DE L'AIR
Lorsque nous agitons rapidement la main en la tenant ouverte, ou lorsque nous courons avec vitesse, nous éprouvons sur la peau une sensation qui nous indique la présence d'une matière subtile. Malgré sa résistance, elle se laisse si facilement traverser, qu'au premier abord on croirait qu'elle n'existe pas; mais il arrive alors ce qui se passe dans l'eau lorsque nous nous y mouvons : voyez un nageur; pour avancer, il est obligé de déplacer l'eau , qui revient sur elle-même derrière lui. Cette matière subtile, dans laquelle nous sommes plongés, a reçu le nom d'air. On reconnaît sa couleur, lorsque , par un beau temps, en l'absence des nuages, la vue peut s'étendre jusqu'au ciel. Cette couleur est ce bleu qui peut faire croire à bien des gens qu'il y a une immense voûte au-dessus de nos têtes. Quand il se forme des nuages, la couche d'air qui existe entre eux et nous est trop faible pour que nous puissions apprécier celte couleur.
L'air ne s'étend qu'à quinze lieues de hauteur environ autour de la terre : au-delà est le vide. Les physiciens ont trouvé le secret de priver entièrement d'air des vases dont l'intérieur est alors dans le même état que l'espace qui s'étend au-delà des limites de l'air jusqu'aux étoiles. Si l'on place dans ces vases privés d'air une chandelle allumée ou tout autre corps enflammé, ils s'éteignent à l'instant; un animal que l'on y introduit est bientôt privé de la vie, par suitede l'absence de l'air qui est nécessaire à sa respiration.
A mesure que l'on s'élève sur les montagnes, l'air devient de plus en plus rare et de plus en plus froid. Aussi , lorsqu'on parvient à une certaine hauteur, on se trouve au milieu des nuages, et dans la région où se forment la pluie, la neige et la grêle.
Toutes les petites particules dont l'air est composé tendent continuellement à s'écarter les unes des autres , et sont comme poussées par des ressorts qui seraient interposés entre elles. De là cette tendance de l'air à pénétrer partout, à s'échapper dans toutes les directions, et à presser tous les corps que ces particules rencontrent. |
On se demandera sans doute pourquoi, en vertu de cette force, l'air ne va pas toujours en se raréfiant, cl reste renferme dans un espace de quinze lieues autour de la terre; c'est que . comme tous les corps, il est attire par elle. Ce
poids de l'air peut être démontré en mettant dans une balance une boule creuse en verre , que l'on pèse d'abord pleine d'air, et ensuite après y avoir fait le vide , ainsi que nous l'avons dit précédemment. On trouve dans ce dernier cas que la boule est moins pesante.
La force de ressort de l'air s'exerce sur le corps de l'homme comme sur tous les objets qui y sont plonges; elle le presse avec une force égale au poids d'une colonne d'eau de trente-deux pieds de hauteur qui appuierait sur tous les points de ses membres, de sa tête, de sa poitrine, etc. Il semblerait qu'une masse aussi considérable devrait écraser celle-ci; mais l'air qui pénètre dans son inléi ieur par la respiration, y exerce une pression opposée à celle du dehors.
Nous avons dit que l'air tendait à pénétrer partout ; il s'insinue, en effet, dans l'eau, à laquelle il donne un goût agréable. Lorsqu'on fait chauffer de l'eau, on voit cet air s'élever en bulles, quioccasionent un petit bouillonnement: si on la boit, après l'avoir laissé refroidir, on trouve que son goût est devenu fade, et provoque le vomissement. C'est donc à la présence de l'air dans l'eau qu'il faut attribuer cette saveur, cette fraîcheur, qui sont nécessaires à la digestion.
Si l'on insuffle de l'air dans une vessie, et qu'on en ferme le col hermétiquement, en appuyant sur elle, on sera repoussé comme par un ressort. Aussi a-t-on pu faire des coussins et des matelas en introduisant de l'air dans des sacs faits avec une toile préparée de manière à ne pas laisser échapper ce fluide.
On a reconnu que c'était par l'air que nous arrivaient les sons. En suspendant, par exemple, une petite cloche dans une boule creuse en verre où l'on a fait le vide, on n'entend plus le bruit de la clochette, lorsqu'on vient à l'agiter avec la boule. Dès qu'on fait rentrer l'air, le son se fait entendre de nouveau. Ainsi, quand deux personnes parlent entre elles, c'est l'air qui transmet la parole, non pas qu'il soit lancé de la bouche de celui qui parle à l'oreille de celui qui écoute , mais parce qu'il se produit une agitation tout-à-fait semblable à cille qui a lieu sur l'eau quand on y jette une pierre. N'avez-vous pas remarqué dans cette circonstance, qu'autour du point où celle-ci est tombée, il se forme des ondulations qui ss répandent en cercles à la surface de l'eau, en s'agrandissant toujours ?