HOCHE
Le seul nom de Hoche rappelle un des plus beaux caractères qui aient honoré la profession des armes, et un des plus grands talens qui l'aient illustrée. Les grands hommes d'ordinaire ne sont pas exemp:s de grandes fautes , et l'on serait même tenté de croire, eu lisant l'histoire de leur vie, que c'est là une condition nécessaire de leur supériorité. La vie de Hoche cependant fut pure comme sa gloire : jeté, dès l'âge le plus tendre, au milieu des dissensions civiles, dans un temps où les principes même les plus ordinaires d'humanité étaient indignement travestis, et sacrifiés à l'ambition, à la popularité, à l'intérêt, il sut conserver l'indépendance et la loyauté de ses opinions , servant sa patrie avec amour et dévouement , sans songer jamais à se rendre l'apôtre d'aucun système , d'aucune théorie.
Noire dessein n'est pas de raconter en détail chacun des exploits de ce grand capitaine : ses hauts faits militaires sont bien connus; et d'ailleurs sa trop courte carrière est tellement remplie d'actions glorieuses, que nous ne pourrions les rapporter toutes sans sortir des limites qui nous sont imposées; nous ne voulons qu'esquisser les particularités les plus saillantes de sa biographie, où chacun de nous pourra puiser de belles et utiles leçons de courage, de vertu et de patriotisme.
Il naquit à Monlreuil (Seine-et-Oise), le 24 février 1768. La pauvreté de ses païens l'obligea de bonne heure à s'occuper lui-même des moyens de pourvoir à son existence. Il n'était qu'un enfant lorsqu'il fut reçu aide-surnuméraire dans les écuries royales. Devenu orphelin, il profita des secours qui lui furent offerts par une de ses tantes, fruitière à Versailles , pour faire emplette de quelques livres , avec lesquels il fit lui-même sa première éducation, et dès-lors commencèrent à se développer les grandes facultés intellec-1 tuellesdontil était doué. Consacrant le jour à ses pénibles et abjectes occupations, il employait les nuits à étudier. A dix-' sept ans, dégoûté d'un service qui était si peu en harmonie avec l'élévation de ses sentimens, il embrassa l'état mili-1 taire, fut admis dans les gardes-françaises, tt ne tarda pas à fixer sur lui les regards de ses chefs par la régularité de ses mœurs , son application à la lecture et sa prodigieuse activité: aussi fut-il promu, en 1784, au grade de sergentquelques années après (1792), il passa officier, et fut pourvu d'une lieutenance au régiment de Rouergue. Au siège de Thionville et à la bataille de Nerwinde, il donna des preu-' ves éclatantes de sa capacité et de sa bravoure. „ Appelé à Paris, peu de temps après, il exposa au comité de salut pu-! blic un plan de campagne si heureusement conçu, que l'illustre Carnot ne put s'empêcher de s'écrier : «Voilà un officier subalterne d'un bi n grand mérite. » Le comité tout entier se joignit à Carnot pour admirer tant de savoir dans un jeune homme, et se hâta de le placer dans un poste digne de. lui. Revêtu d'abord du litre d'adjudant-général,1 Hoche reçut ensuite le commandement de Dunkerque, qu'il défendit brillamment contre les Anglais: puis il fut nommé général debrigade, et bientôt après général dedivision(I793). Ainsi, dans l'espace de neuf années, le sergent des gardesfrançaises s'était élevé par son seul mérite aux premières dignités militaires.
Ici commence pour lui une série de succès et d'exploits dont la jalousie lui disputa la gloire, et qui furent interrompus par la persécution. Enlevé à l'armée de la Moselle, dont il avait le commandement en chef, il fut jeté dans les prisons de Paris , d'où il ne sortit que le 9 thermidor. C'est alors qu'il fut envoyé dans la Bretagne contre les Vendéens, et qu'il s' attacha à detruLe la guerre civile, moins par les armes que parles voies conciliatrices, ne consentant à vaincre ses ennemis qu'après avoir tout tenté pour les faire reu-\
trer , sans effusion de sang , dans le sein de la grande fafamille française. Il parvint à faire succéder l'empire des lois à l'état de guerre qui avait désolé ces contrées, et montra tant de ménagement et de respet pour les droits de la conscience religieuse, que l'esprit insurrectionnel s'éteignit assez rapidement sur les deux rives delà Loire. Un si grand service rendu à la république méritait une récompense; le IG juillet 1796, un message du. Directoire ayant annoncé au conseil la pacification de la Vendée, les représen tans de la nation proclamèrent solennellement par un décret que Hoche et son armée avaient bien mérité de la pairie. Deux tentatives d'assassinat faillirent arrêter ce général au milieu de ses triomphes : une fois on essaya contre lui l'effet du poison, et peu après, il fut assailli, au sortir du théâtre de Rennes, par un individu qui lui lira un coup de pistolet dont heureusement il ne fut point atteint.
Cependant le cabinet de Saint-James redoublait d'activité pour entretenir la guerre civile en France. Le libérateur de l'Ouest conçut alors le hardi projet d'une descente en Irlande : il se rendit aussitôt à Brest, y fil ses prépara-
tifs, et s'embarqua dans ce port à la fin de 4796. Tout jusque-là semblait avoir favorisé son audacieux projet ; mais, à peine lancé en pleine mer, les élémens se déclarèrent conlre lui, et sauvèrent l'Angleterre des embarras que celte entreprise devait lui susciter. Sa flotte ayant été dispersée par un ouragan terrible, il fut obligé de revenir en France, heureux d'échapper, grâce aux habiles manœuvres de son pilote, à la vigilance des croiseurs anglais.
A son retour, il fut nommé général en chef de l'année de Sanibre-el-Meuse, à la tète de laquelle il ouvrit la campagne . de 4797, en passant le Rhin à Neuvvied, en présence et sous le canon de l'ennemi. Heureux cette fois de cueillir des lauriers qui n'étaient pas teints du sang français , il put se livrer entièrement au génie des batailles, et marcher sans regrets de victoires en victoires. L'armistice conclu par Bonaparte avec le prince Charles vint l'arrêter tout ù coup au milieu de sesbrillans succès et de sa marche triani|ilKile sur le tcrrito're allemand. On lui offrit alors le ministère île la guerre, qu'il refusa; mais il reçut le commandement d'un corps d'année, placé aux environs de Paris , et destiné à
( Tombeau du général Hocbc. )
déjouer les intrigués que le parti de Clicliy entretenait conlre le Directoire. Les dénonciations calomnieuses de ses ennemis ne lardèrent pas à lui fuite pot. Ire ce commandement, qui Tut confié à Augercaiï. Hoche, offensé de celle disgrâce, demanda des juges pour leur rendre un comnle solennel de sa conduite, et ne put les obtenir. Dégoûté alors du séjour de Paris, il retourna dans les camps; mais le terme de sa glorieuse carrière approchait : il tomba subitement malade dans les premiers jours de septembre 4797, et mournt le 43 de ce mois, au milieu des plus cruelles douleurs, cl en s' écriant : « Suis-je donc revêtu de la robe empoisonnée de Nessus? » Il était âgé de vingt-neuf ans. Des honneurs funèbres furent rendus à la mémoire de Hoche, tant à l'armée que dans l'intérieur de la République. Les étrangers mêlèrent même leurs larmes à c. Iles des Français, et un poète illustre, Cbénier, célébra dans de nobles vers la gloire du héros enlevé si jeune à sa patrie.
Le dessin qui accompagne cet article représente le tombeau de Hoche, sur les bords du Rhin-
EPHEMERIDES.
l,r et 3 odobie 17S;), — Les gardes de COl'pS du roi à Ver (tailles, n'unis à mi banquet, jurenl de se dévouer ula défense de la famille royale.
k!" octobre 1 7 y i . — L'assemblée constituante proclame lu dé-
claration des droits de l'homme et des citoyens en France. — Mort du grand Corneille. (Voyez page ro, )
a oetobre 1700. — Testament de Charles II en laveur d'un petitfils de Louis XIV.
3 octobre 14(18. — Louis "X.I est arrêté à Péronno parle due de Bourgogne au moment où pâment la nouvelle de la révolte des Liégeois, excités par les agons du roi de France.
3 octobre i5fiy. — l'.ataille du Monteonlour gagnée par les catholiques sur les huguenots , commandés par L'amiral de Coligny.
3 octobre iCir. — Mort du due de Mayenne.
/, octobre 1771». — Le congrès d«s États-Unis proclame l'art.' de fédération perpétuelle des Étals-Unis , malgré les défaites successifs qu'ont éprouvée sles troupes de l'Union et l'abattement dans lequel est tombé le peuple.
4 octobre 1 S 1 5. — Mort d'ObcrskampI , fondateur de la manufacture de toiles peintes de Jouy et de la filature d'i'ssune. Avant lui, nous ne connaissions que les toiles peintes du la l'erse Cl de l'Inde que nous vendaient les Anglais.
5 octobre. — Fêle de Cérès à Athènes.
5 octobre 85o. — Concile général de Constantinople.
5 octobre 1 :«).'"> (i3 vendémiaire). — Attaque du la Convention française parles sections de Taris; flonapaitc, chargé par Haïras du soin de protéger la Convention , luit mitrailler Ira actions sur les marches de Sainl-Hoeh, dans la rue S.iint-llonoié et sur les quais.
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