BAVIÈRE. — RATISBONNE
( Yue du porche de la cathédrale de Ratisbonne.)
Le premier souvenir que réveille dans l'esprit des jeunes lecteurs de notre époque le nom de Ratisbonne est probablement celui de la célèbre bataille que se livrèrent pendant cinq jours les Français et les Autrichiens sous les murs de cette ville , bataille dans laquelle Napoléon fut légèrement atteint au talon droit par une balle amortie. Cet événement a fourni à un peintre de l'empire le sujet d'un grand tableau que la gravure et la lithographie ont reproduit à l'infini. Dans cette composition, l'empereur est re-
TOMB II. — Août i835.
présenté, un pied dans l'étrier, tenant d'une main les rênes et comme impatient de remonter sur son cheval, tandis que les chirurgiens s'empressent de panser sa blessure. C'était au mois d'avril 1809, après la victoire d'ÈckimiU. L'armée française s'était avancée pour s'emparer de Ratisbonne; les Autrichiens se présentèrent pour couvrir cette place , mais ils furent mis en pièces et la ville fut attaquée et prise d'assaut. La victoire fut cruelle cette fois ; tout ce qui fit résistance fut passé au fil de l'épée, et le nombre
des prisonniers s'éleva à huit mille. Ratisbonne souffrit beaucoup de cette lutte; un nombre considérable de maisons furent incendiées, et la perte s'éleva à plus de 1 ,300,000 florins. Un monument élevé l'année précédente à la mémoire du grand Copernic, mort en 1630 à Ratisbonne, échappa comme par miracle à la destruction; de toute cette trrêle de boulets qui renversaient les édifices, pas un ne l'atteignit ; ils semblaient, disaient les habitans de Ratisbonne , respecter la mémoire du célèbre astronome qui a eu la gloire de donner son nom au système du monde que l'on suit de nos jours (1).
Ce fait de la blessure de Napoléon est bien loin, au reste, de mériter la première place parmi ceux que présente l'histoire de Ratisbonne. Nous pourrions en effet rappeler le supplice de ces deux ecclésiastiques qui avaient osé blâmer la sentence du concile de Constance contre Jean Huss ; ils expièrent sur le bûcher leur hardiesse ; mais cent vingt-quatre ans plus lard, en 4542, la population de Ratisbonne , séparée en grande partie de l'église romaine , les mettait solennellement au rang des martyrs. — Nous pourrions mentionner aussi la naissance dans les murs de cette ville d'un des hommes les plus remarquables du xriesiècle, Don Juan d'Autriche, fils de Charles-Quint, qui gagna contre les Turcs la bataille de Lépante, qui maintint les Pays-Bas sous l'empire de l'Espagne, et mourut empoisonné par les ordres de son frère Philippe II, parce que ce tyran soupçonneux craignait qu'il ne se déclarât souverain de la Flandre.
Nkrasbre de citations historiques qui offrent un vif intérêt, pourraient grossir cette liste ; mais , resserrés par les limites étroites de ce recueil . nous nous bornerons à rappeler à nos lecteurs que Ratisbonne fut, depuis 1662, le siège de la diète de l'Empire , et que lorsque le grand-duché de Franefort fut fondé, cette ville fut comprise, ainsi que son territoire, dans les états de la Bavière.
Parmi les plus importantes constructions de Ratisbonne, il faut mentionner le fameux pont de quinze arches sur le Danube , qui a 1 ,091 pieds de longueur, le beau château du prince de la Tour et Taxis, l'hôtel-de-ville clans lequel s'assemblait la diète Germanique , et l'église cathédrale , dont la construction remonte à la première année du xv siècle.
Ratisbonne offre aux voyageurs curieux de nombreux éiablissemens d'instruction, de belles collections scienli- Hnaes, une riche galerie de tableaux et de précieuses bibliothèques.
Comme beaucoup de villes d'Allemagne , Ratisbonne a de? rues étroites et tortueuses , mais propres et bien pavées. Les maisons y sont fort élevées et construites dans le goût allemand. Avant le milieu du xvnc siècle , cette ville était presque entièrement bâtie en bois; aussi avant celte époque elle avait été sept fois sur le point d'être réduite en cendres. Ratisbonne compte aujourd'hui près de trente mille haaitans et est entourée de murailles, sans fortifications.
De l'autre côté du fleuve est la Ville de la Cour (Stadtam-llolf) , qu'on pourrait considérer comme un faubourg de Ratisbonne à laquelle elle est unie par un pont. Sladtam-Hoff, renferme quinze cents habitans environs; elle doit ù la destruction presque complète qu'elle éprouva en 1800, d'avoir été rebâtie avec beaucoup plus d'élégance et de solidité que dans les temps passes.