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LES MISSIONNAIRES ANGLAIS

Nous avons dit dans un premier article les mœurs et la croyance des habitans de l'île de Taïti avant l'arrivée des

(r) Voyez page 89.

missionnaires anglais. Il nous reste à dire le rô*e que ceuxci ont joué dans cette contrée. Ce rôle a été moins civilisateur et moins moral qu'on ne l'avait d'abord espéré.

Les officiers du navire la Coquille, destiné à une expédition scientifique, sous le commandement du savant M. Duperrey , et après eux le capitaine Kotzebue , ont jugé avec sévérité les missionnaires anglicans. Ce dernier les a accusés de traiter avec une rigueur excessive, non-seulement les hommes coupables de vols légers , mais encore les jeunes femmes de Taïti, quand elles succombaient aux moindres faiblesses si communes dans cette île. Selon lui, l'amour de la vertu retient bien moins que la crainte les naturels dans le devoir.

Les missionnaires ont exercé une grande influence sur l'esprit de quelques-uns des rois de Taïti, et sont parvenus à faire établir une apparence de représentation nationale (I), et un code de lois tout à leur avantage. Craignant que les Européens ne vinssent contrarier leur influence, ils ont fait décréter qu'aucun étranger ne pourrait venir à terre sans une permission du gouvernement.

Celui des rois de Taïli qui a le plus fait pour la propagation de la religion chrétienne, Pomare Ier, traduisait luimême l'Ecriture-Sainte en langage taïiien. Malheureusement, dans ses dernières années, il s'était adonné à l'ivrognerie. Il se délassait de ce travail par de fréquentes libations de rhum, et quand il se sentait à moitié ivre, il disait avec une grande naïveté : « O Pomare, Pomare, ton cochon est maintenant plus en état de régner que toi ! »

L'une des choses qui avaient le plus ravi Pomare Ier, c'était l'établissement d'une imprimerie fondée par les missionnaires.

Les missionnaires ont eu le talent de diviser le peuple de l'aristocratie de l'île et de s'appuyer sur le premier pour

(i) Le dessinateur de la Coquille assista un jour à l'une des assemblées nationales de Taïti. Il y vint quatre mille votans. On y délibéra sur les impôts.

anaisser ia seconde , surtout la famille royaie , quand elle n'était pas à leur dévotion. Voici un trait qui peut donner une idée de leur adresse. Pendant la minorité d'un des descendans de Pomare Ier, une princesse du sang royal , chargée de la régence , se montra peu disposée à se laisser guider par les missionnaires , et devint l'objet de leur jalousie. Elle avait été en grande pompe rendre visite au chef d'un territoire voisin ; pendant son séjour dans cette résidence, elle fit scier et mettre en œuvre le tronc d'un arbre dont les gens de sa suite avaient besoin , sans en demander la permission au propriétaire de l'arbre , et sans l'indemniser. A l'instigation des missionnaires , ce dernier va porter plainte au juge ; la régente est citée à comparaître devant lui ; on lui montre la loi nouvelle qui punit le vol ; elle déclare en vain qu'elle est au-dessus des lois , et veut racheter son délit par une indemnité pécuniaire. Le juge lui présente le code en la défiant de trouver un article qui fasse exception en sa faveur , et la régente consternée se trouve trop heureuse de voir le plaignant se désister de sa demande. A partir de ce jour, l'esprit de la loi faile par les missionnaires passa dans les mœurs des Taïlieus ; l'aristocratie locale était humiliée et vaincue, et le pouvoir était plus que jamais aux mains des missionnaires.

L'un des derniers navigateurs qui aient visité Taïti est le capitaine Waldegrave. Il a trouvé les habitans de l'île peu habitués encore au nouveau régime politique. L'influence, des missionnaires sur le peuple n'allait pas jusqu'à empêcher la famille royale de vivre dans une scandaleuse dissolution imitée par tous ceux qui l'entouraient. Et pendant ce temps les missionnaires se livraient avec avidité aux spéculations industrielles , faisaient dans l'île le monopole du bétail et de plusieurs autres denrées, et descendaient même jusqu'à se faire les courtiers et les fournisseurs des navires. Il paraît que , malgré les changemens qu'ils ont introduitdans la législation et l'administration de Taïli, l'industrie y a fait très peu de progrès , et même que les naturels ont perdu quelques-uns de leurs arts primitifs.

(Anciennes idoles des insulaires de la Polynésie )

Li-» bureau \ d'Àbouiieu»ei)l et de Vente font rue de Seinc-S.;int- Germain, 9.

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