ENGOULEVENT
La famille des fissirostres à laquelle appartient cet oiseau , réunit tous les passereaux qui ont le bec court , large , aplati horizontalement , légèrement crochu , sans échancrure , et profondément fendu ; l'ouverture de leur bouche est trèslarge , et ils engloutissent aisément les insectes qu'ils poursuivent au vol ; car ils sont exclusivement insectivores , éminemment voyageurs , et émigrent dans les zones tempérées.
Tous les engoulevens se ressemblent par leur plumage et par leurs habitudes. Ils ne sortent que vers le soir , de manière qu'on peut les appeler des oiseaux crépusculaires; la nature de leurs plumes soyeuses et les couleurs tendres qu'ils présentent , leur donnent la plus grande analogie , quant à l'enveloppe extérieure, avec les phalènes ou papillons du soir. Leurs yeux sont grands. Leur bec , garni de fortes moustaches , encore plus fendu qu'aux hirondelles, peut engloutir les plus gros insectes , qu'il retient au moyen d'une salive gluante , et porte sur sa base les narines en forme de petits tubes ; leurs ailes sont longues , leurs pieds courts, à tarses emplumés; le pouce peut se diriger en avant.
Ces oiseaux vivent isolés , ne volent que pendant le crépuscule ou dans les belles nuits , poursuivent les phalènes et autres insectes nocturnes , et déposent à terre et sans art un petit nombre d'oeufs. Quand ils volent , l'air qui s'engouffre dans leur large bec , y produit un bourdonnement particulier. On a dit qu'ils tètent les chèvres; mais il n'en est rien , et ce qui a donné lieu à cette opinion populaire , c'est qu'ils fréquentent les parcs des chèvres et des moutons pour s'empare* des insectes qui y sont attirés en grand
nombre. La seule espèce d'engoulevent qui existe en Europe, est longue de dix pouces et demi, ayant vingt-deux pouces d'envergure , d'un gris brun , ondulé et moucheté de brun noirâtre , avec une bande blanchâtre allant du bec à la nuque. Cet oiseau arrive chez nous au printemps , niche dans les bruyères, et va chercher des climats plus chauds au moment de l'année où sa nourriture devient moins abondante. Le mâle diffère de la femelle par une tache blanche, ovale, placée sur le côté intérieur des trois premières pennes de l'aile, et par une autre qui est au bout des deux pennes les plus extérieures de la queue.
(L'Engoulevent.)
Le vol de l'engoulevent , qui est bas et incertain lorsqu'on le fait lever en plein jour , est vif et soutenu après le coucher du soleil; mais il présente toujours des irrégularités, qui sont indispensables à cet oiseau , pour la poursuite de sa proie. C'est ainsi qu'on le voit quelquefois s'abattre avec impétuosité , se relever brusquement , et faire long-temps , et sans interruption , le tour d'un arbre où des insectes se sont réfugiés. Cet exercice semblerait devoir fournir aux chasseurs des moyens aisés d'atteindre ces oiseaux , mais loin de là, les engoulevens disparaissent au moindre bruit , et comme pendant le jour leur couleur empêche de les distinguer du feuillage qui les enveloppe et les protège , il faut les faire sortir , à grand bruit, des taillis où ils se blotissent, et les tirer au vol.