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SAUTERELLES

CARACTÈRES DES SAUTERELLES. — LEUR CHANT. — LEDR VOL — RAVAGES PRODUITS EN FRANCE PAR LES Criquets. — LEUR EMPLOI COMME ALIMENT.

Les entomologistes comprennent sous ce nom un genre d'insectes de l'ordre des orthoptères , dont les caractères

sont : un corps alongé ; une tête grande et verticale ; deux yeux petits, saillans et arrondis, accompagnés de deux ou trois petits yeux lisses, mais peu apparens ; un corselet comprimé sur les côtés et sans écusson; des élytres inclinés recouvrant des ailes; des pattes dont les antérieures paraissent prendre naissance sous la tête, et dont les postérieures sont très grandes.

Ce genre , appelé en latin ïoctista , est le type de la familles des locustaires. La femelle se distingue du mâle par une queue tranchante placée à l'extrémité de l'abdomen , composée de deux lames accolées l'une à l'autre, et vulgairement appelée sabre. C'est au moyen de cet appareil qu'elle dépose ses œufs dans la terre. Les larves qui naissent de ces œufs ne diffèrent de l'insecte parfait que par l'absence des ailes et des élytres; les nymphes en sont au contraire pourvues. Sous ces deux états, la sauterelle jouit des mêmes facultés qu'à l'état parfait, si ce n'est qu'elle ne peut se reproduire-

Les sauterelles mâles font entendre un bruit particulier, improprement appelé chant ; il est produit par le frottement des élytres l'un contre l'autre à leur extrémité, qui offre une pat lie scarieuse et transparente , ressemblant en quelque sorte à un miroir. Cette partie n'existant point chez les femelles, leurs élytres ne produisent aucun bruit.

Les sauterelles , par la disposition de leurs ailes ployées, dans la longueur de leur corps, ne peuvent voler à de grandes distances , mais elles sautent très facilement. Elles se nourrissent de végétaux , et se tiennent habituellement dans les prairies et sur les arbres.

Nous allons citer les principales espèces de ce genre :

La sauterelle très verte (locusta viridissima). C'est la plus gramle; elle est longue de deux pouces.

La sauterelle tachetée ou verrussivore (locusta verrussivora) : son corps est d'un vert pâle , et ses élytres sont tachés de brun et de blanchâtre; elle atteint rarement la longueur de la précédente, mais elle est quelquefois beaucoup plus grosse. Son surnom de ronge-verrue lui vient de ce qu'en Suède, où elle est très commune, les paysans lui font mordre leurs verrues , persuadés que la liqueur noire qu'elle dégorge détruit ces excroissances.

La sauterelle grise (locusta grisea) : son corps est brun, et ses élytres sont tachetés de brun et de cendré; elle est moitié plus petite que la verte.

Nous avons dit que les sauterelles ne pouvaient voler à de grandes distances; cependant qui n'a entendu parler de ces innombrables légions de sauterelles qui désolent des contrées entières? qui n'a lu avec autant d'intérêt que d'étonnement les relations non exagérées des désastres causés par ces nuées d'insectes qui, après avoir traversé l'Arabie et la Tartarie, viennent porter la famine et la peste jusque

(La Sauterelle d'Orient.)

dans l'Europe méridionale! C'est par une méprise des voyageurs et des historiens que res ravages oui été reprochés aux pacifiques sauterelles. L'insecte auquel il fait les attribuer appartient au même ordre, mais forme un genre différent sous le nom de Ctiqwt, Il en diffère par les caractères snivani i

Sa tète, très développée', supporte dos amènes courtes ; ses yeux saillans sont de forme ovale , et accompagnés de trois petits yeux lisses placés en triangle sur le sommet «le

la tète; sa bouche se compose d'une lèvre supérieure et

d'une ièvre inférieure grandes et larges, de mandibules fortes et tranchantes, et de mâchoires terminées par tons

dénis. Son sternum , large et aplati , est très différent de celui des sauterelles; ses élytres sont coriaces, étroits, et aussi larges que les secondes ailes qu'ils recouvrent; cellesci sont amples, réticulées, pliées en éventail, et colorées tantôt en un beau bleu, tantôt en routce très vif; les quatre pattes antérieures sont de grandeur moyenne, mais les postérieures acquièrent des dimensions considérables. Les femelles sont remarquables par un organe particulier, placé de chaque côlé du corps au-dessus des pattes postérieures , et que M. Latreille compare à l'appareil des cigales, en le considérant comme un véritable instrument acoustique. Cependant il parait que les sons aigus que font entendre les criquets sont dus au frottement alternatif de la face interne des cuisses postérieures contre la face supérieure des élytres. Les femelles déposent leurs œufs sur les tiges des graminées, en les enveloppant d'une matière écumeuse qui se durcit et les protège ; quelquefois aussi elles les enfoncent dans la terre. Les larves et les nymphes de criquets se nourrissent, comme l'insecte parfait, de divers végétaux. I

Ce genre est très nombreux en espèces; les plus remarquables sont : le criquet stridule (acrydium stridulum), dont les ailes sont d'un beau rouge, et qui est paiticulier à toute l'Europe; le criquet émigranl {acrydium migratorium), appelé vulgairement la sauterelle de passage. Il habite les contrées orientales de l'Asie et l'Afrique septentrionale.

Le criquet émigrant est un véritable fléau pour les pays qu'il traverse. Ses troupes innombrables produisent, par l'agitation de leurs ailes, un bruit sourd qui répand au loin l'épouvante. Sur la route qu'ils suivent, le soleil est obscurci. Dans leur marche, ralentie par le nombre immense de leurs phalanges, ils ne parcourent qu'un espace d'environ dix lieues par jour ; c'est vers le soir qu'ils s'abattent sur la terre ; les arbres se brisent sous leur poids , et en quelques heures , il ne reste plus, sur une étendue de plusieurs lieues, une seule feuille, un seul brin d'herbe; tout est dévoré ; la plus belle campagne prend tout à coup l'aspect du plus triste désert. Si, par suite de leurs ravages, la contrée sur laquelle ils se sont arrêtés ne leur offre plus assez de subsistances, leur mort fait naître un nouveau fléau : leurs cadavres putréfiés répandent dans les airs des miasmes pestilentiels qui font naître des maladies épidémiques. dont on a comparé les ravages à ceux de la peste. Ainsi la famine et la mort marchent à la suite de ces légions d'insectes. Leur présence est d'autant plus terrible, qu'il semble que rien ne peut apaiser leur faim dévorante : après avoir détruit les plantes les plus délicates, ils attaquent les feuilles des arbres et même leur écorce. On peut juger, par les expériences de Grundler, de la vitesse avec laquelle ils détruisent les végétaux. Ce naturaliste observa que des brins d'orge de quelques pouces de hauteur disparaissaient sous leurs dents aussi rapidement que s'ils leur étaient entrés tout droit dans le corps. Un seul fait suffira pour donner une idée de leurs ravages et de leur fécondité. En 1613, les environs d'Arles furent assaillis par une nuée de ces sauterelles; plus de quinze cents arpens de blé furent entière-

ment moissonnés jusqu'à la racine; ils avaient pénétré dans les granges el dans les greniers ; cependant une foule d'oiseaux les avaient attaqués, et travaillaient à leur destruction. L'autorité donna des ordres pour arriver plus promptement à ce but; et malgré tant d'obstacles à leur reproduction, on recueillit plus de trois mille mesures de leurs œufs qui auraient produit chacune près de deux millions de ces insectes. En 1720 et en 1721, des troupes immenses de criquets ravagèrent la Provence; la dernière époque de leur apparition dans ce pays fut l'année 1819 : pendant cinq semaines , on enterra chaque jour trente-cinq à quarante quintaux de leurs larves.

Ces insectes dévastateurs ont heureusement un grand nombre d'ennemis : les oiseaux, les lézards, les cochons, les renards, et les grenouilles même en dévorent une grande quantité. Ils se font aussi une guerre crin Ile, et l'intempérie de l'atmosphère, un coup de vent, une pluie froide, une tempête, en détruisent des millions en un instant Dans les contrées asiatiques, l'homme mange ces insectes avec plaisir; après les avoir fait sécher et moudre, il en fabrique une sorte de pain, qui dans les mauvaises récoltes est d'une grande utilité. A Bagdad, les criquets se vendent au marché comme les autres denrées; on prétend que cet insecte a le goût de pigeon ; un homme peut en manger deux cents fans un repas: Les cuisiniers de l'Orient ont plusieurs manières d'assaisonner ces insectes; il paraît que celle qui en fait un mets délicat consiste à les faire d'abord bouillir dans l'eau, et à les faire frire dans le beurre.

On a attribué les migrations des criquets à différentes causes, et entre auties à la rigueur des femelles qui , pour échapper aux poursuites des mâles, se répandraient jusque dans les régions les plus lointaines; mais le défaut de vivres paraît être la seule cause de leurs excursions, que le vent d'est dirige jusqu'en Europe.

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