BAINS CHEZ LES ANCIENS
L'heureuse influence des bains sur la santé et le bien-être qu'ils procurent , ont été appréciés dans tous les temps et dans tous les pays. L'histoire nous apprend l'emploi fréquent qu'en faisaient autrefois les Egyptiens , les Grecs et les Romains, et de nos jours , les Russes, les Finlandais, les Norwégiens et les autres peuples da nord, ont pour les bains un goût tout aussi prononcé que les Turcs, les Egyptiens modernes , les Persans et les Indous , qui vivent sous un ciel ardent.
Les fondateurs de quelques sectes ont fait de l'usage des bains une pratique religieuse, parce qu'ils ont compris l'importance de ces ablutions pour la salubrité publique. Partout où les classes pauvres ont pu recourir à peu de frais à ce simple traitement , on a vu diminuer rapidement la gravité et la fréquence de ces hideuses maladies de la peau, jadis si communes , non-seulement dans les pays chauds , mais encore dans les régions tempérées que nous habitons. On retrouve l'usage des bains chez tous les peuples de l'antiquité ; c'est ainsi que dans Homère nous voyons Télémaque conduit dans des bains d'une extrême propreté , et ensuite parfumé par les plus belles esclaves du palais.
Ce fut aux Grecs que les Romains empruntèrent nonseulement l'usage des bains , mais encore la forme et la destination des pièces qui les composaient. Sous César, les bains étaient tellement en usage , qu'on en trouvait dans toutes les maisons des particuliers aisés. Les Romains se baignaient ordinairement depuis midi jusqu'au soir ; il fut défendu par un édit de se baigner après le repas.
La forme de l'habillement des Grecs et des Romains, ainsi que la chaleur des climats qu'ils habitaient , leur imposèrent la nécessité de se baigner fréquemment; mais le luxe et la mollesse multiplièrent dans la suite les bains chez ces derniers, à tel point que sous les empereurs, ils y passaient presque la journée entière. C'est alors que s'élevèrent ces immenses monumens , connus sous le nom de thermes, et dans l'érection desquels chaque empereur voulut déployer sa magnificence en faisant sa cour au peuple; nous ne traiterons, dans ce premier article , que des bains privés.
L'appartement des bains se pratiquait dans la partie la plus reculée de la maison; il se composait d'une petite cour entourée de portiques sur trois de ses faces ; sur la quatrième était un bassin servant à prendre le bain froid en commun; ce bassin, appelé oaptisierium , quelquefois assez grand pour pouvoir y nager , était couvert d'un toit supporté par des colonnes en saillie.
On trouvait plus loin un autre bain froid ; c'était une pièce fermée , au milieu de laquelle était une vaste cuve qui pouvait contenir plusieurs personnes à. la fois. A proximité de ces bains , était le vestiaire , dans lequel des esclaves , après avoir déshabillé les baigneurs , pliaient leurs vêtemens et les serraient dans des cases ou armoires disposées à cet effet.
Venait ensuite le bain chaud : on y trouvait ordinairement plusieurs baignoires ; mais la principale , dans laquelle on descendait par des dégrés de marbre , était placée auprès d'un hémycicle garni de deux rangs de gradins. Cette disposition s'appelait l'école, parce que ceux qui s'y asseyaient pour assister au bain , sans y prendre part , s'y livraient à des entretiens philosophiques avec les baigneurs. Cette pièce était éclairée par en haut ; ces entretiens avaient lieu dans le bain froid comme dans le bain chaud.
Plus loin était l'ctuve , pièce ordinairement circulaire , entourée de trois rangs de gradins en marbre , au centre de laquelle était un bassin d'eau bouillante , d'où sortait un nuage épais de vapeur qui remplissait la salle et s'échappait par une ouverture pratiquée au sommet de la voûte.
On se plaçait en entrant, sur le premier gradin , puis sur le second , et enfin sur le troisième pour s'accoutumer par dégrés à la température de ce dernier , qui , en raison de sa situation, éprouvait une chaleur plus élevée que les autres. Indépendamment de cette vapeur, le pavé , les gradins , les revêtemens de la salle , et même les corridors adjacens , étaient chauffés par des fourneaux souterrains.
A ce genre d'étuves, on en substitua plus tard un autre, au centre de laquelle était un grand poêle chauffé par un fourneau ; il en sortait un courant d'air chaud dont on modérait à volonté la force , au moyen d'une soupape en bronze de la forme d'un bouclier , qui s'adaptait à la partie supérieure du poêle , et qu'on élevait ou descendait à l'aide d'une chaîne.
En sortant de l'étuve on entrait dans le bain chaud pour s'accoutumer insensiblement à l'air extérieur; là, des esclaves grattaient légèrement la peau des baigneurs avec des spatules d'ivoire , d'une forme propre à suivre les contours des muscles et de toutes les parties du corps , pour en extraire la sueur ; on les essuyait ensuite avec des étoffes de lin ou de coton , et on les couvrait d'un manteau de laine fine à long poil ; venaient ensuite les épileurs , chargés aussi de couper les ongles , et enfin des esclaves qui oignaient la peau d'huiles et d'essences parfumées.
En général les bains des anciens étaient revêtus de marbres ou de stucs décorés de peintures élégantes et analogues à leur destination, tels que la naissance de Vénus, les jeux des Tritons et des Nayades, des poissons de toute espèce qui semblaient nager dans les eaux. Le pavé de chacune d'elles, et même celui de la cour, était en mosaïque variée de forme et de couleur , et de la plus grande recherche. On a trouvé , dans les ruines de ces bains , un grand nombre de statues , de lampes de bronze , de vases d'argent et de terre cuite dorée, de la plus grande élégance.