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LE PONT DE ROKEBY

L'Ecosse offre peu de vues aussi pittoresques que celle du vallon de Mortham qu'arrose la Greta, rivière dont le cours bruyant justifie bien le nom qui lui a été donné (I). Tout ce paysage, mélange admirable d'arbres et de rochers, est tellement adapté aux idées superstitieuses, qu'on l'avait appelé le Blochula, comme le lieu où les sorcières suédoises tiennent, dit-on, leur sabal. Le vallon, du reste, a sa superstition locale; les paysans le disent fréquenté par le spectre d'une châtelaine qui fut, assurent-ils, égorgée dans les bois voisins, et dont ils montrent encore les traces sanglantes sur les marches de la tourelle de son antique manoir.

Un. vieux pont d'une seule arche est jeté sur la Greta, au lieu où ses eaux s'échappent des sombres bois de Brigal et cherchent la vallée profonde de Mortham. j

On trouve à Gieta-Bridge un camp romain eneore bien conservé , enlouré d'un triple fossé ; les quatre portes de ee camp se disiinguent encore. Il y avait aussi, dans le voisinage , plusieurs autels romains que le propriétaire actuel du domaine de Rokeby a recueillis dans son château. Il en est un entre autres qui porte celte inscription : Leg. VI. P- F. F., c'est-à-dire, la sixième légion pieuse, victorieuse et fidèle.

Si le poète Spencer , dit Walter Scott dans son poème de Mathilde de Rokeby, eût erré dans ce séjour enchanteur, il l'aurait embelli des riches couleurs de son imagination; il eût peint la rivière qui, telle qu'un captif fuyant sa prison, couronne ses vagues d'une brillante écume et exprime son allégresse par son murmure mélodieux ; il eût célébré ces arbres qui semblent reculer sur les coteaux , où çà et là le chêne, géant des forêts, s'arrête solitaire, et étend de lotis côtés ses rameaux noueux.

A voir les saillies des rochers suspendus sur le torrent, on dirait qu'une montagne s'est partagée soudain, pour ouvrir

(i) Greta vient de Gridan, qui signifie crier.

on passage à l'onde mugissante. A peine si leur base escarpée laisse un étroit .--eniier au pas des voyageurs. Placés entre les ondes et les rochers , ils entendent gronder le torrent rapide ; l'onde irritée se brise sur cliaque rocher qu'elle rencontre, et poursuit sa route, couverte d'une blanche écume.

Parmi les rochers qui penchent leurs crêtes superbes sur le sombre lit de la Grêla, les uns sont nus et arides ,

et les autres couverts d'une verdure ondoyante. Ici des arbres sortent de chaque fente et balancent leurs feuillages touffus; là les rocs anguleux s'élancent jusqu'aux nuages; souvent aussi le lierre les entoure comme d'une cotte de mailles et couronne leurs âpres sommets de sa verte guirlande. Çà et là les rameaux flexibles floitent au milieu des airs, semblables à ces étendards , arborés jadis sur les créneaux des tours féodales , pendant que les baroiss faisaient

( Le Pont de la Grêla.

retentir les voûtes de leurs châteaux des acclamai ions de leur joie. Telle est, et plus bruyante encore, la voix mugissante de la Grêla; tels sont les échos de son rivage et les bannières verdoyantes qui lloltent sur le cours de ses ondes.

Plus loin les rochers s'écartent tout à coup de la rivière,

et on rencontre on bois desombres ifs qui entrelacent leurs rameaux lugubres avec ceux du noir sapin. Aucun gason, aucune Ileur Champêtre n'y console le* regards attristés. Ce vallon était évité, pendant les ténèbres, par té serf crédule qui croyait, la nuil, entendre des voix lamentables dans ces sombres sentiers. .

fc.

LES BUREAUX D'AB )NNEMENT ET DE VENTE SONT : rue de : riuc-S«iat-G«rmaiar n° 9,

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