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CANONS, BOMBES, OB0S

(Deuxième article.)

Dans notre premier article sur la fabrication des bouches à feu , etc. (voy. pag. 238) , nous n'avons pu , vu le défaut d'espace, qu'esquisser rapidement les opérations généralement suivies chez les différens peuples, sans pouvoir exposer les perfec tionnemens qui ont été tentés dans ces derniers temps , soit en France , soit à l'étranger, perfeclionnemens , noudevons le dire d'avance, qui n'ont pas tous pour eux la sanction de l'expérience en grand. Mais avant d'entrer dans le détail de ces curieuses recherches, il cons vient que nous examinions les conditions queidoivent remplir les bouches à feu.

La première qualité à donner à la matière dont sont composées ces armes, est une ténacité plus que suffisante pour résister à l'effort violent produit par l'explosion de la poudre (1).

(i) On peut juger delà puissance de la poudre parce seul fait, que, de nos jours, bien souvent des boulets ont été lancés par des

(Coulevrinc eu fer forgé, abandonnée en 1423 par les Anglais, sur le Mont Siint-Michcl qu'ils avaient assiégé pendant huit jours.)

Mais la ténacité ne saurait suffire aux bouches à feu , il leur faut encore la dureté pour supporter sans se déformer le choc intérieur des projectiles qu'elles lancent, et ceux que lui renvoient parfois les bouches à feu de l'ennemi; il faut en outre que les matières qui entrent dans la composition de la poudre, et celles bien plus corrosives encore qui se forment par sa combustion, ne puissent altérer ou du moins n'allèrent que peu la matière île l'arme; il, faut que cette matière soit infusible au degré de la chaleur développée par l'explosion de la poudre; il faut aussi que cette matière s'altère peu à l'air, et surtout à l'air humide , sans quoi les dimensions de la pièce changeraient, et avec elles serait diminuée l'exactitude dans le tir. Enfin, et ce n'est pas là la condition la moins importante, il faut que celte matière des bouches à feu puisse être fabriquée à bas prix, et soit assez commune pour Fournir à l'énorme approvisionnement que demande de nos jours la défense des états.

Jusqu'ici il a été impossible de réunir toutes ces conditions. On a f.iii de nombreux essais, on en fait encore, et certes il ne manque à la solution du problème, ni e talent, ni la patience. Nus officiers d'artillerie ei nos chimistes , ont fait leurs preuves en ce genre depuis long-temps. Quelles sont donc les difficultés qu'il faut vaincre ?

Tout ce que la chimie et les arts nous ont appris des propriétés des corps, nous montre que c'est non-seulement aux métaux qu'il faut recourir pour la fabrication des armes à feu , mais qu'un seul métal ne saurait convenir. Ainsi, le cuivre et le fer forgé ont beaucoup de ténacité, sont peu altérés par les gaz de la poudre brûlée , mais ont peu de dureté ; (le fer fondu , qui est loin d'être du fer pur , offre une grande dureté, mais il est rejeté par l'artillerie de terre comme ayant peu de ténacité); le plomb, le zinc, l'étain, n'ont aucune de ces deux propriétés. Et néanmoins, ces trois métaux peuvent entrer, chacun à des proportions diverses, et le dernier surtout, dans la composition de la matière des bouches à feu, en les associant avec d'autres métaux. C'est que les combinaisons que l'on peut opérer entre les diverses substances ont en général des propriétés physiques fort différentes de celles de leurs principes. Le problème est donc ramené à la composition d'un alliage qui soit tout à la fois, et à un degré suffisant, dur, tenace, infusible, et inaltérable au milieu de l'atmosphère et des gaz de la poudre.

Les matières qui ont jusqu'ici obtenu là préférence , sont les divers alliages que produisent \t cuivre et l'étain, combinés dans des proportions diverses, et parmi lesquels se trouve le bronze, et enfin le fer fondu.

Le fer fondu est employé dans l'artillerie de la marine Française, tandis que le bronze est adopté par l'artillerie de terre. D'où vient celte différence? quel est des deux corps celui qui est sous l'empire du préjugé? Si la marine se trouve bien des bouches à feu en fer fondu, pourquoi l'artillerie de terre ne les adopterait-elle pas? Et île même, pourquoi la marine française n'adopierail-ellepas le bronze? On repond, il est vrai, à cette dernière question, que le bronze est trop sonore, trop étourdissant sur un vaisseau; mais la marine russe n'a que des bouches à feu en bronze; et s'il en est parmi nos lecteurs qui se soient trouvés sur les vaisseaux de celte nation au moment de fortes décharges, ils ont pu remarquer (pie ces canons n'avaient pas une sonorité capable d'incommoder ou de gêner les conibattans.

Le principal reproche fait au fer fondu , c'est son peu de ténacité qui force adonner, par compensation, une grande épaisseur aux pièces, et rend leur transport difficile; mais comme la métallurgie a fait de grands progrès dans l'art de

canons de vingt-quatre à près d'âne lieue. A une époque plus reculée, sens Louii XI, si l'on pouvait en croire Moostrclel , il y aurait eu à la Bastille un canon qui lançait jusqu'à Chorenton. à une liuue et demie environ, un boulet de pierre de cinq conta livres.

préparer le fer fondu, comme on sait aujourd'hui lui donner beaucoup plus de ténacité qu'on ne le faisait jadis, comme en outre, cette matière pèse beaucoup moins quel'e bronze' et qu'on peut alors , en leur donnant une épaisseur plus grande, faire des bouches à feu en fer aussi solides que celles de bronze, bien des hommes du métier pensent aujourd'hui que l'emploi du fer fondu serait avantageux dans l'artillerie de tene.

Sans prétendre aujourd'hui juger cette importante question, nous ferons seulement remarquer que l'adoption du fer produirait les avantages suivans : \° une grande économie dans la fabrication; le fer fondu ne coûte pas en effet le dixième du bronze; 2° la rentrée dans les caisses de l'état des capitaux énormes produits par la vente du bronze qu'absorbe le matériel de l'artillerie ; 3° la plus grande facilité q l'offre la fusion des pièces de fonte; 4° la possibiliié de réunir les fonderies de la marine et de l'armée de terre ; 3° la possibilité qu'auraient les deux services de se prêter des bouches à feu, suivant le besoin; 6° l'exemption de l'impôt énorme que la France paie à l'étranger, pour l'acquisition du bronze et de l'étain qu'il nous fournit , circonstance qui rend incertains les approvisionnemens de ces métaux en temps deguerre.

{La suite à un prochain article.)

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