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COLONIES AGRICOLES DE LA SUEDE

Nous empruntons à l'ouvrage publié par M. le vicomte Alban de Villeneuve Bargemont , ancien conseiller d'état , sous le titre suivant : Economie Politique Chrétienne, l'article que l'on va lire sur les colonies militaires de la Suède. Cet ouvrage, plein de faits curieux et instructifs, vient d'obtenir le prix promis par l'Académie française à l'ouvrage le plus utile aux bonnes mœurs (1).

« Le royaume de Suède possède des colonies agricoles et militaires tout à la fois, qui ont puissamment contribué au développement de l'agriculture comme à celui de la puissance nationale du pays.

« Ces colonies furent fondées, vers 4 \ 80, par Charles XL ce prince ayant fait rentrer dans le domaine de l'état une masse considérable de biens-fonds usurpés par la noblesse, résolut de les employer à constituer , d'une manière permanente, l'armée nationale qui n'avait été recrutée jusqu'alors que d'une manière irrégulière. Il distribua tous les domaines ainsi réunis, en fiefs militaires de diverses grandeurs , dont les uns furent assignés aux officiers de tout grade et de toute arme , et les autres aux troupes de cavalerie. Le produit de ces terres devait tenir lieu de solde aux officiers et aux cavaliers chargés de les faire valoir. — Ensuite, afin de pourvoir à la levée des troupes en général et à l'entretien des soldats d'infanterie, Charles XI conclut avec les provinces des contrats d'après lesquels les propriétaires de biens fonciers, autres que les terres nobles, lussent répartis en petites associations , dont chacune devait fournir un homme pour être soldat à vie, ou le remplacer en cas de mort ou d'infirmités. Sous cette condition . les propriétaires et leurs entons furent affranchis du service mili-

(i) Trois volumes iii-8" très toits, avec tableaux , ••'"' plans, etc., i>rix ■xU Jiaucs : duel Paulin . rue de Seine, "

iaiie. Les associations différèrent de nature, selon qu'elles étaient destinées à fournir des soldats de cavalerie ou d infanterie.

Les premières étaient tenues seulement de pourvoir constamment d'un cheval le cavalier cultivateur établi sur un terrain assigné par la couronne.

Les secondes étaient obligées de fournir à chaque soldat d'infanterie une chaumière et une portion de terre suffisante pour qu'il put trouver son existence en la faisant valoir par son travail.

En outre l'habillement des cavaliers et des fantassins était à la charge des associations qui les engageaient.

Ce système de colonisation mililaire permit à Charles XI de porter à 60,000 hommes l'armée suédoise qui n'était que de 14,000 sous Gustave-le-Grand. C'est à lui que Charles XII dut ces excellens soldats qui, dirigés par son génie, accomplirent tant de prodiges non-seulement sur les champs de bataille, mais encore dans les admirables travaux entrepris pour la colonisation du royaume.

Les colonies militaires de la Suède ont subsisté avec succès jusqu'à ce jour d'après les mêmes principes, et n'ont subit que de légères modifications dans les bases de leurs institutions. La répartition des propriétaires, et leurs as.sociations chargées de la levée et de l'entretien des soldais est aujourd'hui réglée d'après l'étendue du territoire et non d'après le nombre des personnes. De plus , la possession des terres nobles ayant été, en -I789, rendue légale pour toutes les classes de citoyens, l'exemption du recrutement est devenue un privilège attaché à une certaine classe de terres etnondepersonnes. Mais en cas de guerre ces terres privilégiées sont forcées de pourvoir à une levée extraordinaire.

Dès que l'association a trouvé un homme de bonne volonté qui consent à consacrer sa vie entière au service militaire, le gouvernement s'empare de sa personne et se charge de son équipement et l'astreint à habiter la propriété qui lui est assignée, où il peut habiter avec sa femme et ses enfans, s'il est marié, et qu'il fait valoir convenablement. Quelquefois, quand le produit du terrain est reconnu insuffisant pour assurer sa subsistance , l'association qui l'a engagé lui accorde une légère indemnité , soit en grain , soit en argent.

Le gouvernement accorde de son côté un supplément aux officiers dont les terres assignées primitivement à leur grade ont diminué de valeur par suite des temps. On s'est attaché à grouper les habitations des soldats autour de celles des officiers, de sorte que les canlonnemens d'un régiment constitue une véritable colonie militaire. Les villages que forment les réunions de fiefs militaires se distinguent aisément des autres, tant parla tournure militaire des habitans que par les numéros apposés aux chaumières et qui désigne le numéro d'ordre de chaque habitant dans sa compagnie.

Six régimens de cavalerie divisés en trois brigades et deux inspections générales, et vingt-six régimens d'infanterie divisés en neuf brigades et quatre inspections générales, sont ainsi répartis sur toufe la surface de la Suède. Ils portent le nom des provinces où il sont cantonnés. Depuis les lieutenant-généraux, qui sont chargés de l'inspection, jusqu'au dernier soldat, tous vivent'du produit de leurs concessions de terre ou des indemnités provinciales, et nul n'est soldé par l'état. Pendant onze mois de l'année, les troupes restent dans leurs foyers seulement, les régimens d'infanterie sont employés successivement à des travaux extraordinaires, au creusage des canaux ou à la construction des routes , et alors ils reçoivent une solde extraordinaire. Bien loin de murmurer de ce genre de travaux comme il arrive dans les autres armées , le soldat suédois' accoutumé à manier la bêche et la pioche, regarde l'exécution de ces entreprises nationales comme un grand àvinT tage. Aussi plusieurs régimens ont reçu annucl!emênFd3s

sommes très considérables, notamment pour avoir creusé le canal de Gotha.

Tous les dimanches les officiers et sous-officiers exercent les soldats qui sont immédiatement sous leurs ordres ; le mois de juin est consacré aux exercices généraux. Les compagnies s'exercent d'abord séparément , puis se réunissent en régimens. Au bout d'un mois tout est fini, et ce court espace de temps suffit pour donner à ces troupes colonisées une tenue excellente et un aplomb parfait. La cavalerie surtout est remarquable , et l'emporte sur celle de plusieurs autres nations de l'Europe chez qui elle est constamment sous les armes ; il est vrai que les officiers vivant au milieu de leurs soldats , et n'ayant pas les distractions nuisibles qu'offre la garnison, sont à même de les surveiller toute l'année et d'agir puissamment sur leur conduite morale. Tous les trois ans il y a une revue faite par le» officiers-généraux.

Dans ce système si parfaitement conçu, toutes les mesures ont coopéré au bien-être réciproque des diverses classes. Ainsi, l'ordre des paysans s'est vu affranchir d'une espèce de milice rigoureuse qui pouvait lui enlever les enfans, en obtenant la faculté de fournir des remplaçans dé bonne volonté; le soldat placé sous les drapaux a vu son sort susceptible de s'améliorer en raison de son aptitude au travail ; l'officier a pu se donner une existence aisée et honorable. La patrie enfin a procuré à ses défenseurs l'aptitude aux travaux les plus utiles en eux-mêmes , et les plus propres à la régularité de conduite et ài'esprit national, moyens dont le concours est si puissant pour faire le bon soldat.

On sait que la France vient d'imiter l'exemple de la Suède. ■:.. .

(Vue de la maison où naquil l'urémie, près de Sedan.)

En offrant à nos lecteurs une vue de la maison où naquit Turcnne, notre intention ne saurait être cl'énumerlcs'prin-

cipales circonstances de sa vie si bien connue même des enfans. Nous nous bornerons à citer quelques phrases bien caractéristiques du général Lamarque sur le fils du duc de Bouillon.

« On a souvent voulu comparer Condé et Turenne ; on a eu tort. Condé était né général, Turenne l'était devenu. Le premier se dirigeait par ses inspirations que Bossuet appelait ses illuminations ; le second, par la réflexion et les leçons fécondes de l'expérience.

« Condé ne fit pas faire un pas à l'art militaire; et Turenne , par une nouvelle formation des troupes , par l'emploi plus raisonné de l'infanterie , le porta à un haut degré de perfection. Ses plans de campagne , ses marches, sont admirables, et dans ses batailles nous trouvons toujours des dispositions variées, et habilement appliquées au terrain. Nous prendrons pour exemple la célèbre bataille des Dunes :

«Les Espagnols, fiers de marcher sous les ordres de Condé et de Hocquincourt , s'avançaient pour faire lever le siège de Dunkerque. Turenne sort de ses retranchemens à la tête de quinze mille hommes, dont six mille de cavalerie ; il les range sur deux lignes , et se ménage une réserve de dix escadrons; sa gauche s'appuie à la mer, sa droite, au canal de Furnes; il marche lentement, dans le plus grand ordre; et quand la brigade anglaise qui combattait avec nous , attaque le point culminant des Dunes où les Espagnols étaient en face, le général français, qui a tout prévu , profile habilement de la descente de la marée , qui laisse un vaste terrain découvert sur la droite des Espagnols, pour y jeter sa reserve et les déborder ; il se place ensuite entre deux lignes et les met dans un désordre qui décide du gain de la bataille. »

DU SYSTEME COMMUNAL EN FRANCE

(Cinquième article.) — (Voy. pag. 3n.)

Système des prévôtés. — Soissons. — Importance de la bourgeoisie. — Résistance aux prescriptions royales. — Révolte de Montpellier. — Sa répression. — Statuts d'Avignon. — Création d'échevins à Dijon.

La ville deLaonque nous avons vu conquérir si bruyamment ses droits de commune, la libre élection, par le peuple rassemblé sur la place publique , de ses jurés et échevins, fut une des premières à subir le régime des prévôtés royales. Il en est de même de Soissons; l'existence de cette commune , malgré la haute réputation de sa charte municipale, fut peu tranquille et assez malheureuse; son histoire n'est qu'une longue querelle entre les magistrats bourgeois et l'évêque. Celui-ci était toujours en réclamation auprès du roi et menaçait de Cesser la célébration des offices, car, disait-il, la commune usurpe ma juridiction, elle me conteste le droit de1 justice qui m'appartient de toute ancienneté. Quelquefois c'étaient des malfaiteurs arrêtés par les officiers de la commune sur un terrain appartenant au clergé, d'autres fois encore c'étaient des clercs turbulens emprisonnés dans la maison de ville contre les privilèges de leur ordre. Tantôt les bourgeois avaient injurié le sacristain ou le bedeau; tantôt ils avaient refusé de les secourir contre ceux qui les maliraitent, ils n'avaient point voulu sonner la cloche ni crier : Haye! haye! comme il était d'usage lorsque quelques inouvemens de rue venaient troubler le repos de la bonne cité. Sur toutes ces plaintes portées devant le parlement de Paris, le clergé eut gain de cause, et la ville fut eondam* née à payer, non-seul. •mciil de grosses amendes au roi el à l'évêque, mais encore ions les frais des procès intentés contre elle. Ces frais el ces amendes s'accumulèrenl tellement, (pie la ville se trouva chargée d'une dette si forte ,

qu'elle, fut hors dYlal.de payer sans ruiner les bourgeois par des impôts énormes. Dans celte extrémité, |. s h.ihiian.s.

ne sachant plus que faire , proposèrent au roi Charles-le- Bel , de lui vendre leur commune et de se soumettre au régime prévôtal , à condition que la dette publique deviendrait à la charge du roi.

Cette proposition devait plaire au monarque, qui recherchait alors, par toutes sortes de moyens, à dominer l'esprit bourgeois et les privilèges des cités; un traité fut conclu , le roi y disait : « Faisons savoir à tous présens et à venir , que , ayant reçu de la commune de Soissons une longue supplication des bourgeois et habitans d'icelle , tendant pour certaines causes à ce qu'ils fussent ci-après gouvernés en notre nom , par un prévôt que nous y établirons désormais , sans qu'ils aient jurés ni échevins en la commune • nous les avons reçus et recevons dès maintenant par la teneur de ces lettres , et les gouvernerons dorénavant par un prévôt que nous députerons; et voulons que le prévôt .qui par nous sera député gouverne en prévôté les habitans, et maintenons néanmoins les libertés et franchises qu'ils avaient au temps de la commune. »

Ce passage de l'état de commune au système des prévôtés , n'eut pas lieu sans regret ; les bourgeois de Soissons jetaient quelquefois un regard en arrière sur le temps où ils avaient une existence par eux-mêmes, des élections, des assemblées publiques ; sans doute , ils n'avaient plus à supporter le poids de leur dette; mais ils sentirent l'humiliation d'avoir perdu leuys vieilles lois et leurs anciennes libertés. Aussi dix ans s'étaient à peine écoulés qu'ils entamèrent avec Philippe de Valois, successeur de Charles-le- Bel , des négociations pour obtenir qu'on leur rendit les privilèges dont eux-mêmes s'étaient dépouillés. Des députés de la ville se rendirent à Paris dans un accoutrement de peu d'apparence, el en présence du roi, ils firent une longue harangue bien lamentable : « Sire , dirent-ils , il n'y a plus de corps de ville en la belle cité de Soissons; personne n'y prend soin des affaires publiques ; toutes choses y sont négligées, et c'est misérable à l'oeil de voir comme tous les édifices périssent petit à petit et s'en vont en poussière; n'est-ce pas pitoyable qu'une si noble et antique cité soit privée de tout ce que lui avaient laissé ses pères , bannière , maison de ville , élections et cloche pour rassembler les bourgeois ? » Philippe de Valois écouta favorablement ces doléances ; mais pouvait-il consentir au rétablisment de la commune telle qu'elle avait existé aux Xe et xiic siècle ? N'aurait-il pas détruit ses droits, diminuer son pouvoir ? Il maintint donc dans la ville de Soissons le prévôt nommé par lui ; seulement il permit aux bourgeois d'élire chaque année quatre personnes qui , sous le titre d'échevins, assisteraient le prévôt pour rendre la justice et administrer les affaires municipales.

Il était alors dans l'intérêt de la royauté de ménager les bourgeois , qui commençaient fortement à murmurer des vexations que leur faisaient subir les délégués royaux. Les bourgeois, gens économes, étaient parvenus à amasser force deniers, et sous le règne du roi Jean (1550-1364) , ils formaient la classe la plus riche du royaume. Lorsqu'un subside était demandé , on ne pouvait le requérir des seigneurs féodaux, car ils refusaient en prétextant qu'ils ne devaient que le service militaire. Le moyen le plus simple pour avoir de l'argent , c'était d'imposer la bourgeoisie.

Celte habitude de demander de l'argent aux bourgeois créa leur influence dans les affaires publiques; il était impossible qu'ils donnassent long-temps leurs deniers, sans examiner à quel objet ils étaient employés. I a force militaire elle-même avait passé dans les villes; en toutes les batailles , les vaillans archets des communes s'étaient montrés les égaux de la chevalerie; ils étaient un puissant se cours à la royanle. Aussi voit-on les bourgeois jouir d'une haute importance p.iliiique au commencement du règne de Charles V, le fils et le successeur du roi Jean. El (railleurs dois les grandes Cités, chacun se tenait sur un pied île de feiisc. respectable; les maisons étaient surmontées de hautes lours; des nicurti ici es longues el resserrées permettaient

de soutenir un siège au seuil ae chaque porte; les rues étroites , coupées par des bornes auxquelles des chaînes étaient attachées , défendaient aux hommes d'armes du roi de les parcourir impunément. Les chevaliers préféraient dix fois combattre en rase campagne , que d'avoir à lutter contre des populations ainsi retranchées.

Dès lors, les bourgeois, s'apercevant de l'accroissement rapide de leur puissance , se montrèrent moins soumis aux ordres, quelquefois arbitraires , du seigneur-roi; plusieurs fois, sous les règnes de Charles V et de Charles VI, ils refusèrent obéissance aux injonctions du prévôt royal. Le mercredi de l'A vent, en l'année 1364, on publia à son de trompe , dans toutes les villes du domaine de la couronne, une ordonnance ainsi conçue • « Prévôts et échevins , nous vous mandons que hâtivement et sans délai , vous fassiez crier que toutes sortes de gens qni n'ont six mille livres de rentes, n'usent et ne puissent user dans leurs logis, de vaisselle d'or ou d'argent , pour boire ni pour manger , et trente jours après cette criée , tous ceux qui ont de ladite vaisselle , la porteront à la monnaie , car nous en avons grand besoin pour faire de l'argent , au profit commun de notre royaume. »

L'objet de cette ordonnance était de faire rentrer dans les coffres royaux de fortes masses d'argent ; elle enlevait aux bons bourgeois économes les deniers qu'ils avaient amassés avec tant de peines et sueur, et qu'ils préféraient à toute chose , même à leur vie. Quels ne furent pas les murmures du peuple ? il commençait à s'agiter , chacun prenait son arquebuse sur l'épaule pour défendre ses droits , lorsque une seconde ordonnance décida complètement la bourgeoisie à paraître armée sur la place publique.

Il s'agissait de certains réglemens sur le luxe ; les prévôts parcoururent les rues avec des trompettes et des tambours, et proclamèrent les dispositions suivantes : « Nul bourgeois ni bourgeoise n'aura voiture, et ne pourront porter fourrures, or, ni pierres précieuses. Nulle demoiselle, si elle n'est châtelaine, n'aura qu'une paire de robes par an. Nul ne devra avoir au grand manger (dîner) que deux mets et un potage au lard; et au petit manger (souper) qu'un mets et un entre-mets. Toutefois, au déjeuner, il pourra donner un potage et deux mets ou trois mets sans potage ; on ne mettra dans les escuelles qu'une sorte de viande , laquelle sera comptée pour un mets. Nos officiers et sergens sont tenus défaire garder icelle ordonnance, et tous les contrevenans paieront cinquante livres; celui en la connaissance duquel la forfaiture viendra , et qui la dira , aura le tiers de l'amende. »

Lés bourgeois marmotèrent beaucoup en écoutant celte vilaine et minutieuse ordonnance , qui pénétrait dans leur vie intérieure, et ressemblait si bien à un acte d'inquisition ; en s'en retournant dans leur logis, ils jurèrent mutuellement de ne pas obéir, et de résister aux prescriptions étroites et toutes domestiques de l'autorité royale. Ce qu'ils firent en effet, à Paris surtout, où chaque bourgeois, fortifié dans sa maison , ne permit jamais aux sergens du roi de faire les recherches nécessaires à l'exécution de la volonté royale.

Toutes les villes n'étaient pas fortes comme la grande cité de Paris ; aussi à Montpellier, il y eut une grande mesure de sévérité prise contre la commune. En \ 570 environ, le duc d'Anjou ordonna la levée d'un impôt sur chaque habitans ; les bourgeois n'y voulurent pas consentir ; ils se levèrent en masse, au son de la campane (cloche municipale), égorgèrent les officiers de monseigneur d'Anjou, et il y en eut bien quatre-vingts de tués et jetés dans les puits , dont on n'entendit plus parler. Le duc d'Anjou , tout rouge de colère lorsqu'on lui rapporta cette nouvelle, rassembla en toute hâte une innombrable troupe de chevaliers , et après un assez long siège , il finit par se rendre maître de la cité rebelle. Or , ce qui advint aux habitans est chose bien lamentable et digne de compassion, Le jour

de l'entrée du duc d'Anjou , on vit les clercs , bourgeois , universitaires, s'avancer en procession, chantant le Miserere; puis venaient les enfans des bourgeois qui poussaient le cri de miséricorde', les magistrats municipaux s'étaient dépouillés de leurs insignes ; ils portaient au comte le battant de la campane qui avait appelé les habitans aux armes. La cité fut condamnée à perdre consuls, nonces, maison commune , scel et cloche ; six cents citoyens furent destinés, savoir : deux cents à avoir la tête tranchée; deux cents à être pendus ; et deux cents à une perpétuelle servitude; il fut fondé une chapelle expiatoire pour y déposer la cloche avec laquelle on avait sonné le tocsin. Ces mesures sanglantes effrayèrent un grand nombre de villes, et favorisaient ainsi les actes illégaux de la royauté.

Avignon pourtant résista avec avantage à la chevalerie du roi de France; ce fut un spectacle étonnant de voir avec quel courage les bourgeois combattirent pour le maintien de leurs franchises et libertés. Pvien n'était plus large que la liberté d'Avignon aux xnie et xrve siècles; les consuls, nonces, procureurs syndics, étaient tous élus par le peuple; la milice municipale seule garnissait les remparts et les plus hautes tourelles ; les magistrats élus traitaient d'égal à égal avec les comtes de Provence; elle consentait à protéger leurs officiers, comme les comtes à leur tour juraient de défendre les privilèges de la cité. Le conseil de la ville se composait de quarante-huit conseillers , hommes prudens et sages, élus la veille de la Nativité de Notre Seigneur Jésus-Christ par l'universalité des habitans ; ces conseillers ainsi élus , nommaient les trois consuls qui devaient administrer les affaires communes : « Après avoir préalablement, disent les statuts, juré sur les saints évangiles de Dieu qu'ils éliront pour consuls des personnes aimant Dieu , l'église, les libertés et droits de la ville. Lesdits consuls , une fois nommés , seront tenus de se faire faire une robe de velours , pour l'honneur de la ville , laquelle ils porteront aux grandes solennités. Les consuls jureront de fidèlement garder et défendre- tous les droits et biens de la ville; ils garderont le sceau d'Avignon, fermé à trois serrures et trois clefs, et chacun d'eux en gardera une; et s'il arrive que l'un deux s'absente de la ville , il sera tenu de remettre la clef à ses collègues et compagnons. »

Dijon était administrée par vingt échevins depuis l'année 4255, époque où Hugues IV, duc de Bourgogne, concéda aux habitans une charte de privilèges. Cependant quelquefois les ducs abusèrent des libertés locales. En 1586, des différends s'élevèrent entre le duc de Bourgogne, Philippe-Ie-Hardi , et les échevins de la ville; le procès fut conduit à la cour de parlement à Paris , laquelle cour reconnut par un arrêt solennel les privilèges de la cité, Philippe se soumit à cet arrêt, et se montra par la suite strict observateur des libertés de la bonne ville ; à ce point, qu'ayant rendu une ordonnance pour changer la manière des publications, qui avaient lieu à son de cor, et qui se feraient dorénavant à son de trompette : « Toutefois , ajoutait-il , selon le bon plaisir des habitans , et sans que cela puisse préjudicier ou porter atteinte aux privilèges vieils ou nouveaux de la ville. »

Nous arrivons maintenant au règne de Louis XI, de ce prince grand administrateur ; et ici nous aurons à faire connaître la révolution importante que les communes éprouvèrent sous son règne , révolution , à notre avis , mal comprise, encore imparfaitement connue, et que nous apprécierons dans son ensemble et dans ses résultats.

A. Mazut.

POLYNESIE. - TAITI.

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