V- nous d« parler
La réunion de ces vitraux produit un effet admirable, surtout lorsque placé au centre de la nef on en considère l'ensemble au moment du coucher du soleil.
L'orgue de l'église est nn chef-d'œuvre, il a trois tuyaux de trente-huit pieds de hauteur et compte vingt-quatre jeux. Il était servi anciennement par douze soufflets.
Le peuple de Reims assure (pie la cuve des fonts baptismaux à servi jadis au baptême de Clovis.
A l'époque de la révolution, la cathédrale de Reims fut menacée d'une ruine complète. On allait la mettre en vente à Châlons lorsqu'un rémois proposa d'y établir un club républicain. Cette idée fut adoptée et sauva ce magnifique monument que des vandales auraient peut être démoli pour en vendre les matériaux ou que du moins ils auraient délabré.
Napoléon consacra des sommes importantes à la réparation de la cathédrale de Reims; la restauration suivit cet exemple, et quand il fut quesiion de sacrer Charles X, on y fii encore quelques changemens. Quelques-unes des nombreuses statues qui garnissent les murs pouvaient, disait-on, tomber au moment de ladéchaige des pièces d'artillerie et de l'ébranlement des cloches; on les jeta à terre; l'intérieur de l'église fut blanchi et la voûte fut peinte en bleu avec des fleurs de lis en or, comme cela se pratiquait dans les églises de fondation royale. Ce blanchiment a eu pour effet de faire parahre le temple plus petit en rapprochant les murailles; quant à celui que produit la voûte azurée, il est comme on peut bien le penser, tles plus détestables.
Nos lecteurs savent que pour bàiir les grands édifices consacres au culte, le clergé ajoutait à ses revenus les aumônes qu'il quêiait de toutes puis et le produit des indulgences. Les chanoines de Reims, après avoir fait bâtir deux villages, Mauhert Fontaine, et Mariemont , s'occupèrent de- moyens de pourvoir aux dépenses iju bâtiment de la cathédrale, et résolurent d y faire contribuer tout le diocèse; ils pilèrent Anselme, évèquede Laon, de publier un mandement où il ordonnerait au cleige et au peuple de toutes les paroisses de son diocèse, de recevoir processionnellemrnl les envoyés du chapitre, de chômer comme une fèie le jour de leur arrivée, et défaire l'office dans les lieux où ils .séjourneraient, lors même qu'il y aurait interdit. L'évêque dont le diocèse était déjà surchargé, se borna à offrir de simples lettres de recommandation.
Les chanoines méconlens eurent recours à l'archevêque, et d'après son ordre envoyèrent leurs quêteurs faire solennellement la collecte dans toutes les paroisses, sans s'embarrasser du refus de l'évêque. Ceux-ci se présentent à Guignicourt, à Prouvais, à Neuf-G'àtel ; mais les cures, certains d'être appuyés par leur évêque, refusent de les recevoir. Cités devant le métropolitain , ils répondent qu'ils n'ont d'autre juge naturel que leur évêque.
L'archevêque de Reims les fait citer par Robert, abbé de la Varoy , et interdit leur évêque , s'ils ne comparaissent sous trois jours. Il va même jusqu'à interdire le curé de Guignicourt et les autres curés.
Ceux-ci appellent d'une sentence si peu canonique an pape Ihmoriiis. Le pape délègue trois chanoines pour s'informer des faits, et sur leur i apport, il ordonne à l'archevêque de Sens de lever les censures prononcées contre révoque et les curés; il blâme le métropolitain d'avoir agi contre les règles et outrepasse son pouvoir.
Le cloître de la cathédrale était un lieu de franchise, et
GCUX qtlî s'y reliraient ne pouvaient être pris par les officiers de l'archevêque, et encore moins par ceux du roi. En I |6S, un sergenl royal s'elaiit avisé de prendre un voleur dans la cathédrale, fut pendu a la place du voleur pour avoir viole la franchise.
Au xtV siècle, dans le temps OÙ Ie8 archevêques cherchant à retenir un pouvoir qui leur échappait, luttaient contre l'asrend ml des communes, et lequel tramer en lison les bourgeois trop remuans, on avait imagine un
moyen singulier et facile de réhabiliter la mémoire des prisonniers, quand, venant à mourir en prison, on reconnaissait trop lard leur innocence. Les officiers de l'archevêque rendaient aux parens le corps de l'accusé, ou à son defaul une figure qui le représentait. On publiait alors sa justification; on rendait à sa figure les honneurs qu'on lui aurait rendus à lui-même, jusqu'à ceux de la sépulture ecclésiastique. Comme on le voit, les juges et les officiers de l'archevêque, quand ils avaient commis une injustice, en étaient quilles à bon marché. Aussi leur arrivait-il souvent de satisfaire leur haine particulière, et de laisser périr de misère les citoyens qu'ils avaient incarcérés-. Les échevins obtinrent enfin que l'on ne put s'emparer d'iin bourgeois sans motiver le crime dont on l'accusait. En 1424, il existait à Reims ainsi qu'à Paris linë coutume qui sans doute dura peu. On noyait les condamnés à mort.
Au milieu du xvie siècle, il y avait à Reims rin Usage plus bizarre et plus singulier que tous ceux qu'on suivait ailleurs dans les fêles religieuses- Le mercredi, saint après les ténèbres, tout le clergé de la cathédrale allait faire une station dans l'église Saint-Rémi. Précédé de la croix, les chanoines, rangés sur deux files, comme dans les processions ordinaires, traînaient derrière eux un hareng attaché à une corde. Celte cérémonie s'appelait la procession aux harengs. Chaque chanoine s'efforçait de marcher sur le hareng de celui qui le précédait, et n'oubliait rien pour empêcher celui qui le suivait de marcher sur le sien. Le chapitre fit plusieurs réglemens contre ce désordre. On ne put l'arrêter qu'en supprimant la procession.
Le jour de Pâques , après la messe, les chanoines de la cathédrale se rendaient processionnellement dans le' cloître, où ils trouvaient sur une lable un agneau rôti. Après que le semainier l'avait béni, chacun, au hasard de se brûler, en prenait sa part avec les mains , et la mangeait à l'instant. Pendant ce repas précipité, le bas chœur chantait l'antienne Hœcdies. C'est de là qu'est venu l'usage d'appeler hœc dies les mets que l'on servait à ses parens et à ses amis dans le temps de Pâques.
Il ne faut pas croire que personne ne s'opposât à ces usages, toul-à-fail contraires au véritable esprit de l'évangile. « En 1583, un concile provincial de Reims défendit absolument de représenter aux jours de fêle de notre seigneur et des saints, sous prétexte de quelque coutume que ce fût, aucun jeu de théâtre, ni aucun badinage ridicule, qui pût souiller l'honneur et la sainteté de la maison de Dieu. Il voulut ensuite que ceux qui le feraient fussent punis par leurs supérieurs. »
Il ne sera peut-être pas inutile de remarquer que les deux villes où l'on trouve le plus de ces usages bouffons sont Reims et Dijon, toutes deux capitales des contrées qui produisent les vins les plus stimulans de France. A Dijon , il y avait une compagnie de la Mère-Folle , dont le sceau était la Folie tenant une marotte à la main.
Dans ces siècles d'ignorance, on voit se joindre à l'indulgence pour les désordres les plus crians, des punitions indécentes et une sévérité excessive pour des manquemens légers. En 4 174, le pré\ôt fit discipliner (fouetter), en plein chapitre, Rothard, archidiacre, nommé à l'évêché de Châlons et parent du roi de France, parce qu'il s'était trouvé à une cérémonie religieuse sans son habit de chœur. Rothard remercia hautement le prévôt de sa sévérilé.
En 4203, un nomnfé Gérard , prévôt de l'archevêque , avait porté alteinte à l'autorité des chanoines en arrêtant un bourgeois de leur ressort. Le chapitre , pendant la vacance du siège , se vengea cruellement. Il fil le procès au prévôt,, qui parut en chemise dans une procession générale, le carcan au cou, nu-pieds , et reçut la discipline des mains du semainier. Les flagellations étaient alors fortcommunes.
A la suite d'une révolte , le chapitre de la cathédrale ayant été obligé de se réfugier à Cormicy, il exigea , quand l'ordre fut rétabli, que les citoyens les plus coupa-
blés assistassent trois dimanches de suite à la procession en chemise, nu-pieds, une torche à la main, et fussent disciplinés par le semainier. Un député subit la même punition dans toutes les églises cathédrales suffragantes. Pendant qu'on fustigeait les pénilens, ils étaient obligés de dire : « C'est ainsi que nous réparons l'injure faite à l'église de Pieims. » Cet acte et plusieurs autres prouvent assez que le pouvoir du chapitre à Reims était au moins égal à celui de l'archevêque.
Il y eut à Reims, en 1148, un hérétique d'une espèce toute particulière. Il se nommait Eon, et en entendant chanter dans l'église : Per eum qui venturus est judicare vivos et mortuos. il alla s'imaginer qu'il était cet Eum {Eon) qui doit venir juger les vivans et les morts, et, ce qu'il y a de pis, il le persuada à des parti-ans assez enthousiastes pour braver les lois et les supplices. Il parut devant un concile présidé par le pap* Eugène, et composé de onze cents laïques. Eon fut condamné à être renfermé dans une tour attenant à l'archevêché, et qiii porta le nom d'Eon jusqu'au moment où elle fut détruite par l'archevêque Le Tellier, à là fin du xviie siècle.