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MER DU .UFON. - L'ILE DE SOUFRE

Le volcan sulfureux , qui a donné son nom à cette île de la mer du Japon, est situé au nord-ouest. Lorsque le volcan est en éruption, ce qui , suivant le capitaine Basil-Hall, arrive Fréquemment , on voit des vapeurs blanches s'élancer du cratère en épaisses colonnes. L'odeur de soufre qu'exhalertl ces vapeurs, est alors si forte . qu'elle ne tarde pas à suffoquer eeu\ qui se tiennent près du volcan, du Côté oppose au vont. Les lianes des hantes montagnes qui entourent le cratère , sont d'une teinte jaune-pâle parsemée de grosses taches noires. Le sol esl là forl accidentel raboteux, à cause des épaisses couches de lave qui le couvrent inégalement dans toutes les directions. Le somme! de ces

montagnes est tapissé par une légère couche de gazon qui contraste avec la nudité et la tristesse de ces lieux, et réjouit , agréablement la vue. Le sol de la partie méridionale

de l'ile est rouge- foncé , et présente quelques places couvertes de gazon. Là les couches de lave sont plus unies, et le terrain est beaucoup moins accidenté.

(L'ile de soufre dans la mer du Japon. )

DU SYSTEME COMMUNAL EN FRANGE

(Quatrième article. — Voyez page 286.)

Origine du mol Commune. — Esprit des révolutions communales. — Amiens. — Noyon. — Reims. — Les bourgeois à la bataille de Bouvines. — Organisation royale. — Le roi Saint- Louis. — Philippe de Valois. — Système des prévotés.

Un auteur ecclésiastique écrivait dans le xne siècle : « Commune , c'est un mot nouveau et détestable, et voici ce qu'on entend par ce mot : les gens de basse condition ne paient plus qu'une fois l'an à leur seigneur la rente qu'ils lui doivent. S'ils commettent quelques délits , ils en sont quittes pour une amende légalement fixée, et quant aux levées d'argent qu'on a coutume d'infliger aux serfs , ils en sont entièrement exempts. » Ainsi , le mot de commune exprimait , il y a sept cents ans, un système de garantie, analogue pour l'époque à ce qu'aujourd'hui nous comprenons sous le mot de constitution. Le principe des communes du moyen-âge, celui qui fit braver à leurs fondateurs tous les dangers et toutes les misères, n'était autre que l'esprit de liberté, d'une liberté, il est vrai, toute matérielle, celle d'aller et devenir, de vendre et d'acheter, d'être maître chez soi, de laisser son bien à ses enfans. Dans le premier besoin d'indépendance qui agitait les hommes , c'était la sûreté personnelle , la sécurité de tous les jours , la faculté d'acquérir et de conserver, qui étaient le dernier but des efforts et des vœux ; les intelligences ne concevaient alors rien de plus désirable dans la condition humaine.

Les révolutions de nos jours prennent leur source dans un débat entre le peuple et la puissance royale ; celles des communes au xue siècle , ne pouvaient avoir ce caractère. Il y avait alors peu de villes qui appartinssent immédiatement au roi; la plupart des bourgs étaient la propriété des barons ou des églises , et certaines villes se trouvaient en totalité ou en partie sous la seigneurie de leurs évêques. Quelquefois un seigneur, maître du quartier voisin, disputait au prélat le gouvernement du reste de la ville; quelquefois le roi avait une citadelle où un de ses officiers se cantonnait, pour lever sur les bourgeois de bons deniers en sus de ce que le seigneur et l'évéque exigeaient d'eux.

Heureusement pour la bourgeoisie , ces trois puissances s'entendaient mal entre elles ; l'insurrection d'un des quartiers de la ville, trouvait souvent un appui clans le seigneur du quarliervoisin. C'estainsique la commune d'Auxerre s'établit du consentement du comte, malgré son évêque, et qu'à Amiens , l'évéque se rangea contre le comte, du côté de la bourgeoisie; il est à remarquer que dans le midi de la France , les évêques se montrèrent en général amis des libertés bourgeoises et protecteurs des communes.

Nous avons déjà parlé des communes de Cambrai et de Laon , conquises par la révolte ; celle d'Amiens fut concédée sans efforts par l'évéque à la requête des bourgeois , il concourut avec eux à l'érection d'un gouvernement municipal. Ce gouvernement, composé de vingt-quatre échevins, fut installé au milieu des réjouissances populaires , et la nouvelle commune promulgua ses lois dans la forme suivante : « Chacun gardera fidélité à ses échevins, et leur prêtera aide et conseil ; si quelqu'un viole les règlemensde la commune, les échevins feront démolir sa maison. Quiconque aura reçu dans sa maison un ennemi de la commune , [et aura communiqué avec lui , soit en buvant et mangeant , sott en vendant et achetant , ou lui aura donné aide et conseil contre la commune, sera coupable, et les échevins', s'ils le peuvent, feront démolir sa maison. Quiconque aura tenu des propos injurieux pour la commune, verra encore sa maison rasée et démolie. Nul ne causera vexations ni troubles , soit à ceux qui demeurent dans la commune , soit aux marchands qui viendront à la ville avec leurs denrées; si quelqu'un ose le faire , il sera réputé violateur de la commune, et justice sera faite sur sa personne et sur ses biens. Quiconque aura blessé avec armes un des échevins, perdra le poing ou paiera neuf livres, six pour les fortifications de la ville , et trois pour la rançon de son poing; mais s'il est incapable de payer, il abandonnera son poing à la miséricorde de la commune. Si un membre de la commune a acheté ou vendu quelque objet provenant de pillage, il le perdra et sera tenu de le restituer aux dépouillés. »

La constitution établie d'un commun accord entre l'évéque et les bourgeois d'Amiens , fut soumise à l'agrément du comte, lequel ne voulut entendre à rien, et dit qu'il maintiendrait jusqu'au dernier tous les privilèges de son titre.

Dès-lors , il y eut guerre déclarée entre ce parti et celui de ' la commune. Le roi de France, Louis-le Gros , prit fait et cause pour les bourgeois; son entrée dans Amiens ranima les forces populaires; l'évêque associé de cœur aux intérêts et aux passions de la multitude, prêcha le dimanche des Rameaux, devant le roi t tout le peuple assemblé, un sermon sur les évènemens qui se préparaient; il prononça de grandes invectives, et tous les anathèmes de l'Ecriture Sainte, contre le comte et ses hommes d'armes. Cette guerre se prolongea cependant; l'espace de deux années , et la commune put alors jouir paisiblement de ses privilèges.

A Noyon, l'évêque, de son propre mouvement, convoqua en assemblée tous les habitans de la ville , clercs , chevaliers et commerçons; il leur présenta une charte qui constituait le corps des bourgeois en association perpétuelle, sons des magistrats appelés jurés, comme ceux de Cambrai. Ces jurés, au nom de quatre-vingts, se p Gageaient l'administration civile et les fonctions judiciaires; tous étaient obligés d'entretenir un valet et un cheval toujours sellé, afin d'être prêts à se rendre ,sans aucun retaid, partout où les appelaient les devoirs de leurs charges. Ces devoirs n'étaient pas aussi aisés à remplir que ceux des maires et des adjoints de nos villes modernes; il ne s'agissait pas en temps ordinaire de veiller à la police des rues , et dans les grandes circonstances, de régler le cérémonial d'une fête ou d'une revue, mais de défen re, au péril de ses jours, des droits chaque jour envahis; il fallait rassembler les bourgeois, se mettre à leur tête , déployer la bannière municipale contre les comtes, et après la victoire, il fillail encore une certaine force d'aine pour ne point se laisser abattre par les sentences d'excommunication si puissantes à ce;te époque religieuse , et dont le pouvoir épiscopal abusait quelquefois.

La ville de Reims, célèbre, dès les temps les plus reculés, par sa grandeur et son importance , eut aussi sa révolution communale. Ce fut vers l'année -1158, qu'une association politique se foi ma pour la première fois parmi la bourgeoisie de Reims. Celte association prit le nom de compagnie , alors synonyme de celui de commune ; la vacance du siège épiscopal, causée par la mort de l'archevêque, avait facilité ce mouvement; mais le chapitre et les églises soutinrent les droits du cleigé. De là naquirent beaucoup de de débats, et une longue guerre' civile entre les partisans des libertés bourgeoises et ceux de la seigneurie épiscopale. Les chefs du parti populaire -se nommaient Aubriet Simon ; ils se comportèrent toujours avec vaillance , et c'est sous leurs ordres que la multitude conquit ses privilèges d'une manière définitive. Ce ne fui pourtant pas sans peine; il fallut livrer plus d'un combat sanglant. An commencement de l'année 1253, les échevins de la commune statuèrent qu'il serait fait un emprunt pour couvrir certaines dépenses municipales. Henri de Braine, archevêque nouvellement élu, prétendii qu'on lui devait une part de l'emprunt, et il en réclama le dhième. Les échevins ne répondant point à sa demande , il la fit publier au prône , dans toutes les paroisses; à ces menaces, il ajouta quelques préparatifs militaires pour appuyer sa démarche. Dès-lors les bourg- ois se réunirent en armes; au son de la cloche, et ils attaquèrent bravement les archers bien disciplines du prélat. Le chapitre «le Reims n'osait se déclarer ouvertement pour son archevêque ; les chanoines ménageaient dans leuis discours les membres de la commune; ils se répandaient dans les gronpes formés dans les rues; comme ils avaient en général de la facilité à s'exprimer, on les écoutait avec assez

de plaisir, ci quand un orateur populaire avail dii de nombreuses injures contre l'archevêque, ils prenaient aussitôt la parole : « Prenez garde , mes amis , disaient ils aux assistant, vos privilèges ne som pas aussi rlairs que vous le pensez; peut-être vous trompez-vous sur vos intérêts? » Bref un b au malin , ils afflt m ère ni , an milieu d'un nombreux rassemblement , que la ville n'avait pnsl ! droit de commune.

Il résulta de cet aveu une révolte terrible qui ne fut calmée que par l'intervention du roi saint Louis.

De pareils faits suffisent pour expliquer l'existence orageuse des communes , et l'ardeur avec laquelle les populations se jetaient dans la guerre civile. Nous comprenons difficilement, dans notre siècle de civilisation , ces mouvemens armés de la bourgeoisie; nous sommes babil nés à voir dans le nom de bourgeois , l'opposé du nom de soldat ; mais dans ces premiers temps d'indépendance, le bourgeois maniafc l'arbalète et la pique aussi bien que les comtes et barons, et, plus d'une fois, il les fit trembler sous leurs lourdes armures de fer.

Quelles prouesses ne fireni pas les bourgeois à la bataille de Bouvines ? Vous eussiez vu tous les gens de la commune d'Amiens rangés sous leur bannière , sur laquelle était peinte la tête de monsieur saint Martin? Et puis les gras bourgeois de Béarnais , ceux de Compiègne et de Neve'rs, de Chai très et de Péronne ! Les barons riaient sous leurs casques de l'air peu guerroyant de ces hommes sans cotte de nnille ni boucliers, armés d'arbalètes et de massues j mais ils virent bien au fort de la bataille qu'il ne fallait pas s'en moquer, car les bourgeois frappèrent dru comme chevaliers expérimentés. Dans celle mémorable journée de Bouvines, ils rendirent d'éminens services à Philippe- Auguste ; ils se portèrent partout où le danger était menaçant; lorsque la victoire parut douteuse, ce fut les bourgeois qui coururent au secours de l'étendard royal , et les récils contemporains sont remplis des grandes prouessses des citoyens de Noyon, de Montdidier, de Soissuns, de Corbeil, d'Amiens et de Beauvais; ils firent grand nombre de prisonniers, tous barons et chevaliers de bonne origine.

Nous avons fait connaître les concessions diverses faites par Philippe Auguste au système communal; il attirait ainsi dans ses intérêts les habitans des villes. Quelquefois il eut peur de cette explosion de liberté , et alors il réprima avec force les tentatives trop violentes- A Nîmes, les bourgeois se soulevèrent contre leurs propres magistrats, ils expulsèrent leurs consuls, parce que, disaient-ils, ils étaient trop dévoués à l'évêque. Philippe-Auguste cassa les privilèges de la ville; ce n'élait pourtant là qu'un accident. Le caractère dominant du règne de Philippe-Auguste, c'est la protection royale accordée aux gens des communes, et leur organisation municipale par l'élection; l'administration des cités prend une forme plus générale et plus régulière; Philippe-Auguste adresse ries lettres circulaires aux échevins el aux jurés sur la manière d'arrêter les clercs lorsqu'ils auront mérité quelques poursuites de la part de la commune. Il y avait ainsi progrès dans la marche du pouvoir municipal , en faveur.de la royauté; le monarque .s'en déclarait le protecteur.

Nous arrivons maintenant au règne de saint Louis, si riche par ses grandes institutions. Ici se manifeste un véritable mouvement de centralisation. L'ordonnance rendue par saint Louis en l'année 1230 sur l'administration municipale des bonnes villes est du plus haut intérêt. Le roi se considérait comme le défenseur naturel des communes. « Il ordonna que tous les consuls, jurés, nonces ou échevins de France seraient élus par les habitans rassemblés en la maison de ville, tous dans un même jour, le lendemain de la fête de saint Simon et saint Jude. Aux octaves de la Saint-Martin, tous ces magistrats devaient se rendre à Paris auprès de S. M. alin de rendre compte de leurs receltes et de leurs dépenses; il fallait désormais une autorisation royale aux bonnes villes pour prêter sommes de deniers ou marchandises à leurs voisins; le receveur de la

ville devait avoir grand soin des deniers d'icelle. et les garder soigneusement dans une caisse, construite et bâtie pour ce l'aire. »

C'était là, comme on voit , une première ordonnance de centralisation el de comptabilité municipale. Dans ce premier mouvement de la révolution communale, les rois

Virent une force nouvelle qui leur prêtait appui contre la féodalité; ils tendirent la main à qui leur donnait aide. Mais la bourgeoisie, prenant une trop haute importance par rapport aux droits de la couronne, les rois durent veiller tout à la fois à régler l'esprit bourgeois, à tempérer cette force nouvelle et à la diriger surtout dans l'intérêt de leur

pouvoir.

Ce qui distingue le règne de saint Louis , c est la substititution du système des prévôts à la commune pure et simple, c'est-à-dire l'organisation royale remplaçant la primitive institution populaire. Le prévôt était l'homme du roi , son officier délégué , il surveillait tout le mouvement et l'organisation communale; le prévôt était une espèce de préfet, chargé de la police et de la direction de la cité en faveur de la couronne. Le règne de saint Louis fut peu favorable aux libertés des communes ; le roi ayant besoin de grandes sommes d'argent pour ses entreprises de la Terre- Sainte, pour ces immenses croisades qui s'organisaient contre les infidèles, les taxes da. s les villes se multiplièrent à l'infini. Ce qui les rendait plus onéreuses encore , c'étaient les exemptions multipliées que les chartes royales accordaient par des motifs de piété ou de bienveillance; si une commune avait bien mérité du roi dans une guerre, si elle possédait des reliques vénérées, le roi s'empressait de lui accorder des lettres d'exemption d'impôts, et ces privilèges, loin de soulager la masse du peuple, la chargeaient davantage; il fallait que les imposés payassent pour ceux qui ne l'étaient pas. La giande ordonnance de saint Louis, quiiixa la base pour la répartition de l'impôt, est ainsi conçue : « On élira trente ou quarante hommes au plus, par les conseils des bourgeois, selon la grandeur et la fortune des villes , et ceux-ci en éliront douze parmi eux, lesquels jureront que bien et justement ils lèveront l'impôt sans épargner aucun habitant, soit par amour, par haine ou par crainte; et puis quatre hommes seront choisis pour imposer les douze eux - mêmes. » Et pendant ce temps saint Louis exemptait de tout impôt les villes de La Rochelle, de Bourges, de Verneuil et de Saint-Denis.

Sous Philippe de Valois, le système des prévôts est en pleine vigueur; on lit dans une ordonnance de l'année 1551 , relative à la ville de Laon : « Il y aura à Laon un prévôt de la cité, qui y exercera pour le roi la justice sur tous les habitans. Les sommes dont les citoyens de Laon auront besoin pour la défense de leurs pâturages et de leurs franchises, pour la conservation des puits, des fontaines, sont levées par six personnes que le prévôt fera élire par le peuple. Le prévôt aura le maniement des deniers et la direction de toutes les affaires municipales. » Quelle ne fut pas la douleur de ce peuple, jouissant naguère de l'indépendance, élisant ses jurés et écuevins, administrant lui-même les affaires de la commune, de se voir dominé par un prévôt, homme le plus souvent inconnu à la cité, et que le roi envoyait de sa capiiale? Et à Reims, un arrêt du parlement consacra d'une manière formelle les prétentions du pouvoir r »yal , et on fit publier par la ville cette sentence : « La garde et le gouvernement de la cité appartiennent au roi seul, et à ceux qu'il lui plaira d'y commettre. » Les révoltes commençaient à devenir chose difficile ; le roi envoyait ses hommes d'armes partout où le tumulte éclatait; cependant quelques insuirections éclatèrent encore jusqu'au règne de Louis XI, époque où le système communal subit un changement complet.

A. Mazut.

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