Tome IL— Àoûti
Dans le cas particulier où quelques défauts de construction quelques changemens de forme survenus naturellement, auraient donné au vaisseau ce qu'on appelle un faux côté, c'est-à-dire un peu plus de pesanteur d'un côté que de l'autre , il faudrait contrebalancer cette inégalité en mettant un peu plus de lest du côté opposé.
Cette première charge est distribuée par l'arrimeur de manière à former une sorte.de plancher bien horizontal sur lequel on établit solidement les caisses en fer et les pièces qui doivent contenir la provision d'eau , les pièces de vin , les gargousses de poudre dans des caissons , et les barils de poudre, les futailles qui contiennent les provisions de l'équipage, etc.; pour plus de commodité, on embarque les pièces vides, et on y fait descendre les liquides au moyen de manches ou tuyaux en cuir ou en toile; on ne fait d'exception que pour les vins fins de la cave du capitaine et ceux de la table des officiers auxquels nuirait le transvasement. Les caisses sont préservées de leur contact mutuel par des rondins de bois ou des coins d'arrimage ; le bois de corde est placé, partout où il se trouve des vides, et sert ainsi à consolider l'ensemble; à mesure qu'il y a des pièces de vidées , on, les remplit, d'eau de mer , afin de ne pas changer sensiblement la distribution du poids et l'équilibre total. : , ■■;...,,.
On a eu quelquefois de malheureux exemples du dérangement du lest, et des autres objets dont se compose la charge du vaisseau; ce grave inconvénient ne pouvant qu'augmenter de plus en plus lorsque le navire est en mer, exige que le navire relâche le plus tôt possible: non-seulement ce dérangement peut détériorer les diverses parties
du rmatériel et les provisions, mais encore il gêne la marche du navin ï et peut même en compromettre l'existence. On compre nd combien , sous ce rapport , sont précieuses les caisses en fer qui reçoivent l'eau; leur forme donne en effet à lei ir ensemble plus de solidité que n'en saurait avoir celui des futailles ; elles ont en outre l'immense avantage de conserver l'eau bien plus long-temps, de n'être point suscej VJbles de coulage et de ne pas laisser entre elles ces énonces vides par lesquels Jes futailles
étaient séparées. , ,' ,■
, { La suite a un prochain numéro,)
LES CHALES DE jL'INDE ET DE LA FRANGE.
Il n'y a plus aujourd'hui à justifier l'orthographe du mot châle qui est devenue à peu près générale, et. qui d'ailleurs a été adoptée coripme la seule raisonnable et la seule française parlacommissjion du Dictionnaire de l' Académie, ainsi que son travail le brouvera bientôt. De temps immémorial, ce mot désigne ' d'.-ms les langues orientales, une étoffe ouvragée, destinée', soit à être roulée en turban ou en ceinturé pour l'habillement des deux sexes, soit à servir de tenture ou de tapis dans les habitations des grands en Europe; elle constitue aussi , depuis tin quart de siècle environ, une pièce importante du vêtement, majs seulement des femmes. La principale fabrication des châles de l'Inde est à Sirinagor el dans toute là vallé^ de Cachemire, que traverse la Djâlem , l'antique L\yd<?spe. L'Europe a longtemps ignoré ce produit, qui en -effet „ avec les modes anciennes devait y être sans emploi. (Mais à peine fut il connu en France que l'imitation s'en empara ; c'était au commencement du siècle, et dans un montent où le costume des femmes subissait une grande métamorphose : le châle remplaça le mantelet. En peu de temps, 'il y eut des châles de toutes Tes façons ; le coton , la soie et la laine, furent les premières matières qui entrèrent dans leur composition : on n'en possédait pas alors de plus précieuses à y consacrer. - Les dessins ëTaiënt , par leur simplicité , en rapport avec le peu de valeur des matières employées , et d'ailleurs les châles de cachemire de ce temps étaient fort simples euxmêmes; les Bellangé, les Renouard , les Colin, les Lagordey donnèrent le jour à une industrie dont le modeste berceau' ne pronostiquait assurément pas la brillante destinée. Ces maîtres tle l'art ; ne-, tardèrent point à se lasser de travailler sur des matières communes ; les investigations de MvBellangff fui apprirent qu'il existait dans le commerce un duvet léger, blanc,' soyeux , dont la chapellerie av;;i! Femproi ; il s'assura par des essais que, de plus, il était éminemment textile. Dès lors le châle cachemire français fut trouvé, el grâce -à cet habile Fabricant, « Paris prit rang parmi les villes manufacturières du royaume. » Ce n'est pas à dire que ce rhùle fuUléjà fabriqué à la manière de ceux de l'Inde; il s'en fallait de beaucoup alors; mais il IV't lit avec une matière .identique, du moins pour le résultat, h celle doht les Indiens faisaient usage.
Cette matière? pour laquelle nous sommes tributaires de la Russie, et qui nous vient par la foire de Nijnci-Nowogorod/esl le duvet interposé entre les poils dos chèvres île Kirghiz, peuples nomades qui errent, dans les steppes voisines d'Astracan et de ('«ourieff, el dont la principale richesse provient des 'nombreux troupeaux qu'ils élèvent. » >s chèvres sont précisément elles qili ont été importées en Prtince', il va quinze ans. i|iii n'y ont jamais donne qu'un des rare duvet , Bl qu'une grande el inernyalile mystification a réussi trop long-temps à faire passeï pour Wnll uune nalenn-ni du Thili. I, quoique le'lïut.ei suit en cme plu q.,' Utraran pai'oel.i .v.iut-
Onen
EHsfAïiA fc ItrjHifui Ua ■•■ ; la i ibi rCaftidn fianea.se un B disserté s'ur la question de savoir si dam l'indd, ta matière
des châles est la toison de la chèvre , du chameau , ou du mouton , c'est-à-dire si c'est un duvet ou une laine. En 1823, les opinions précédemment émises sur ce sujet par tous les voyageurs dans l'Inde ont été résumées avec impartialité dans un ouvrage intitulé : Histoire des Châles r et le résultat a été pour la chèvre , du moins quant au nombre des votes , mais pour le mouton quant à leur poids. Depuis lors , de nouveaux voyageurs , hommes spéciaux cependant, tels que Moorcroff, le lieutenant Gérard Jaequemont , et d'autres encore dont les travaux sont indiqués dans les Mémoires de la société asiatique de Calcutta , n'ont fait qu'ajouter à l'incertitude, et aujourd'hui , comme alors , l'opinion est encore indécise entre les deux opinions; seulement, et si l'on raisonne par analogie, il est permis de croire que les châles de l'Inde sont ou peuvent être faits avec le duvet de là ehèvre, puisque les châles de fabrique française sont faits avec le duvet de la chèvre aussi. Aujourd'hui, comme à l'origine des châles, il s'en fait de loutes les façons et de ioutes les étoffes: imprimés, damassés, brodés, brochés, etc. ; mais nous continuerons de raisonner ici sur ceux dont l'imitation se rapproche le plus du cachemire de l'Inde. Ceux-là sont de deux sortes: les U;:s sont, faits au lancé, soit à la tire, soit an métier improprement dit Jacquart, et qui devrait au contraire s'appeler Vaùcanson, du nom de son véritable inventeur. Les aulres sont brodés par un travail analogue à la tapisserie à cause de la présence de la chaîne, mais analogue en résultat au travail qui donne la dentelle. On nomme ce travail espoulinage à cause des petites navettes ou espoulins que les ouvriers emploient. L'envers n'en est point découpe. Les châles du premier genre sont proprement les cachemires français. Ils sont découpés à l'envers après la fabrication , . sans que ce découpage, du moins dans les bonnes fabriques, nuise sensiblement à la solidité. La quantité qui s'en fait est très considérable; les étrangers les recherchent avec un grand empressement. Ceux de la seconde sorte, à la première vue , ressemblent tout-à-fait aux châles de cachemire même ; tout-à-fait n'est pas le mot, car à l'examen, ils leur sont de tous points inférieurs; on les vend presque touj. urs sous le nom rie châles de l'Inde, et comme s'ils en venaient réellement. Nul voyageur en Asie n'a décrit le mener sur lequel les Indiens exécutent leurs châles, parce que aucun d'eux n'étant manufacturier, n'a eu intérêt d'observer une fabrication cependant si importante, et n'a pensé qu'il rendrait service à l'art de tisser en l'observant. Nous bous sommes assurés de ce fait singulier par des recherches d'autant plus scrupuleuses , qu'elles avaient notre intérêt pour motif. Une preuve que le silence des écrivains est absolu sur ce sujet , c'est que plusieurs fabricans français ayant eu la louable idée de travailler les châles à la manière de l'Inde», chacun y est arrivé par un procédé qui lui est particulier, et dont il fail ordinairement mystère. Il .-emb'le que s'il avait existé, au contraire, les moindres données dans le livre d'un voyageur, quelqu'un de ces fabrirans en «lit eu connaissance. Les sociétés savantes auraient eu plusieurs fois l'occasion de les citer et de les produire suceessi vement; tous les fabricans auraitnt élé guidés d'après les notions fournies par ce voyageur, et il y aurait eu alors dans le travail particulier de chaque fabriquant une sorte d'uniforniitéquiauraitdéoole une commune origine. Fu silence aussi général fait croire que dans l'Iode la fabrication des châles est. cachée aux étrangers ; quelques-uns ont pu voir tkser dé belles étoffes unies et Mues, mais aurim no s'est jamais prévalu de l'avantage d'avoir vu faire des ehfiles façonnés; lé grand écueU île «vite hbi-ioatiOn en Franco est la cherté ,le In main- iViivre. Cepeuduil . si elle n'avait pas pour «■lu, "un le «Cxe eu fnvurde oui elle s'evree le débit des ■ hi'ii>'< 'le l'iu ta fait à Paris sor.iil Consider .iMr: nn pies ■I nomhre de Pabricafls s'adonnerait à en produire oueuv force ut à rechercher des procèdes «Von.» nuques, el la in.iin-d'o'uvre huilerait À RKSttre que les ouvriers de\iendraicul plus expeditifs. Enfin, la France
cesserait d'êlre tributaire en cela de l'Asie , parce qu'elle régagnerait par le bénéfice de tous les gains intermédiaires que procure le trafic des châles indiens, une grande partie de ce que les façons plus élevées de l'Europe donnent de désavantage sur celles des produits de l'Asie; mais, dii a-t-on, la nécessité d'avoir des dessins indiens pour soutenir notre goût à la hauteur de ce que le besoin de produire sans cesse du nouveau exige, nous forcerait toujours à recourir aux'châles de l'Inde comme modèles. — C'est là une question à décider.
Admettons qu'un jour on puisse établir , dans l'exécution du système des kdouanes, une surveillance telle qu'il n'entrât plus un seul châle de cachemire chez nous; croiton que la fabrication des deux genres de châles français, le broché et l'espouliné, cesserait pour cela dans nos ateliers ? nous ne le pensons pas. Il n'est personne qui ne reconnaisse la fixité des Indiens dans les usages et les mœurs de leur nation. Pour ne parler que des manufactures de ce peuple éternel , on ne saurait clouter que, participant de l'immutabilité de son caractère, elles n'aient dès l'origine, fourni à des besoins qui étaient toujours les mêmes, des produits qui étaient constamment semblables; affranchies d'une mode capricieuse et fantasque, assurées par conséquent d'un débit qu'aucun changement de goût ne peut interrompre, elles poursuivent avec sécurité des travaux dont le salaire est certain. Là nul essai à faire , nulle expérience à tenter dans les étoffes ; ce sont toujours les mêmes dessins , les mêmes couleurs, les mêmes matières ; dans les vêtemens, toujours les mêmes formes; toutefois un motif inconnu, mais très certainement bien puissant, a fait déroger les Indiens à leur antique routine. On ne peut affirmer si, pour leur usage personnel, ils ont renoncé aux châles à vieux dessins; ce qu'il ya de certain, c'est que les nouveaux diffèrent de ceux d'autrefois. Tout porte à penser que c'est la mode si mobile et si impérieuse de l'Europe qui a imposé ses goûts et dicté ses arrêts à l'Asie. A sa vois, les larges bordures ont insensiblement succédé aux étroites , les hautes palmes aux basses , les tons chauds aux tons éteints. Enfin, la simplicité a été remplacée par la richesse. Ce qui tendrait à faire croire que ces dessins nouveaux, et jusqu'ici inusités dans l'Inde, sont., sinon fournis immédiatement , du moins indiqués par le goût européen , c'est que le fabricant indien leur donne des dimensions qui croissent à proportion du penchant des femmes, non de l'Asie, mais de l'Europe, pour les choses extraordinaires. Avant de consommer la vente d'un châle ayant du reste tous les genres de mérites qui constituent la perfection , il faut de toute nécessité , ou dire à une femme que le châle qu'elle marchande est fait à Paris , et presque toujours elle le repousse avec dédain , ou le lui vendre comme s'il était de l'Inde; mais dans ce dernier cas , elle ne tarde pas à apprendre par ceux qui ont intérêt à ce que cet admirable industrie ne devienne pas nationale, que son châle, est français , et alors elle jette les hauts cris, va partout se disant trompée, et n'a de cesse qu'elle ne se soit fait reprendre son châle par le vendeur pour en racheter un autre qui sera de l'Inde , il est vrai , mais aussi qui sera vieux , sale et rapetassé. La vente du châle broché, dit cachemire français , n'a pas ces inconvéniens ; la condition inhérente à sa nature, celle d'être découpé à l'envers l'empêchera toujours de passer pour indien : il est donc acheté pour ce qu'il est, et le débit n'en est jamais en^ travé par aucune difficulté , par aucun de ces vices réùhibitoires qu'il est étrange de voir invoquer contre la plus belle fabrication du monde. Grâce aux perfectionnemens des procédés par lesquels le cachemire français est fabriqué , on lui a donné une profusion de dessins qui en a élevé peut-être trop le prix. Il y a peu de chose à dire des châles sous le rapport thechnologique. Le châle français, type de tous les autres, est le produit des mêmes outils qui font les autres étoffes brochées au lancé, et qui sont décrits dans les ouvrages spëciaux.Quels que soient les outils que l'on
emploie , l'ouvrage se fait à l'envers , et l'ouvrier ne le voit pas. Les sujets sortent de l'idée d'un dê&sihafeur ou soni' copiés sur un châle indien; ils sont peinis en couleurs vives, mais transparentes, sur un papier réglé; c'est ce que l'on nomme mise encarte. A cette opérai ion succède celle de la lecture oïi lissage de la carie peinte,, opération compliquée, ingénieuse, on pourrait presque dire merveilleuse, qui a pour but de mettre la carte en contact avec le métier; en effet , le dessin abandonné après le lissage et/îe métier sans le dessin, ce sont des objets inertes, des- corps privés de l'âme; mais lorsque, après le lissage, un métier équipé et un dessin sont mis en rapport par l'action nommée accrochage, l'ouvrier tisserand survient, enfin, qui, par une série de mouvemens des pifds et des mains, à ppi près mécaniques, produit le châîe et donne en quelque sorte la vie à la pensée du dessinateur. Si nous disons que le travail de l'ouvrier en châle est à peu près mécanique , c'est parce qu'il est soumis à un calcul de coups de navettes si précis, que, bien que l'ouvrier travaille à l'enveis, il donne forcément aux diverses parties du dessin , et à l'ensemble de l'ouvrage des dimensions (en hauteur seulement, car la largeur est invariable) , que le maître et le dessinateur ont voulues.
Toutefois , il faut être juste, il y a des ouvriers habiles , etqui, doués de beaucoupd'intelligence, la font servir, parla mise en pratique d'une foule de détails minutieux, au perfectionnement de l'ouvrage, et se rendent dignes par là d'être associés avec le dessinateur dans le mérite d'un châle bien fait; le dessin d'un châle broché est produit par des fils de trame de couleurs variées, et dont les nombres dépassent quelquefois quinze ou seize, entassés par le battant dans la même course. Le châle, lorsqu'il sort des mains de l'ouvrier, est d'une épaisseur considérable. Son poids dans certains cas s'élève à cinq kilog. ; il faut donc le soumettre à l'action d'un découpage, afin qu'il ne pèse pas plus qu'un châle de l'Inde , de grandeur et de disposition à peu près semblables.
On découpe à la main sur un métier mobile ou à la mécanique. L'excédant dont on a besoin dej se débarrasser est enlevé jusqu'à ce que les forces, instrument à tondre, atteignent presque l'étoffe même ; on pourrait croire que ces fils de trame qui, dans le découbage, perdent leur continuité par une multitude de solutions, deviennent susceptibles de se détacher du châle et c e tomber , ce qui ferait dire d'un châle qu'il est debroché; cependant, il n'en
est rien, tant ils sont solidement le pas de liage, c'est-; du battant combinés.
pas de liage, c'est-à-dire par le
engagés dans le tissu par jeu des lames , et l'effort
Après ce découpage, le châle passe dans les mains de l'apprêteur qui le lave, le fait sécher tendu, le presse à chaud, et le rend enfin quand il l'a mis en état d'entrer dans la consommation. /