , auxquels j'ajouterai 'le salpêtre, dont les bàtimens prennent de grandes quantités pour compléter leurs chargemens.

Un Fi ançais a envoyé dernièrement de Constantinople, à l'Institut, les renseignemens suivans sur la culture et le commerce de l'opium dans ,1'un des pachalicks de l'Asie mineure, celui de Kara-Hissar.

La culture du pavot dans le pachalik dont la ville de Kara-Hissar est le chef-lieu, s'élend aussi dans plusieurs provinces voisines ; on commence à la rencontrer dès qu'on a franchi les montagnes de Kedous (de l'ancienne Phrygie Epiciète).

La température de ces contrées est assez peu élevée ; l'hiver, il n'est pas très rare de voir la neige rester plusieurs mois sur la terre. On y trouve des plantes qui naissent à l'état sauvage dans des contrées moins voisines du tropique, mais qui son! cependant l'indice d'une zone tiède, tels que l'agave, le cactus, elc, plantes qui pullulent en Corse, en Italie, et jusque dans le midi de la France.

Pendant quelques mois, le thermomètre, à la vérité, s'élève jusqu'à vingt-cinq ou trente degrés. Cette élévation n'a point d'influence sur la production de l'opium , attendu que la chaleur cesse au mois de juin. Une condition nécessaire pour assurer la qualité des produits et l'abondance de la récolte, c'est l'absence de pluies fortes ou continues pendant la dernière moitié de mai ou en juin, parce que l'eau fait couler l'opium; or une seule pluie, soutenue pendant quelques jours, peut' ruiner toute ^i\c récolte.

On commence en décembre à travailler la terre par le moyen du boyau. Lorsque les terres ne sont pas si fortes que celles de Kara-Hissar, on emploie la charrue.

La graine de pavot se sème connue le blé, et, réglant le mouvement de la main par celui du pied, on a soin de semer clair, \u-si nue oque de graine suffit pour ensemencer seize cents mètres carrés (l'oque vaut deux livres el demie.)

Tics peu de jours après que la fleur est tombée, On fend

horizontalement la tôle du pavot , mais en ayant soin que

la coupure ne pénètre pas à l'intérieur de la coque. Il en sorl aussitôt une substance blanche qui s' croule en larmes des bords de la coupure. On laisse le champ en cet étal toute la journée et toute la nuit. Le lendemain, avec de

larges couteaux , on va recueillir l'opium autour des têtes du pavot; il a déjà acquis une couleur brune qui augmente à mesure qu'il se dessèche.

Une tête de pavot ne donne de l'opium qu'une seule fois, et n'en donne que quelques grains.

Une première sophistication que reçoit l'opium vient des paysans eux-mêmes , qui , en le recueillant , ont le soin de gratler légèrement l'épiderme delà coque pour en augmenter le poids. Déjà, après cette fraude, il y a un douzième de substances étrangères mêlées à l'opium.

Ainsi récolté, il se présente sous forme d'une gelée gluante et grumeleuse ; on le dépose dans de petits vases de terre, et on le pile en crachant dans le mortier. M. Texier ayant demandé pourquoi on ne prenait pas la peine d'y jeter de l'eau , les paysans lui répondirent que cela gâterait le produit.

L'opium est ensuite enveloppé dans des feuilles sèches , et c'est dans cet état qu'il est livré au commerce.

La graine des pavots qui ont fourni l'opium est également bonne pour ensemencer l'année suivante. Autrefois, le commerce de l'opium était libre ; depuis quatre ans , le gouvernement s'en est réservé le monopole ; mais il s'est établi aussitôt une contrebande qui lui enlève à peu près le tiers du produit.

Les produits de l'année sont expédiés à Constantinople , où le gouvernement les vend sur le pied de 180 à 200 piastres Toque, qui lui revient, tous frais faits, à 80; encore les falsifie-t-il au moyen du bol d'Arménie et d'autres terres.

DU SYSTEME COMMUNAL EN FRANCE

(Troisième article. — Voyez page 206.)

Révolte de Laon. — Privilèges communaux concédés par Philippe-Auguste.

L'histoire de la commune de Laon nous paraît contenir le tableau le plus complet de la marche et du développement des garanties municipales. La ville de Laon obéissait à la seigneurie temporelle de son évêque; n'ayant aucune police , elle était le théâtre des plus graves désordres. Les nobles et leurs serviteurs exerçaient toute espèce de violence sur les bourgeois ; on levait des taxes à volonté , et ia propriété n'était point respectée. Dans Tannée 1106, Tévêché de Laon fut obtenu par un prélat normand, nommé Gaudri ; il avait parmi ses serviieurs un esclave qui devint l'objet de la haine des bons bourgeois; on raconte qu'un jour, dans le propre palais de Tévêque , il creva les yeux à un malheureux habitant de Laon; par son ordre, un autre fut assassiné en plein midi. Tant de violences soulevèrent à la lin les habitans ; ils songèrent à se conjurer pour constituer une commune; moyennant de grosses sommes de deniers, Tévêque Gaudri leur concéda des libertés municipales. Cependant , au bout de quelques mois , il résolut d'abolir la commune ; on publia à son de trompe et cri public que les habitans cesseraient d'avoir maison de ville, parloir aux bourgeois et bannière à écusson. Celle publication causa une grande rumeur; toutes les boutiques des marchands et les hôtelleries furent fermées; les bourgeois prirent les armes , et Ton entendit ce cri des conjurés : « Commune] commune! » A ce signal, de nombreuses bandes de bourgeois , armés de lances et d'arbalètes , de massues et de haches , investirent la maison épiscopale ; les nobles , qui accouraient de toutes parts pour la défendre , furent massacrés ; les bourgeois entrèrent de vive force dans le palais , en criant : Où est-il , le traître d'évêque , où est-il ? On le trouva caché au fond d'un grand tonneau , et à force de coups de hache , il ne tarda pas de trépasser ; son corps fut traîné dans la rue, et chaque bourgeois qui passait par là, lui jetait de la boue et des pierres.

Lorsque l'impulsion fut presque partout donnée , les rois cherchèrent à tourner ce mouvement à leur profit .- l'éta-

blissement d'une commune dans la terre d'un vassal était une véritable acquisition pour la couronne. Aussi Philippe-Auguste améliora-t-il successivement les institutions des villes; il affranchit les bourgeois, agrandit les privilèges, concéda de larges libertés. C'était dans sa politique. Il attirait à lui l'homme des communes pour pouvoir résister à la puissance féodale. Louis VII avait accordé une commune aux habitans de Soissons; mais des difficultés s'étaient élevées par rapport à la juridiction et aux privilèges de Tévêque. «Or, écrivit Philippe-Auguste, on veillera à ce que dans l'enceinte des murs et des tourelles de Soissons chacun prête secours à l'autre; les habitans seront tenus de faire crédit à Tévêque pour le poisson et la viande pendant quinze jours; s'il ne paie pas après ce temps, ils pourront s'en prendre sur ses biens. Les hommes de la commune devront demander à leur seigneur la permission de se marier ; si le seigneur la refuse , ils pourront néanmoins le faire moyennant huit sols d'amende. Les jurés de la commune se saisiront de tout homme qui aura fait injure à un autre ; si celui qui a fait le dommage se réfugie sur la terre d'un seigneur, les hommes de la commune doivent s'adresser à ce seigneur et dire : Beau sire, rendez-nous celui qui a fait injure à l'un de nos hommes; et si le seigneur le refuse, la commune pourra lui déclarer la guerre- Si Tévêque veut maintenir dans la ville quelqu'un qui aura forint à la commune, les habitans pourront l'en expulser. Aucun citoyen ne pourra prêter de l'argent aux ennemis de la commune; les jurés promettront sur l'Evangile de ne jamais déporter personne hors de la cité par haine ou ressentiment. Dans les murs de la ville, aucun citoyen ne pourra être arrêté, si ce n'est de Tordre des jurés. » — « Notre très cher père, ajoute Philippe- Auguste dans une charte postérieure, a donné une commune aux bourgeois de Châieau-Neuf, et leur a promis qu'il n'exigerait d'eux aucun argent, soit par rapine, soit par toute autre violence. Nous confirmons ces coutumes, et nous voulons de plus que les bourgeois choisissent dix prud'hommes en chaque année pour gérer les affaires de la commune. » — « Ceux qui demeureront dans la ville de Chaumont seront exempts de (ouïe taille et impôt injuste; il y aura commune en la cité et faubourg , et si quelqu'un , châtelain ou prélat, fait tort aux bourgeois, ils pourront s'en venger en armes. Toutes les dépenses municipales, telles que la garde, les chaînes des ponts-levis, l'entretien des fossés, seront supportées en commun, de manière que les moins riches contribuent le plus faiblement possible et qu'on exige le plus de ceux qui possèdent de grands biens. »

On voit avec quelle sollicitude Philippe-Auguste règle le droit des habitans; en agrandissant la sphère de leurs libertés , il élève une barrière contre la puissance des seigneurs. Lorsque la cité avait obtenu de son seigneur certains privilèges particuliers, le roi en devenait gardien fidèle et le conservateur de droit. C'est ainsi que le duc de Bourgogne, ayant pendu avec le licol d'une mule Gautier-le-Borgne, de Dijon, coupable du crime de fausse monnaie, contrairement aux droits de la commune , qui attribuaient la punition du faux monnayage aux Jurés , le sire duc fut obligé, par le roi, de jurer sur l'Évangile qu'il se conformerait dans l'avenir au texte de la charte communale.

Il y avait donc véritable effervescence pour les libertés bourgeoises; partout serfs et manans prenaient les armes pour reconquérir cette indépendance que l'action d'un système violemment, oppressif leur avait enlevée; le cri de commune se faisait entendre dans les cités, dans les bourgs , autour des manoirs. Aussi voit-on le pouvoir royal craindre pour sa propre sécurité : il ne favorise plus aussi fortement ce mouvement de liberté; il réprime même les tentations trop violentes d'émancipation. En 1 199. Philippe- Auguste cassa la commune d'Etampes, pour les injures et oppressions que les citoyens faisaient endurer aux gens d'église et de guerre; à l'avenir tous les habitans durent contribuer aux tailles, suivant le bon plaisir du roi; toutes

choses devaient rentrer clans le même état existant avant la création de la commune.

Ces cas de répression sont cependant très rares; ce n'était qu'avec répugnance qu'ils étaient employés par les rois qui cherchaient alors, par toutes sortes de concessions, à se rendre favorable la population des villes. A. Mazuy.

L'ELECTRICITE On a remarqué depuis long-temps les phénomènes qu'offrent le diamant, le verre, le soufre, l'ambre et plusieurs autres corps, lorsqu'on les frotte, soit avec la main bien sèche, soit ave de la laine, on enfin avec un morceau de soie.

vE)lel de la foudre dans les montagnes.)

Ces corps frottés attirent vers eux le duvet et les petits fragmens de papier ou de paille qu'on leur présente. Pendant long-temps on ne fit relie expérience qtte sur de petits morceaux de soufre, d'ambre , etc., et on ne vit là qu'un objet d ■ curiosité; mais, plus tard, on les remplaça par des boules de soufre d'une assez grande dimension , par des lames de verre d'une large surface, et alors on put remarquer certain* s circonstances qui jusque là avaient été à peine entrevues : une lueur se montrait sur le coips frotté nonseulement dans l'obscurité, mais même en plein jour ; cette lueur était accompagnée de pëtillemens, et en approchant le doigt ou un morceau de métal des objets frottes, une élince le en partait, semblable à un petit éclair. Des physiciens ont attribué ces effets à une matière extrêmement sulilile qui se jouerait à la surface îles emps, et pourrait passer de l'un à l'autre; ils lui ont donné le nom A'éhctricilê. Ils ont ensuite établi des machines dans lesquelles on peut amasser de grandes quantités d'électricité, qui produisent les effets suivans :

Quand on fait [tasser rapidement cette matière subtile suide la poudre, du colon saupoudré de résine, de l'esprit-devin et beaucoup d'autres matières inflammables, elles prennent feu à l'instant. Par l'électricité on peut encore rougir et même foudre le fer percer le bois, le verre, et les réduire en éclats. Des corps d'un certain poids peuvent être attirés et ensuite lances au loin; les métaux eux-mêmes peuvent être brûlés cl disparaître en fuince.

Or, ce sont là précisément les effets du tonnerre. Aussi les physiciens n'ont-ils pas hésité à admettre que ce terrible phénomène était dû à la matière électrique. Un Américain célèbre, nommé Franklin, ayant le premier voulu s'assurer du fait, lança vers un nuage orageux un cerf-volant armé d'une baguette pointue en métal. Bientôt il vit l'électricité du nuage passer par la pointe métallique, qu'elle rendait toute brillante, et descendre le long de la corde du ctrf-volant. Lorsqu'elle fut parvenue à l'extrémité que tenait Franklin , elle agit sur les corps légers qu'on approcha comme l'aurait fait celle d'une machine électrique.

Plus tard, une expérience semblable a été faite en France, en entourant la corde du cerf-volant avec un fil de métal. Comme l'électricité se propage plus facilement par les métaux que par le chanvre, elle descendit du nuage en abondance, et si les physiciens n'avaient pas eu la précaution de fixer l'exiréniité de la corde à terre et de se tenir à distance, ils auraient été tués infailliblement par les éclairs qui s'en échappaient avec un bruit semblable à celui d'un coup de pistolet, et qui avaient plus de dix pieds de longueur.

Franklin, d'«piès ses expériences, imagina de placer sur les maisons des barres de fer terminées en pointes, ([ni, comme celle dont il avait armé son cerf-volant , soutiraient l'électricité des nuages- Il lit communiquer ces liges de métal avec une suite de tringles qui descendaient le long des maisons, et conduisaient le tonnerre dans la terre. Ces appareils ont été appelés paratonnerres.

Souvent, par un temps orageux et dans l'obscurité, on aperçoit à leur extrémité supérieure une aigrette lumineuse qui n'est autre chose que l'électricité.

Parmi les animaux qui sont couverts dé poils, il en est qui laissent dégager beaucoup d'électricité lorsqu'on les frotte avec la main ou de toute autre manière : tels sont le chat et les chiens épagneuls; à l'instant où la main passe rapidement sur leur dos, on entend un certain pétillement qui, dans l'obscurité, est accompagné d'étincelles. Si on frotte avec une peau de chat une personne placée sur une planche que l'on aura séparée du sol par plusieurs bouteilles de verre, on pourra, en approchant le doigt de sa ligure , de ses mains et de toule autre partie de son corps, en tirer des étincelles électriques. Il faudra seulement que les bouteilles soient placées debout.

Au moyen des machines électriques, les physiciens peuvent produire des convulsions chez les animaux morts; on voit ces derniers remuer les memb es , ouvrir les yeux , comme s'ils étaient encoie doués de la vie. En sans inverse on peut par une décharge électrique paralyser subitement ou même frapper de mort, non seulement de petits oiseaux, mais encore des animaux d'une assez grande taille.

Ph

( Antilope Onott. — Voir la i" page de ce numéro).

LES BUREAUX D'ABONNEMENT ET DE VENTE SONT rue de Seine-Sainl-Germain, u" p,

REIMS. — Premier article.

(Vue du portail de la Cathédrale de Reims.. )

La cathédrale de Reims doit non-seulement aux sacres des rois qui ont eu lieu dans son enceinte mais aussi à son caractère architectural et à la richesse de ses ornemensja célébrité dont elle jouit.

Au lieu qu'elle occupe ont existé jadis deux autres temples beaucoup moins vastes et moins beaux, dont le dernier était flanqué de tours et rempli de créaairix comme une TOME IL —Juillet i835.

citadelle. L'incendie'qui dévora, en 1210, une partie delà ville de Reims, détruisit aussi la cathédrale et sa reconstruction fut entreprise deux ans après ce désasire par le fameux architecte Kobert de Concy. Ce travail colossal demanda trente ans pour son exécution; et Robert mit l'église dans l'état où nous la voyons maintenant, sauf quelques changemens survenus à la croisée et à quelques sup-

pressions de détail qu'on a effectuées lors du sacre de Charles X.

Ce temple dont la façade rappelle celle de Notre-Dame de Paris, a quatre cent quarante pieds environ de longueur, quatre-vingt-treize de largeur et deux cent cinquante pieds de hauteur depuis le pavé de l'église jusqu'au sommet des tours. La croisée est large de cent cinquante pieds et quelques pouces.

Le portail est composé de trois arcades dont la plus large et la plus haute est celle du milieu, et de de--x lïonteaux chargés de figures. On y a suivi le système pyramidal. L'ouverture de celle du milieu e>t de quatre-vingt-cinq pieds. Ces arcades sont remplies de statues dont les premières, à partir du sol, ont sept pieds et demi de hauteur. Le portail contient en tout plus de cinq cent trenie statues de diverses grandeurs. L'arcade gauche représenta la pa sion; la droite, le jugement dernier, et celle du milieu le couronnement de la Vierge. Entre les tours, au-dessus de la rose, est la représentation du baptême de Clous , et plus bas , celle du combat de David avec Goliath. Au-dessus de la porte d'entrée, est indiqué un mira le de Saint- Rémi. On voit le saint ressusciter un homme qui avait légué ses biens à l'église, et dont les héritiers contestaient la donation; le mort vient rendre témoignage du fait.

Les tours se terminent par une espèce de bonnet carré. Chacune d'elles a vingt-quatre pieds de côté. La plus basse des deux, celle du midi, renferme la fameuse cloche Charlotte, du poids de vingt-trois milliers, dont l'harmonie n'a aucune dissonnance. En 1793 elle a été respectée, ainsi que deux autres, par la révolution, lorsque, pour nous servir de l'expression poétique de l'auteur de JSèinêsis :

Le plomb des vieux châteaux , les toits des cathédrales, Sous ses ardentes mains se transformaient en balles...

On monte à ces tours par un escalier de deux cent quatre-vingts marches. La toiture de l'édise est entièrement couverte de plomb. La charpente colossale de ce bâtiment est regardée généralement comme faite en bois de châtaignier; mais un célèbre naturaliste assure que ce bois n'est autre que celui du chêne à gros glands , dont la structure ressemble assez à celle du châtaignier. La même observation s'appliquerait à la plupart des anciennes étclists de France. Au milieu de la croisée est une horloge à deux carillons, l'un pour l'heure, l'autre pour la demi-heure. Le premier chante les airs des hyiimes des différens temps de l'année.

A l'extrémité de la toiture opposée aux tours est un clocher haut de près de soixante pieds, sur la flèche duquel est posé un ange en laiton doré haut de six pieds. Autour du clocher sont huit statues gigantesques, qui représentent des personnages marqués du dernier supplice. On croit qu'elles font allusion à la révolte des Rémois contre l'évêque Gervais au xie siècle, et à leur punit ion. L'une des figures porte des marques de flétrissure; l'autre tire de l'argent d'une bourse; plusieurs autres, percées de coups, présentent des livres ou rôles d'impositions, qui paraissent être la cause de leur malheur. Il y avait autrefois des figures semblables , nues et en chemise, dans le cœur de la cathédrale.

A la voûte de l'une des deux portes que l'on voit à la partie latérale gauche, sont un grand nombre de petites statues de pécheurs et de démons, qui regardent d'un œil moqueur le martyre de saint Nicaise et les miracles de saint Rémy. Parmi ces démons, il en était plusieurs qui tenaient des postures fort indécentes, et que les chanoine, de l'église firent mutiler peu de temps avant la révolution.

La cathédrale est éclairée par mie multitude de fenêtre

dont la plupart ,|,s vitraux sont peiols et par quatre roses. Rien n'égale la magnificence de la rose du portail, de la

galerie vitrée située au dessous, et de la petite rose placée dans l'enfoncement pratiqué au dessous de celle dont OOU9

Page 1