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J. LOCKE, PHILOSOPHE ANGLAIS

Le nom de Locke rappelle un des plus grands progrès que la métaphysique et la philosophie aient faits dans les der-

( Poitrail de LooLe. )

niers siècles ; et cependant sa mission fut moins de révéler de nouveaux principes que d'en approfondir, d'en démontrer, d'en féconder d'anciens.

Né à Wrington, dans le comté de Bristol, le 29 août 1G52, il eut pour père un greffier de justice de paix, qui, par le crédit du colonel Alexandre Popham , devint capitaine de l'armée parlementaire. Par la même protection, le jeune Locke fut reçu au collège de Westminster, d'où il pissa à l'université d'Oxfort. Là , il prit ses degrés de bachelier, de maitre-ès-arts, et obtint tm bénéfice clans le collège du Christ. La lecture des écrits de Descaries développa en lui l'esprit philosophique. Faible de complexion , il étudia la médecine plu lot dans son intérêt propre que clans la vue de l'exercer. Aux notions utiles que lui offrirent l'anatomie, l'histoire naturelle , la chimie , il en joignit

d'autres d'un ordre tout différent , et qu'tl recueillit en accompagnant, comme secrétaire, William Swann à la cour de Berlin. De retour en Angleterre , il revint suivre à Oxfort ses cours de philosophie naturelle.

Locke avait de jà trente-quatre ans lorsqu'il fit la connaissance de lord Ashley : celui-ci l'introduisit dans le grand monde. L'anecdote suivante indique les dispositions qu'y portait le philosophe. Un jour que lord Halifax, Buckingham et plusieurs autres , s'étaient réunis , on apporta des cartes, et le jeu commença sur-le-champ. Locke, ayant regardé quelques instans, prit ses tablettes sur lesquelles il se mit à écrire avec la plus grande attention. L'un des joueurs lui ayant demandé ce qu'il faisait : « Pour repondre, ditil, à l'honneur de votre société, je m'occupe de consigner sur mes tablettes la substance de tout ce qu'elle dit depuis une heure. « Ce mot fit son effet; on rit, on quitta les car- Ces, et l'on conversa le reste de la soirée. Instituteur du fils de lord Ashley, le philosophe fut aussi chargé de lui choisir une femme. De cet hymen naquit lord Shaflesbury, l'auteur des Caractères, dont Locke dirigea aussi l'éducation, et qui, plus tard, n'épargna pas les critiques aux doctrines de son maître.

Ce fut vers 4670 que Locke, assistant à une discussion très vive élevée entre plusieurs savans d'Oxfort , et s'apercevant que le débat, auquel il ne prit aucune part , n'était au fond qu'une dispute de mots, conçut l'idée de son grand ouvrage ; mais vingt années de méditations, de voyages, de persécutions, devaient s'écouler avant que l'ouvrage fût terminé et mis au jour. Dès l'année ! 668, sa réputation l'avait fait admettre dans la société royale de Londres. Les propriétaires de la Caroline lui avaient demandé une constitution pour cette colonie. Lord Ashley , créé comte de Shaflesbury et grand chancelier d'Angleterre (1672), lui confia l'emploi de secrétaire des présentations aux bénéfices, emploi qu'il perdit à la retraite de son prolecteur (1673). Locke voyagea en France; lord Shaflesbury, nommé président du conseil, le rappela à Londres (1679); bientôt, dépouillé de son titre, il se retira en Hollande; Locke l'y accompagna, et l'y vit mourir.

Des liaisons que le philosophe contracta sur la terre étrangère . le rendirent suspect à son gouvernement. On l'accusa d'avoir composé des libelles; on lui ôta sa chaire d'Oxfort, qui ne lui fut pas restituée, lors même qu'on eût reconnu son innocence. Un warant, au nom de Charles II, et sous la date du -12 novembre 1684, expulsa du collège royal le sage Locke ,. à titre de factieux. Sous Jacques II, le célèbre William Penn offrit à Locke de lui faire obtenir sa grâce ; mais Locke répondit que « Comme on n'avait eu aucun motif pour le croire coupable, on n'en avait aucun pour lui pardonner. » Il ne fallut donc pas moins qu'une révohnion pour rétablir un philosophe dans S' s droius, elle ramener dans sa pairie. Locke revint en Angleterre sur le vaisseau que montait la princesse d'Orange. Il songea d'abord à recouvrer son bénéfice de Chrisl-Church; mais il réfléchit que la dépossessinn du titulaire actuel ne serait utile qu'à lui-même, et il aima mieux laisser les choses comme elles élaient.

Une lettre sur la tolérance , écrite en latin, et adressée à Limbroch, fût le premier écrit publié par Locke, qui habitait alors la Hollande. Rendu à l'Angleterre, libre de tant de snins , il publia VEssui sur l'Entendement humain, théorie complète, analyse exacte et ingénieuse de la génération et de la filiation des idées.

Dans le cours de l'année où l'Essai sur l'Entendement avait paru, Locke donna V Essai sur le gouvernement civil. Ses Pensées de merale avaient paru précédemment. Désormais la renommée du philosophe brillait de tout son éclat ; diverses places lui furent proposées; il accepta celle de commissaire aux appels, avec un traitement de deux cents livres sterling. Les monnaies avaient subi en

Angleterre une altération d'un tieis: il présenta au gouvernement des considérations sur le moyen d'élever la

valeur des espèces et de diminuer le taux des intérêts. Dans un livre intitulé Christianisme raisonnable , il essaya de prouver que la religion chrétienne, telle que l'enseigne l'évangile , n'a rien qui choque la raison. Nous avons cité les principales productions de Locke , que les progrès d'un asthme forcèrent en 1700 à se démettre de ses fonctions pour achever ses jours dans le repos et la retraite. Livré tout entier à l'étude de l'écriture sainte , il écrivit encore une paraphrase des épîires de Saint-Paul. Son ame abondait en sentimens religieux qu'il s'efforçait de communiquer à ses amis. Dans ses derniers momens , il écrivait à Collins, qu'il ne trouvait de consolation que dans le bien qu'il avait fait; que deux choses en ce monde pouvaient seules donner une véritable satisfaction : le témoignage d'une bonne conscience, et l'espoir d'une autre vie. »

Voilà quelles furent la vie et la mort d'un philosophe dont les principes, poussés jusqu'à leurs dernières conséquences , ont paru pouvoir servir d'armes pour renverser toute morale et touie religion.

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