SA CULTURE, SON EMPLOI
Le cotonnier croît dans les pays chauds; il est originairedu Levant et de l'Inde orientale ; on l'a transporté en Amérique êTmêrne on le cultive dans le sud de l'Europe; c'est un arbuste qui se plaît non loin de la mer , dans les lieux arrosés; il en est de plusieurs espèces ; les graines sont renfermées dans les capsules, et portent une aigrette d'un blanc éclatant, qui est le coton dont on fait tant d'usage. Cette matière bourre la capsule ; elle est mêlée aux graines qu'elle surmonte. Les Antilles, la Guiane, le Brésil , fournissent la plus grande partie du coton en consommé en Europe. Il y a des espèces d'où l'on lire deux récoltes par an ; d'autres qui produisent dès leur première année, et peuvent fructifier entre deux hivers.
Un peu avant la maturité , on cueille les capsules , et on les étale pour lés faire sécher : on'détache le coton des graines, soit à la main, ce qui est très long, soit en les passant au moulin , qui est formé de deux cylindres cannelés tournant en sens contraire par le moyen de roues et d'une pédale. Comme les surfaces de ces cylindres sont parallèles et voisines, la graine se détache et tombe. On emballe le coton et on le vend.
Le basin, le piqué, la futaine, le drap et le velours de colon, les toiles, etc., sont fabriquées avec le coton pur ou mélangé. Les étoffes du Bengale sont si fines qu'une tabatière peut en contenir plusieurs aunes de long; les calicots, percales,
mousselines , etc. , sont des tissus qui ne diffèrent que par la finesse de leurs fils et quelques procédés de f îbrication ; les bas, bonnets, mèches de lampe et de chandelle, sont faits en coton. On est parvenu à travailler cette substance de mille manières avec une si grande économie, que les colonnades sont à très bon marché. Voyons comment les filatures font usage des procédés de la mécanique pour exécuter tant de précieux travaux.
C'est principalement à Hargreaves et Arkwright, simples ouvriers anglais , sans instruction , mais créés mécaniciens par la nature, qu'on doit les inventions modernes dont nous relirons tant d'avantage. Le coton des balles est très comprimé et sali par des débris végétaux : on l'ouvre et on l'éparpillé sur une claie en cordelette tendue, où on le bat avec des baguettes. Des éplucheurs ôtent, à la main, les corps étrangers, les nœuds, etc.
Quand le fil ne doit pas être très fin, ce travail préparatoire peut être fait plus vite avec des machines nommées batteur éplucheur, el batteur étaleur. On étend le coton sur une toile sans fin, mobile entre deux rouleaux; ce qui livre la matière à descylindres tournant rapidement qui portent des haltoirs; à l'aide de la ventilaiion, on chasse la poussière et les durillons; le battage ouvre le coton, le dépouille et l'étalé sur une toile métallique d'où il sort roulé en nappe sur un cylindre.
La carde n° 177 réduit ensuite le coton à l'état de ruban. Cette machine est un tambour tournant sur son axe et dont la surface est enveloppée de cardes, à petits clous d'épingles coudés dont la pointe aiguisée est parfaitement nivelée avec l' émeri. Un autre cylindre enveloppe celui-ci et porte aussi des cardes sur la surface concave; ces pointes y sont coudées en sens contraire des premières et en sont très peu écartées. Un appareil nourrisseur amène le colon, qui est saisi entre les deux cardes et passe à l'autre extrémité du diamètre où un troisième cylindre, aussi recouvert de cardes et mobile, enlève le coton; enfin une épingle d'acier, par ses petits mouvemens alternatifs, détache la matière et façonne la nappe continue, en un long ruban.
Vient ensuite l'étirage; le ruban passe entre deux cylindres tournant comme dans les laminoirs; leurs diamètres sont inégaux et l'un est cannelé : puis de là dans un second laminoir qui va deux foisplus vite, et enfin dans un troisième qui court plus vite encore; la matière est étirée et il se fait des compensations qui donnent un beau ruban de grosseur uniforme à fil parallèle ; il en résulte un boudin qui tombe dans une lanterne tournante en fer blanc , où il reçoit un premier lord: tel est le boudinoir; il est ensuite livré à la boudineuse, machine qui le roule sur une bobine; laJenanette ou Mull-Jenny opère le filage : celte machine fait passer le boudin des bobines entre trois paires de cylindres cannelés à diamètres différens et à vitesse croissante, ce qui alonge encore le colon comme ci-devant. Au sortir du troisième de ces laminoirs , les mèches se rendent à une broche tournante pour produire le fil. Il y a trois à quatre cents de ces broches portées ensemble par un chariot mobile sur quatre roues, tantôt en avant, tantôt en arrière, sur des lignes bien parallèles. Une grande roue qu'on fait tourner communique une rotation rapide aux broches et le mouvement de progression au charriot. Le charriot recule à mesure que le fil lui est fourni par les laminoirs ; arrivé au bout de sa course , il pousse une détente qui le désengrène, et l'arrête. Au sortir des laminoirs, le fil s'est formé sous un certain degré de torsion qui le soutient : alors le fileur continue à tourner sa roue et complète la torsion, puis ramène le charriot près des cylindres, ce qui en vide le fil sur les broches, et fait partir une autre détente, pour rétablir l'engrenage comme avant, et ainsi de suile. Tous ces effets se succèdent d'eux-mêmes sans que le fileur s'en mêle. On a encore imaginé des métiers continus à filer , dont les broches sont horizontales ou verticales, des bancs à broches en gros et en fin , etc. ; mais ces détails ne peuvent trouver place ici.
Au sortir des métiers , le fil est mis en écheveanx sur un dévidoir (1) dont le contour est juste d'un mètre; chaque écheveau contient dix échevrettes de cent fils, en tout 1,000 mètres de longueur; la désignation de leur finesse se fait par un numéro qui indique combien il faut d'écheveaux pour peser une livre ou un demi-kilogramme; ainsi le
Branche de cotonnier. )
1 o 80 est celui dont quatre-vingts écheveanx, ou quatrevingt mille mètres de long, pèsent une livre.
On a imagine une pelotonneuse, machine où le coton se présente de manière à se rouler en boule et à y former un charmant réseau; c'est ainsi que sont faites ces élégantes pelotes de colon que l'on vend à si bon marché. Sans le secours de celte petite machine, le seul pelotonnage, aussi habilement arrangé, coûterait mille fois plus que le colon même, et ne serait jamais aussi bien disposé.
LE CONDOIl.
C'est à M. Ilumboldt que nous devons une description dès exacte tant du physique que des mœurs de ce vautour, devant laquelle disparaissent l'exagération elles Tables qu'on s'est plu à répandre sur cet oiseau. Ainsi donc, nous allons puiser dans le voyage de ce savant lout ce qui concerne cette espèce, qu'on ne voit que dans quelques collections publiques.
Le jeune condor n'a pas de plumes; son corps, pendant plusieurs mois, n'est couvert que d'un duvet très lin ou d'un poil blanchâtre , frisé, qui ressemble à celui des jeunes chouettes. Ce duvet défigure tellement ce jeune oiseau, que, dans cet état, il paraît presque plus grand que dans l'âge adulte.
Les condors, à l'âge de deux ans, n'ont pas le plumage noir, mais d'un brun fauve; la femelle, jusqu'à cette époque, n'a pas ce collier blanc, formé, au bas du cou, par des plumes plus longues que les autres, collier ou capuchon que les Espagnols nomment rjollila. C'est pour n'avoir pas
(i) Le dévidoir est composé d'un axe en fer ou en bois tournant à manivelle sur des supports; l'ample est formé de six bâtons cl plus parallèles ;> l'axe, et soutenus à égale dislance par des bras, le. lit l'enveloppe sur l'as'ple en écheveau de forme polygonale. Loi pqunn attache le bout à l'un des bâtons, et qu'on fait tourner la manivelle, ou adopte ordinairement à l'axe des dévidoirs des filature» un rouage qui fait frapper un coup quand la rotation a accompli w» nombre déterminé de tums. On arrête alors l'écheveau , qui a son fil d'une longueur fixée par le contour de l'aaple et le nombre dut révolutions.
fait attention à ces changemens]que l'âge amène, que beaucoup de naturalistes , et même des habitans du Pérou , annoncent qu'il y a deux espèces de condors, des noirs et des bruns (condor negro y condor pardo). Gmelin et l'abbé Molina lui-même (Hist. nat. du Chili) se trompent en disant que la femelle du condor se distingue du mâle, non-seulement par l'absence de lacrêle nasale, mais aussi par le défait de collier.
Le vautour des Andes est bien plus étonnant par son audace , par l'énorme forme de son bec, de ses ailes et de ses serres, que par la grandeur de son envergure; il a le bec droit, mais très crochu à la pointe; la mâchoire inférieure beaucoup plus courte que la mâchoire supérieure. Son plumage est blanc par devant , et du reste, d'un blanc grisâtre, et non pas noir, comme le dit Linnaeus. La tête et le cou sont nus et couverts d'une peau dure, sèche et ridée; celte peau est rougeâtre, et garnie par-ci par-là de poils bruns ou noirâtres, courts et très raides; le crâne est singulièrement aplati à la sommité, comme dans tous les animaux très féroces.
Cet oiseau plane à une élévation presque six fois plus grande que celle à laquelle se soutiennent les nuages audessus de nos plaines.
L'envergure est , selon le père Feuille , de i\ pieds 4 pouces; suivant Thong, cilé clans le Synopsis de Ray, elle est de \2 pieds 2 pouces; dans l'individu que l'on conservait en Angleterre dans le muséum Leverian, elle était de 15 pieds 1 pouce (français). D'anciens voyageurs donnent des mesures bien plus exagérées ; le père Abbeville nous assure que le condor est deux fois plus grand que l'aigle le plus colossal; Desmarchais lui donne t8 pieds d'envergure, et ajoute que l'excessive grandeur de ses ailes l'empêche d'entrer dans les forêts, qu'il attaque un homme et enlève un cerf.
11 en est du condor comme des patagons ; plus on les a
( Le Condor
examinés, plus ils se sont rapetisses. Cependant cet oiseau Surpasse de beaucoup la grandeur du|vultur Aura, ce le du vultur papa, et des autres oiseaux rapaces qu'offre la chaîne des Andes.
Il niche dans les endroits les plus solitaires, souvent sur la crêle des rochers nus qui avoisinent la limite inférieure de la neige perpétuelle. Cetie situation extraordinaire et la grande crête du mâle font paraître l'oiseau beaucoup plus grand qu'il ne l'est effectivement. M. Humboldt avoue luimême qu'il a été trompé pendant long-temps par les réunions de ces mêmes causes , qu'il a cru le condor d'une (aille très gigantesque , et que ce n'est qu'une mesure directe faite sur l'oiseau mort qui a pu le convaincre de l'effet de celle illusion optique.
L'abbé Molina, natif du Chili, connaissait si peu le condor, qu'après avoir indiqué de faux caractères pour distinguer les deux sexes, il finit par assurer le lecteur que le condor ne diffère du vultur barbatus (le gypaële) que par la couleur; il ne parle pas même de la crête de coq.
Le condor, comme le lama, la vigogne, etc., e.st particulier à la grande chaîne des.Andes. La région du globe qu'il parait préférer est celle qui s'étend à seize cents ou dix-sept cents toises de bailleur; là, ces oiseaux se réunissent trois ou quatre ensemble sur la pointe des rochers; sans se méfier des hommes, il les laissent approcher jusqu'à deux toises de distance. « Ils n'ont fait mine de nous attaquer, dit M. Humboldt, » et il n'a pas entendu citer l'exemple d'un condor qui ail enlevé un enfant; cependant beaucoup de naturalistes parlent des condors qui tuent des jeunes gens de dix à douze ans Ces assertions sont aussi fabuleuses que celle du bruit que le vautour des Andes doit faire en volant, et dont Linnauisdit : Aiionitos et surdos fercreddit homines. Néanmoins, notre célèbre voyageur ne cloute pas que certains condors ne soient en état d'ôter la vie à des enfans de dix ans, et même à l'homme adulte. Il est très commun de les voir venir à bout d'un jeune laureau auquel ils arrachent les yeux el la langue.
Si, en général, c'est l'oiseau qui s'éloigne le plus de notre planète, il n'en est pas moins vrai que la faim le fut descendre dans les plaines , surtout lorsque celles-ci sont rapprochées des Cordillères. Cependant on observe que ces oiseaux ne séjournent que peu d'heures dans les basses régions; ils préfèrent la solitude des montagnes à un air raréfié, dans lequel le baromètre ne se soutient qu'à seize pouces; c'est pourquoi, clans la chaîne des Andes du Pérou et de Quito, tant de petits groupes de rochers, tant de plaleaux élevés à deux mille quatre cent cinquante toises audessus du niveau de la mer, portent les noms de Cuntur Bahun, de Cuntur Polti, de Cuntur Huanana ; noms qui , dans la langue des Incas , signifient vedette., juchoir ou ponte des condors.
On a assuré à M. Humboldt que le condor ne fait pas de nid, qu'il dépose ses œufs sur le rocher nu sans les entourer de paille ou de brin de l'aspeletia frailexon, qui est la seule plante qui se rapproche des neiges perpétuelles, et que ses œufs sont tout blancs et ont trois à qualre pouces de longueur. On prétend aussi que la femelle reste avec ses petits pendant l'espace d'une année. Lorsque le condor descend dans la plaine, il préfère se poser à terre, et ne se perche pas sur les branches d'arbres; aussi a-t-il les ongles très droits.
Les condors se jettent non-seulement sur le cerf des Andes , sur le petit lion (pana), ou sur la vigogne et le guanaco, mais même sur la génisse. Ils la poursuivent si longtemps, la blessant de leurs griffes ou de leur bec, que la génisse, étouffée et accablée de fatigue, tend la langue en gémissant; alors le condor saisit cette langue, dont il est très fi iand ; il arrache les yeux à sa proie, qui, étendue par terre, expire lentement. Le condor rassasié reste flegmalivement perché sur la cime des rochers. M. Humboldt lui a trouvé, dans cette position, un air de gravité sombre et sinistre. Comme le vultur Aura, on léchasse devant soi sans qu'il veuille s'envoler; au contraire, lorsqu'il est tourmenté par la faim, le condor s'élève à une hauteur prodigieuse , plane dans les airs pour embrasser d'un coup d'œil le vaste pays qui doit lui fournir sa proie. C'est dans les jours sur-
tout où l'air est très serein, que ce savant a observé le condor ou le vultur Aura à des élévations extraordinaires.
Au Pérou, comme à Quito, et dans la province de Popayan, on prend les condors vivans aux lacs; pour cela, on tue une vache ou un cheval; en peu de temps, l'odeur de l'animal mort attire les condors, dont l'odorat est d'une finesse extrême. Ces oiseaux mangent avec une voracité étonnante; ils commencent toujours par les yeux et la langue, leurs mets favoris; puis l'anatomie du cadavre se fait par l'anus, pour parvenir facilement aux intestins. Lorsqu'ils se sont bien rempli le ventre, ils sont trop lourds pour s'envoler; les Indiens, à cette époque, les poursuivent avec des lacs, et les prennent facilement; alors l'oiseau fait des efforts extraordinaires pour s'élever dans les airs ; il y réussit lorsque, fatigué par la poursuite, il parvient à vomir abondamment. C'est, sans doule, clans ces efforts que le condor alonge et rétrécit son cou, et approche les serres de son bec. Les Espagnols appellent cette chasse carrer buiircs , et c'est le plus grand amusement des campagnards après la fêle des taureaux. Dans d'autres contrées, on met quelquefois des herbes vénéneuses dans le ventre de l'animal qui doit servir d'appât; alors les condors paraissent comme enivrés.