RICHESSE MINÉRALE DE L'ESPAGNE
L'Espagne était déjà célèbre dans l'antiquité par l'abondance des richesses minérales que produisait le sol. Pline qui , en exceptant l'Italie , regardait cette contrée comme la plus belle province de l'empire romain, rapporte en plusieurs points de son histoire naturelle , que de son temps on y exploitait un grand nombre de mines de plomb , d'étain , de fer , de cuivre, d'argent, d'or et de mercure. L'activité de cette industrie diminua pendant les troubles qui suivirent la chute de l'empire. Les Maures , qui ne se sont jamais appliqués sérieusement à l'exploitation des mines , et qui rarement même ont employé la pierre de taille pour la construction de leurs édifices, ne lui donnèrent pas une forte impulsion; toutefois, ils gardèrent en activité un assez grand nombre d'exploitations dans l'ouest de la Pénin suie. Mais l'industrie minérale fut presque entièrement anéantie, quand les Maures furent expulsés de celte partie de l'Europe. L'Espagne porte encore les fruits amers de l'énergie avec laquelle leurs vainqueurs détruisirent tout ce qui avait été créé par la civilisation de l'Orient : les souvenirs de cette terrible catastrophe sont encore viVans parmi le peuple, et lorsque le voyageur demande à quelle époque ont été élevés les monumens dont il rencontre fréquemment les mines , et par quelles mains ont été creosft les souterrains dans lesquels s'exploitaient autrefois toutes sortes de métaux , la tradition lui répond toujours que ces
choses se sont faites dans le temps des Maures; constamment elle rattache à la catastrophe la plus violente et la plus moderne les traces des révolutions qui, à diverses époques, ont désolé la Péninsule. j,.; , :
La découverte du Nouveau-Monde, a la fin du xv* siècle vint porter le dernier coup à l'art des mines en Espagne' dans le but de favoriser en Amérique une industrie nui était pour eux la source de grands revenus , les rois d'Espagne interdirent par des peines sévères l'exploitation des naines de la Péninsule, se réservant à cet égard un privilège exclusif, qu'ils concédèrent quelquefois à bail a des particuliers. Sous cette administration imparfaite, quelques mines, favorisées par des chances extraordinaires, donnèrent à leurs exploitans de grandes richesses ; mais la prospérité de ces entreprises , où les travaux étaient dirigés exclusivement dans l'intérêt du présent , ne fut jamais de longue durée : les mines de mercure d'Almaden , dont les produits étaient absolument nécessaires aux exploitations de métaux précieux dans la Nouvelle-Espagne , restèrent presque seules en activité , et envoyaient chaque année à Mexico cinq à six mille quintaux de mercure.
Vers le milieu du dernier siècle, l'exploitation de la mine des Huancavelica dans le Pérou , qui fournissait précédemment le mercure nécessaire au traitement des minerais argentifères de ce pays, ayant été interrompue par suite d'un éboulement , le besoin de ce métal se fit alors fortement sentir et donna une nouvelle activité aux mines d'Almaden, dont la production annuelle fut portée à dix-huit mille quintaux. Toutefois , divers accidens causés par les vices de l'exploitation , la guerre qui;, au commencement de ce siècle , dévasta la Péninsule pendant cinq années ; plus tard, enfin, la lutte d'où sortit l'indépendance des colonies américaines, et qui suspendit pendant plusieurs années l'exploitation des mines du Mexique et du Pérou , amenèrent diverses vicissitudes clans l'état de cette exploitation.
En 4820 , à l'exception d'Almaden , des mines de fer de la Biscaye et de quelques autres localités des provinces libres , l'exploitation des métaux était dans une décadence complète. Dans le nord de l'Espagne , l'industrie particulière , presque exclusivement appliquée au travail du fer, était protégée contre les prétentions de la couronne par des privilèges particuliers ; dans les autres provinces , un petit nombre de forges catalanes et de taillanderies placées dans la dépendance de majorats et de communautés religieuses, fournissaient à l'agriculture et à de grossières industries les produits que l'Espagne ne tirait pas au commerce extérieur ; quelques usines élevées par le gouvernement languissaient sur le sol le plus riche en métaux, malgré les avantages qu'assurait à leurs produits un monopole absolu.
C'est dans cet état de choses que survinrent les évènemens politiques de 1820. Les réglemens qui entravaient d'une manière si fâcheuse pour l'Espagne l'essor de l'industrie en faveur des colonies américaines , qui d'ailleurs étaient déjà en révolte ouverte pour se soustraire au joug de la métropole, étaient devenus tout-à-fait intolérables dans certaines localités; ils tombèrent immédiatement en désuétude à l'avènement d'une .administration nouvelle ayant pour mission de réformer les anciens abus, et un règlement provisoire transporta à celte époque dans le domaine commun le droit d'exploiter les richesses minérales. De nouveaux changemens politiques furent heureusement impuissans pour enlever à l'Espagne cette conquête de l'industrie, et' une loi des mines , rendue le 4 juillet t825, sur le rapport de don Fausto Elhuyar , assit l'industrie minérale de l'Espagne sur les principales bases adoptées dans la législation française.
Ces dispositions libérales ne tardèrent pas à porter leurs fruits ; et, dans le royaume de Grenade en particulier, les efforts de l'industrie privée produisirent dans le cours de trois années des résultats sans exemple. La population de la
contrée montueuse des Alpujarres , qui, depuis l'expulsion des Maures , vivait dans une misère et une démoralisation profondes , sortit tout à coup de son apathie , en apprenant qu'un monopole odieux avait enfin cessé , et se porta avec ardeur vers l'exploitation des mines de plomb , si abondantes dans le pays. Le succès dépassa les espérances les plus exagérées : un petit nombre de mois suffisait souvent pour créer des fortunes à de pauvres paysans que le hasard favorisait ; les exploitans se multiplièrent à l'infini, et dès 4826, plus de 3,500 mines avaient été mises en exploitation dans les sierras de Lador et de Lujar. Vers le milieu de l'année 4 853, 4,000 puits avaient déjà été creusés dans la seule sierra de Lador.
Avant 4820 les usines royales, qui seules avaient le privilège de fondre les minerais qu'elles achetaient au prix que le gouvernement voulait bien fixer, ne produisaient annuellement que 30 à 40,000 quintaux de plomb (1,870,000 kil.)En 4825, c'est-à-dire trois ans après les premières entreprises , la production s'élevait déjà à 500,000 quintaux (25,400,000 kilog.). En 4827, époque de la plus grande prospérité de la fabrique , la production de ce métal a été portéeà la quantité énorme de 800,000 quintaux (37,400,000 kilog.). Depuis 4827 les exploitans n'ayant pu continuer à renoncer à tout bénéfice , la production s'est trouvée en équilibre avec la demande de métal, et est restée à peu près station naire.
Aux environs d'Oviedo, dans les Asturies, de puissantes mines de houille , qui malheureusement ne sont encore liées avec la côte que par des communications très difficiles ; exportent pour les établissemens métallurgiques de la côte de l'Andalousie, des produits qui, de jour en jour, deviennent plus abondans. Dans ia même province , mais dans une situation plus favorable , près de ia rivière d'Aviles, une compagnie commence aujourd'hui à exploiter les mêmes formations houillières. Ces mines , dont la galerie principale débouche sur le rivage de la mer , se disposent à exporter leur combustible : nul doute que celui-ci n'arrive bientôt dans les bassins de la Garonne , de la Charente et de la Loire, et que l'exploitation d'Aviles ne soit appelée à une haute prospérité. Dans une autre partie de l'Espagne, le petit bassin houillerde Villa-Nueva-del-Rio, situé à huit lieues au-dessus de Séville, est exploité avec une activité croissante, et fournit un bon combustible aux bateaux à vapeur qui parcourent maintenant en douze heures le trajet de Séville à Cadix.
Le développement subit de l'industrie minérale dans le royaume de Grenade fut pour le gouvernement un haut enseignement ; il comprit que l'intérêt de l'état était de combattre une ignorance qui avait fait méconnaître pendant si long-temps une source aussi puissante de richesses. Toutes sortes d'encouragemens furent donnés à l'art des mines ; deux écoles furent créées, l'une à Madrid, l'autre à Almadenj plusieurs élèves furent envoyés à l'école de Freyberg en Saxe , avec mission d'étudier l'état de l'art des mines dans cette partie de l'Allemagne; sans doute la nouvelle direction imprimée aujourd'hui à la politique de l'Espagne ne privera pas plus long-temps ses élèves mineurs des lumières qu'ils peuvent recueillir dans d'autres écoles ni moins célèbres ni moins hospitalières.
Par les soins de M. Erlozza , habile ingénieur , les riches minerais de fer des environs de Marhella et du Pidrozzo ( Andalousie) , sont aujourd'hui traités dans de belles usines par les procédés de fabrication les plus récèns , qu'il a su heureusement approprier aux circonstances locales. Des perfectionnemens se font en ce moment , par ses conseils . aux usines à fer de la Galice , et ceux-ci s'étendront sans doute, de proche en proche, dans les diverses localités du nord de l'Espagne.
Pendant la courte période qu'on vient de signaler , l'exploitation des autres substances minérales a également reçu une nouvelle impulsion. La production du mercure dans la contrée d'Almaden a encore augmenté ;, l'exploitation des
anciennes mines de cuivre de Rio-Tinto , négligée pendant que les cuivres de la côte occideniale de l'Amérique du Sud arrivaient librement à Cadix , a été poussée avec activité depuis la révolte des colonies. Les puissans dépôts de calamine d'AIcaraz , dans la partie orientale de la Manche, sont exploités aujourd'hui avec un grand succès. Les mines de plomb de Linarès, dans le royaume de Léon , et de Faleste , en Catalogne , ont donné de notables produits, malgré la concurrence redoutable de la sierra de Lador. On a commencé à tirer parti des minerais de cuivre qui se trouvent à Linarès , dans le voisinage de la sierra de Lador et dans plusieurs autres localités.
INFANTERIE
(Septième article. — Voy. page 363.)
Le grand Frédéric changea en Europe le système des grands mouvemens d'armée. Il est le seul qui , après César , se soit écarté de la route ordinaire. Gustave-Adolphe, roi de Suède, n'avait fait qu'ébaucher les principes de la grande stratégie ; Frédéric-le-Grand acheva l'œuvre de ce prince, et fut à son tour imité par les généraux français; le danger fit adopter, dès!792, cette tactique improvisée qui, par sa rapidité et son étonnante audace, fournit aux armées de la république les succès brillans qui sauvèrent la patrie et étonnèrent l'Europe.
Pichegru et Jourdan , abandonnant une marche devenue incertaine, développèrent de grands talens militaires; ils étendirent leurs lignes, que nos anciens généraux resserraient comme un principe de guerre adopté et que la prudence commandait. Ces deux généraux , s'affranchissant d'nne vieille tactique, en conçurent une nouvelle qui leur réussit, du moment qu'ils purent se passer de l'uniformité et de la lenteur des anciens mouvemens. L'arme blanche et la redoutable baïonnette secondèrent puissamment le système adopté ; l'activité et le génie des généraux firent le reste.
Il est donc évident que l'art de varier les manœuvres d'une grande armée s'accrut, lorsque nos généraux
\{ Fusilier de l'empire.)
surent s'en servir en le perfectionnant; l'audace et l'infatigable activité des officiers secondèrent ces vues, quel'intrépiditéet l'enthousiasme des soldats rendirent encore plus efficaces.
Frédéric avait pour système d'étendre ses lignes, de manière à pouvoir, sans obstacle , diriger , au secours d'un corps d'armée menacé , des troupes détachées d'une autre armée , qui restaient alors sur la défensive. Ces secours arrivant avec la promptitude de l'éclair étonnaient l'ennemi , et déjà il était à moitié vaincu ; ses chefs déconcertés se trouvaient obligés de changer le plan de leurs opérations.
Bonaparte , prompt à tout saisir, ne manqua pas d'employer dans la suite un pareil système , qui à lui seul lui aurait valu une haute renommée , et fut la base de sa puissance. Il abandonna les affaires de postes et surprit par ses marches rapides les ennemis qu'il eut à combattre. Ce que François Ier , Louis XII, Charles VIII, les généraux de Louis XIV , et ceux de Louis XV en 1746 , ne purent faire dans les gorges et les sommités du Piémont, Bonaparte l'entreprit en 1796, et il y réussit.
L'impétuosité et le génie bouillant du soldat facilitèrent les opérations combinées que commandait le nouveau système de leurs chefs. Il est à observer que dans cette première campagne de Bonaparte, la cavalerie et l'artillerie n'étaient pas en proportion de l'infanterie.
La brillante conquête de la Hollande ; les passages du Rhin , du Pô , de la Piave et du Tagliamento ; les Alpes , les Apennins et le mont Saint-Bernard franchis; les batailles de Fleuras, de Loano, des Pyramides, d'Héliopolis , de Marengo , d'Austerlitz , d'Iéna, de Wagram , de Lutzen, justifièrent et convertirent en principe la tactique mise en usage. Jamais, depuis les beaux jours de la Grèce et de Rome, on n'avait vu d'aussi prompts, d'aussi grands mouvemens stratégiques , des marches aussi rapides, ni des opérations aussi habilement combinées.
On a vu qu'en 1791 , on réduisit les compagnies à neuf par bataillon. Le nombre de bataillons par régiment variait également de deux à trois. Cette disposition se maintint jusqu'à l'organisation de 1808. A cette époque les régimens eurent tous cinq bataillons , non compris un bataillon de dépôt, et les compagnies furent réduites à six par bataillon, savoir: une de grenadiers ou de carabiniers, quatre de fusiliers ou de chasseurs , et une de voltigeurs. Les mouvemens durent, en conséquence, s'exécuter d'après le nouveau système d'organisation. Les bataillons étaient placés sur deux rangs en temps de paix, et sur trois rangs en temps de guerre , ou pour les exercices.
Lorsqu'en 1808 on augmenta le nombre des bataillons, la force des compagnies dut nécessairement être diminuée. Une ligne trop prolongée aurait empêché la voix du commandant-général d'être entendue , et aurait nui à l'exécution et à l'ensemble des mouvemens qui, sur un champ de bataille , doivent être faits avec promptitude. Chaque compagnie ne fut plus composée que de quatre sergens, huit caporaux et trenie-sept hommes.
On ne changea rien , en 1811 , au nombre des compagnies par bataillon; mais il n'y eut plus que trois bataillons par régiment. Alors la force des compagnies fut fixée à quatre-vingt-quatre hommes, dont quatre sergens, huit caporaux et soixante-douze soldats.
LES UNIVERSITES ANGLAISES.