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ALEXANDRE-LE-GRAND. — SON TOMBEAU

Tombeau d'Alexandre.

Vingt et un siècles se sont écoulés depuis la mort d'Alexandre-le- Grand ; pendant cet espace de temps , il n'a pas cessé un instant de fixer l'attention de la postérité ; son nom n'est inconnu à aucun homme ; plus de cent écrivains ont raconté Jugé , apprécié ses actions. Cette préoccupation de tous les siècles , à son égard , suffirait pour constater sa supériorité; le génie seul jouit d'un pareil privilège. Personne n'a mieux apprécié , n'a mieux résumé les résultats immenses du règne de ce prince , qui porta la civilisation grecque au-delà de l'Indus , que M. Poirson , dont les recherches savantes ont jeté une si vive lumière sur des périodes entières de l'histoire ancienne restées ignorées jusquelà. Tous les historiens d'Alexandre ne lui ont cependant point payé le même tribut d'admiration ; quelques-uns bien loin de le mettre au rang des dieux , ont voulu que la fortune eût tout fait pour lui , tandis que les autres ont avancé qu'il avait tout fait pour sa fortune ; au reste , les grands esprits, depuis César jusqu'à Condé, Bossuet, Montesquieu , frappés de la hauteur de ses idées et de ses combinaisons , se sont réunis pour lui rendre justice. Il fonda en dix ans un empire aussi vaste que celui que les Romains élevèrent en dix siècles; mais sa conquête fut juste , elle délivra la Grèce des dangers et des humiliations /pie lui prodiguaient les rois de Perse depuis deux cents ans. De plus, il la rendit salutaire aux vaincus, dont il améliora le sort , et chez lesquels il fonda plus de villes que les autres conquérans n'en ont détruit. Son administration passe les vulgaires éloges. Elève d'Aristote , le génie le plus universel de l'antiquité , il comprit toutes les idées que l'Orient , mis à la disposition du philosophe de Stagyre, lui avait données , et il employa sa toute puissance à les exécuter. On ne doit donc pas s'étonner de l'intérêt qu'inspire tout ce qui se rapporte à cet homme extraordinaire ; on sait que d'après sa dernière volonté, on devait porter son corps dans le temple de Jupiter Ammon , mais Ptolémée s'en empara , et le fit inhumer à Alexandrie , dans un cercueil d'or. Le monument dont nous donnons la description, et que l'on prétend être le tombeau d'Alexandre , a soulevé une discussion fort intéressante en Angleterre , ou il a été transporté d'Alexandrie par le docteur Edward Daniel Tome IL octobre 1834.

Clarke. Ce monument indiqué dans les relations de plusieurs voyageurs des siècles passés , comme étant devenu l'objet d'une vénération religieuse de la part des Musulmans, fut examiné avec soin par Denon , lors de l'expédition française en Egypte ; mais ce savant ne parle pas de la tradition qui en fait le tombeau d'Alexandre : « Près de ces bains , dit-il, est une des principales mosquées , l'ancienne église de Saint- Athanase ; cet édifice, dont les ruines sont magnifiques, donne une idée de la négligence des Turcs pour les objets dont ils sont le plus jaloux ; avant notre arrivée , ils ne permettaient à aucun chrétien d'en approcher, et ils y avaient placé une garde plutôt que de réparer les portes qui , dans l'état où nous les trouvâmes , ne pouvaient tourner sur leurs gonds. Au milieu de la cour de cette mosquée, un petit temple octogone contenait un sarcophage des anciens

(Médaille d'Alexandre y.

Egyptiens , d'une incomparable beauté , tant par sa nature que par le nombre prodigieux d'hiéroglyphes dont il était couvert intérieurement et extérieurement. Ce sarcophage qui pourrait produire des volumes cle dissertations , doit être considéré comme l'un des plus beaux morceaux de l'antiquité, et nous désirerions vivement qu'il vînt enrichir l'un de nos musées ; mon enthousiasme fut partagé par Dolomieux quand nous découvrîmes ensemble ce précieux monument. »

Lors de l'entrée des Anglais dans Alexandrie, le docteur Clarke rechercha avec soin tout ce qui pouvait faire connaître sa destination primitive , et en comparant les renseignemens qu'il avait obtenus et ses propres observations au récit de Diodore, il demeura convaincu que ce devait être le tombeau d'Alexandre ; les argumens qu'il a réunis dans un opuscule publié sous le titre de : Tesiimonies respedimj ihe tomb of Alexander , laissent peu de doute à cet égard ; un examen approfondi des hiéroglyphes serait cependant nécessaire pour fixer définitivement l'opinion. Ce sarcophage est d'un seul bloc , il a dix pieds trois pouces et demi de long sur cinq pieds trois pouces et demi de large, et trois pieds dix pouces de haut" l'épaisseur des côtés est de dix pouces.

Il existe aussi en Angleterre une médaille qui, dans l'origine, appartenait àLysimaque, et qui, après avoir excité de savantes controverses , est maintenant reconnue universellement pour être la représentation d'Alexandre; la déification du conquérant , comme fils de Jupiter Ammon, s'y trouve indiquée par l'inscription grecque qui y est jointe. Le dessin placé au bas de la page précédente peut donner une idée de cette médaille et de ses dimensions.

Alexandre avait les traits réguliers, le teint beau et vermeil, le nez aquilin, les yeux grands et pleins de feu , les cheveux blonds et bouclés , la tête haute , mais un peu penchée vers l'épaule gauche , la taille moyenne et dégagée , le corps bien proportionné et fortifié par un exercice continuel.

Son portrait est connu grâce à l'hermès sur lequel est son nom , et qu'on a trouvé dans une fouille près de Tivoli ; cet hermès a fait reconnaître la figure du héros macédonien dans un camée , et sur plusieurs médailles d'après lesquelles a été gravé le portrait de la collection de M. Landon.

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