‹ Magasin universelChapitre 277 sur 320 · SAINTE-MARY -LE-BOW · texte numérisé non relu

SAINTE-MARY -LE-BOW

Nous empruntons à l'auteur de Une année de Londres , lesobservations suivantes sur les églises anglaises en général et sur celle de Mary-le-13o\v en particulier. Cetie critique peu maligne, mais juste au fond, à d'autant plus choqué dans le temps les lecteurs anglais que l'église de Mary-le- Bow est considérée à Londres comme un des temples modèles pour l'harmonie parfaite de sa décoration intérieure et de sa distribution avec son caractère religieux. Poumons, Français, qui sommes habitués au caractère grandiose et sévère de nos vieilles cathédrales, le jugement que l'on va lire ne nous paraîtra pas pécher par excès de sévérité.

L'auteur suppose que son Cicérone l'ait introduit dans l'église de Mary-le-Bo\v sans lui apprendre la destination de cet édifice. Le premier coup d'œil qu'il jette dans l'intérieur le lui fait prendre pour une salle de spectacle.

« Un parterre et deux rangs de loges , ou pour mieux dire, deux grandes et belles galeries parfaitement décorées et régnant tout autour de la salle, me confirmaient dans mon opinion en offrant à mes regards une assemblée brillante composée surtout de dames qui semblaient se disputer le iprix de l'élégance- Deux bancs circulaires régnaient le long des murs au rez-de-chaussée; de là jusqu'à l'endroit où la compagnie étail assise, régnait un espace vide assez considérable, une espèce de passage semblable à celui qu'on voit derrière les loges dans quelques-uns de nos petits spectacles, et où peuvent rester debout ceux des spectateurs qui n'ont pas trouvé de place, dans l'intérieur. Celait là

que je m'étais mis afin de pouvoir circuler et de mieux examiner.

« Je ne tardai pas à apercevoir au bout de la salle une très belle chaire ornée de velours cramoisi bordé de franges d'or et je reconnus alors que j'étais dans une église. C'était celle que l'on appelle Mary-h-Boiv, par corruption de Marie-la-Bonne.

a Cette église, dont la construction n'est pas ancienne rivalise en splendeur et en richesse avec les salles de Covent- Garden et de Drury-Lane. ,

D'un autre côté du temple sont deux autres chaires placées à des hauteurs différentes l'une devant l'autre. C'est si l'on veut une chaire à deux étages. Le ministre qui fait les prières se place dans la partie supérieure , et celui qui lui répond se trouve dans celle de dessons. La première dont j'ai parlé est destinée au prédicateur. En face de la principale porte d'entrée est un grand tableau en transparant représentant l'ange qui annonce aux bergers la naissance du Sauveur, ornement très rare dans les églises d'Angleterre. Au surplus je ne sais pourquoi j'appelle ce tableau un ornement, car il fait tache dans cette jolie église et quoiqu'il soit de M. West, c'est-à-dire du peintre le plus renommée de l'école anglaise actuelle (1), je ne me souviens pas d'avoir vu une plus mauvaise croûte dans aucune église de village de France. Les pauvres bergers durent véritablement être frappés de terreur , si l'ange qui leur apparut avait les traits et la pose de celui qu'on voit sur ce tableau et qui est le portrait fidèle d'un brigand de mélodramme.

« Cette église est très belle sans doute, mais d'un genre de beauté peu convenable à une église consacrée au culte de la Divinité et qui n'inspire ni recueillement ni idées religieuses.

« Une chose m'a frappé dans toutes les églises protestantes que j'ai vues à Londres. Je n'y ai presque jar- ais trouvé que ce qu'on appelle du beau monde. Le nei. .e va fort peu dans les églises , parce qu'il serait difficile qu'il y

( Eglise île Ste.-Marj -le-bow.)

allât. Remarquez que tout l'intérieur des églises est divisé en comparlinicns, qu'on nomme en France des bancs et

(1) Ceci éluil écrit eu 1819.

SCS

ici des pews. Ces places se louent fort cher. On paie dans l'église de Mary-le-Botv , une guinée , tous les trois mois, pour une seule place dans une de ces pews. "Voilà donc une dépense annuelle de vingt-quatre guinées ou de six cents francs pour une famille composée de six personnes , chose très commune en Angleterre. Encore est-il des pews qui se louent plus cher suivant qu'on est mieux placé pour voir et être vu. Vous concevez qu'un artisan ne peut achètera ce prix-là le sermon de son ministre.

« Aussi rencontre- t-on peu d'artisans dans les églises, et ceux qui les fréquentent sont ils conduits par un véritable esprit de dévotion. Ils sont obligés de se tenir de bout dans l'espace étroit qui sert de passage autour des murs pour arriver aux pews. Un grand nombre d'entre eux se réfugient dans les chapelles des méthodistes , des anabaptistes, des frères moraves, et des autres sectes si multipliées à Londres et qui accueil lent avec plaisir les néophytes de tous les rangs. Aussi le ministre actuel de Manj-le-Boiv , habile prédicateur , homme instruit et éclairé , ne voulut-il accepter la place qu'on lui offrit pendant qu'on bâtissait l'église, qu'à condition qu'on y laisserait pour le pauvre peuple un espace plus vaste et plus commode que de coutume. C'est pour cela qu'on y a placé des bancs le long des murs et que de là jusques aux pews, on a laissé vacant un espace plus considérable que dans les autres églises. Mais quoique toutes les distinctions humaines s'anéantissent devant la

divinité, jamais on ne verra en Angleterre les rangs confondus dans les temples , comme ils le sont dans les pays catholiques. L'orgueil anglais s'offenserait de ce mélange. »

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