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rique méridionale, penrlant un séjour de dix années dans cette partie du monde. Nous en citerons quelques extraits, choisissant de préférence ceux où le caractère et les mœurs des races diverses établies an Cap sont dépeintes avec une franchise aisée et spirituelle.
« Les colons hollandais ont la taille élevée , les épaules larges et les membres massifs. Leur disposition à prendre de l'embonpoint est tellement générale, que, dans leurs idées, il ne peut plus y avoir, sans embonpoint, ni santé, ni beauté. Lorsqu'un Hollandais parle d'une femme dont il veut faire l'éloge, il a soin de remarquer qu'elle est dik en vet, grosse ei grasse.
«A ce compte, Marlinus Botha aurai! été le plus bel homme, ou du moins le mieux pourvu de toute la colonie. C'était un monstre d'obésité. Durant plusieurs années , il n'avait pu se coucher dans un lit, de peur d'y suffoquer. Sa graisse lui pendait au-dessous du menton sous forme d'un sac énorme, et retombait le long de ses jambes jusque sur ses souliers. Voici dans quelle circonstance je l'ai connu.
« La coutume au Cap est d'enlerrerlesmorls très prornptement. Aussi les gens âges font-ils communément préparer des bières qu'ils gardent dans leurs maisons, soit pour leur propre usage, soit pour celui des voisins dans un cas d'urgence. Celle explication élait nécessaire avant d'en venir à la visite que Marlinus Bolha rendit à la ferme de mon frère.
« Un jour donc il arriva avec deux de ses fils. D'abord ils s'assirent; puis, après avoir avalé une copieuse rasade d'eau de-vie, le père prit la parole : il se sentait malade, nous dit-il; l'hydropisie dont il était atteint ne le mènerait pas bien loin ; il fallait donc songer à se procurer une bière. Mais, ajouta-t-il, aucun voisin n'en possèile qui soient proportionnée à ma corpulence , et dans mon embarras , j'ai recours à vous. — C'est vrai , père , ce que vous dites là , ajouta un des deux jeunes gens, dont la figure resta tout impassible.
« Mon frère occupait deux charpentiers à la fabrication de divers meubles qu'il vendait ensuite aux fermiers. Je conduisis notre hôte à leur atelier.
| « L'un d'eux , James Learmouth , petit Ecossais à l'œq vif et malin, était tout à son travail, s' accompagnant d'une de ces chansons nationales auxquelles la naïve poésie de Burns et leur rliylhme bizarre prêtent ii ne physionomie si caractéristique. C'était, au sein de l'exil, un souvenir de la terre natale. Mais notre arrivée interrompit le chanteur.
« Dès que le corps énorme de Martinus lui eut intercepté le jour en se posant sur le seuil de la porte , James se leva , et, venant à notre rencontre, s'adressa au colon dans un jargon où le hollandais corrompu et le patois écossais étaient curieusement amalgamés.
— Gœ'n dag (bonjour), Mynheer Botha! Comment vous ya aujourd'hui?
— Je viens, répondit Martinus, pour commander une bière.
— Bien sûr, je puis faire cela pour vous obliger ; mais à qui la destinez-vous?
— A moi, donc.
— Oni dà! Il faudra la faire de taille alors... Voyons; Couchez-vous là sur ce lit, et je vais prendre votre mesure.
« Tout en parlant , le rusé Ecossais me lança un regard significatif, comme pour me faire entendre que la chose était plus facile àdemanderqu'à exécuter. Cependant, avec l'assistance de se> fils , le vieux fermier, aprè- s'être assis sur le bord du lit, y fut graduellement couché tout de son long, au grand danger du chef-d'œuvre de James, qui craqua plaintivement sous le poids inusité qu'on lui imposait.
« Les souffrances du pauvre Bolha étaient grandes aussi. N'eût été la dextérité du charpentier à mesurer ses vastes dimensions, il eût étouffé sur la place. Tout le temps qu'il conserva cette position horizontele, sa respiration cessa ;
mais dès qu'il se fut relevé et redressé, l'air trouva enfin un passage, et s'exhala avec le bruit que fait un marsouin en venant à la surface de l'eau.
« Quand Martinus fut parvenu à recueillir ses idées, il donna ses dernières instructions à l'ouvrier.
— Ecoute , James , il faut que ma bière soit bien spacieuse, car je gonflerai beaucoup après ma mort. — Il sortit pour regagner son charriot; mais son fils resta, et enjoignit à l'Ecossais de bien ajuster les planches afin de ne point laisser de fentes; — car, observa-t-il avec sang-froid, papa pourrait bien se sauver après sa mon. »
Après cette anecdote caractéristique, vient un tableau qui ne l'est pas moins. Durant une de ses tournées dans la colonie, le lieutenant Moodie arrive dans une ferme hollandaise.
« Après avoir donné au fermier des nouvelles du Cap, nous lui racontâmes plusieurs particularités curieuses sur l'Angleterre. Son admiration en fut excitée au point de toucher à l'incrédulité. Dans ce moment, les autres membres de la famille entrèrent. Ils nous serrèrent la main, les uns après les autres, accompagnant celte cérémonie de leur souhait national : Gœ'en avond; puis ils s'assirent en silence, nous regardant avec des yeux immobiles. Seulement, lorsque mon frère (il avait la parole) leur apprenait quelque chose de neuf et d'intéressant , notre hôte, qui^omme tous ses compatriotes, était un excellent auditeur, s'écriait : Alamagtig, mynheer, dut if> dog uonderhk ( Dieu tout puissant, Monsieur ! c'est pourtant merveilleux). Alors aussi les jeunes gens tournaient la tête , s'entreregardant avec étonnement , mais sans que jamais aucun sourire déridât leurs traits.
Une esclave interrompit cette espèce de conversation. Elle apportait un large baquet d'eau chaude, où elle se mit à laver les pieds de toute l'assemblée, hommes et femmes, chacun à son lour. En même temps, le chef de la famille prit une bouteille et un verre sur des tablettes creusées dans le mur, et se prépara à verser pour min frère une soupie ou une rasade d'eau-de-vie; mais il fnt arrêté par une réflexion subite. Sans doute il se rappela quelles étaient les habitudes raffinées de ses hôtes, et, levant le verre à la hauteur de la chandelle, il découvrit, ce qu'il avait sans doute soupçonné, que, ce vase n'était pas suffisamment propre. Alors, sans balancer, il le plongea dans le baquet d'eau crasseuse, et l'essuya ensuite avec un coin de sa cravate. Comme on peut le supposer, après celte étrange manifestation de propreté, nous refusâmes à la grande stupéfaction du fermier, son offre et son eau-de-vie. »
Si les Hollandais du Cap n'ont pas transporté dans cette colonie la propreté qui passe pour la vertu de leurs frères d'Europe, du moins sont -ils recomniandables par l'hospitalité la plus franche et la plus cordiale.